Violences…

Ce matin en garde, j’ai vu une jeune fille de 17 ans qui venait d’être placée en foyer à sa demande car elle était rouée de coup tous les soirs depuis 3 ans par son père et son frère.  Une jeune fille très courageuse qui semblait aller bien en dépit de son histoire dramatique et de tout ce qu’elle avait vécu.

J’ai compris qu’elle était en fait dissociée. Surtout, alors qu’elle venait pour son asthme, je me suis sentie à l’aise pour entamer une discussion sur ce sujet avec elle. J’ai réussi à dire autre chose que mon habituel « oh ma pauvre »  (que j’ai dit plusieurs fois néanmoins). Je lui ai parlé des mécanismes qui se passent dans de telles circonstances. Je lui ai noté sur un papier le site mémoiretraumatique.org. Elle a plié le papier et l’a mis dans sa coque de téléphone…

Je ne sais pas si ce que je lui ai dit l’a aidé ou l’aidera mais je savais quoi dire.

Je prend cette situation car c’est celle que j’ai eu ce matin mais récemment j’ai eu plusieurs situations que je pourrais raconter de patientes victimes ou ayant été victimes de violence.

Parce que maintenant je le dépiste .

Il y quelques mois, j’écrivais dans ce billet « mon prix du poster » que j’avais été sensibilisée à l’importance de dépister les violences chez mes patients.

1 FEMME SUR 10 est victime de violences conjugales

1 patiente sur 4 en médecine générale a été victime de violence au cours de sa vie

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J’avais compris qu’il fallait poser systématiquement la question aux patient-e-s, que ça pouvait tout changer.

Le poster de la thèse de Mathilde Palisse que vous pouvez revoir ici m’a fait comprendre que les femmes sont favorables à un dépistage systématique et que c’est le rôle du médecin généraliste.

Arrivée à ce stade, je n’étais pas beaucoup plus avancée, parce que maintenant je savais qu’il fallait que je demande mais je n’y arrivais pas vraiment et puis je n’étais pas armée, façe à des réponses positives.

Et puis, j’ai fait une formation passionnante. Avec des gens formidables.

Et puis j’ai compris tellement de choses .

J’ai découvert les mécanismes des psycho-traumatismes.

(si vous devez cliquer sur un seul des liens, cela doit absolument être celui ci!!)

J’ai compris pourquoi la maman de Jaddo a envie de dormir face à des victimes de violence.

Je n’ai toujours pas compris par contre pourquoi en tant que médecin, on ne m’avait jamais expliqué ça.

Il y a bien Opale que je remercie très fort qui essaie de nous expliquer à tous pourquoi on doit lire « le livre noir des violences sexuelles » de Muriel Salmona, et elle a tellement raison !!!

J’ai compris que chez 1 patiente sur 5, des violences passées ou présentes étaient la raison de tous leur maux que je ne comprenais pas,  j’ai appris comment leur en parler, j’ai appris quoi leur dire, j’ai eu plein d’infos sur le cadre juridique, les procédures à suivre, j’essaie de construire un réseau autour de mon cabinet pour les prendre en charge.

Je sais tellement plus par rapport à l’année dernière..et à la fois je ne sais rien encore, mais je suis bien décidée à apprendre.

et du coup j’ai comme l’impression que j’ai découvert un truc hyper important et j’en parle un peu tout le temps.

Mon bonheur là dedans, c’est d’avoir fait tout ce cheminement avec docteur gécé et que du coup on peut en parler de manière obsessionnelle toutes les deux.

Du coup, il faut absolument lire ce qu’elle a écrit à ce sujet « Ultra Violence »

Et puis aussi on a été ensemble cette semaine à la journée sur les violences faites aux femmes pour mobiliser les professionnels par la formation.

C’était une journée très intéressante, qui concernait tous les professionnels, soignants, travailleurs sociaux, judiciaires et l’importance de leur formation.

Docteur gécé a fait un LT sur twitter , que vous pouvez retrouver ici 

(merci hipparkhos pour le storify)

J’en profite juste pour vous faire part d’une information que j’ai appris là-bas: l’existence du numéro d’urgence 114 un numéro d’urgences par SMS pour les personnes ayant des difficultés à parler ou entendre, ou en danger et ne pouvant pas téléphoner.

Et puis, je vais continuer à être informative/obsesionnelle et vous mettre quelques liens (oui quelques car j’ai vraiment essayer de réduire)

Donc en fait si vous avez déjà cliqué sur tous les liens ci dessus

l’essentiel est :

-sur le site mémoire traumatique: toutes les infos sur les mécanismes, la législations, les prises en charge, notamment que faire si vous êtes professionnels de santé

et plein plein de documents à télécharger (plaquettes d’informations, affiches études, articles)

et

-sur le site http://stop-violences-femmes.gouv.fr 

avec plein d’outils pour les professionnels de santé

notamment les films Anna et Elisa et les plaquettes d’informations qui vont avec.

ELISA :le nouveau court métrage de la MIPROF qui montre l’impact que l’on pourrait avoir…

« pour moi,ça va tout changer… »

 

et Anna, que j’avais déjà mis dans mon précédent billet

 

 

Voilà et pour finir :

le numéro d’appel d’urgence 39 19 

et le numéro du collectf féministe contre le viol 0800 05 95 95

j’aurai plein d’autres choses à dire, mais bon je vais m’arrêter là

parce que y’a pas qu’en France évidemment..

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Concours de l’été: les résultats

Vous avez été nombreux à répondre à mon article précédent sur les premiers jours de travail/stage que j’ai écrit à l’occasion de la sortie du film Hippocrate.

Le Pacte m’a proposé de faire un jeu-concours de mon choix  et je ne regrette pas d’avoir choisi ce sujet (inspiré par Farfadoc, merci à elle)  car ce fut un plaisir de lire les anecdotes que vous m’avez envoyé .

Je remercie vraiment tous ceux qui ont participé.

On constate que les premiers stages dans le monde médical sont vraiment difficiles. Et on retouve les dysfonctionnements dans vos commentaires… Du stage en radiologie de docdu59 au premier accouchement volé de 10 lunes en passant par l’accueil glacial de Charlotte la kiné ou des stages P2 de Beruthiel, tous ces témoignages sont riches et me parlent…

Il faut s’accrocher, du premier jour où il faut trouver la lingerie au dernier …

Des fois, il y a quand-même des accueils plus joyeux (cf clicadoc), tout du moins quand un patient ne se pend pas le premier jour du stage (cf Petille)

Les soignants n’ont pas le monopole des premiers jours difficiles, ni même du bizutage (cf zythom).  Merci aux non-soignants qui ont témoigné.

Cela a été particulièrement difficile de choisir. Mais comme on n’est pas à l’école des fans, j’ai du choisir mais j’ai quand-même envie de dire « Vous avez tous gagné »

Du coup, the « winners  » are:

– Docokita (dont mon blog refusait pourtant les commentaires) qui a vraiment la poisse pour les premiers jours .

(dans le même genre, j’aurai pu choisir Dzb 17 mais bon il a fallu choisir …)

– Jallorra car son histoire montre bien à quel point notre motivation peut-être sans cesse mise à l’épreuve et qu’il faut s’accrocher malgré les gens qui nous entourent.

-Aude-leme car le café c’est essentiel dans un premier jour de stage. Ne pas aimer ça m’a bien handicapé. Bien joué ..

– Sous la place et son joli texte, en ce lendemain de rentrée scolaire

-et Ultima pour son courage face à ce qui est malheureusement trop fréquent…

Je vous invite  à me laisser vos coordonnées sur le formulaire de contact du blog pour vous faire parvenir les places pour le film Hippocrate.

Et deux prix spécial du jury:

(mais qui ne gagnent pas de place du coup)

– Farfadoc la première à laisser un commentaire mais qui avait mis la barre haute parce que quand-même s’enfermer dans les toilettes un premier jour…voilà quoi …

Mais je voulais pas qu’on m’accuse de conflit d’intérêt alors plutôt je l’invite au ciné !!

-L’eau là, soutenue par Dr Who qui fait du lobbying  (qui a qu’à l’inviter au ciné du coup)  pour sa version SF du concours ! Bravo et merci !!

Et merci à Armance pour avoir relayé le concours sur son blog.

Et donc aujourd’hui c’était la sortie du film Hippocrate. Pour ceux qui écouteraient mes bons conseils, vous me direz ce que vous en avez pensé.

Voici les gagnants mais vous pouvez aller lire tous les commentaires (je vous le conseille) de l’article précédent.

 

DOCOKITA :

Premier jour de P2, malaise vagal pdt la grande visite (eh oui on était une vingtaine dans la chambre et il faisait chaud au CHU mais ça je ne le savais pas encore!)

Premier jour et premier patient en tant qu’interne:j’envoie les externes commencer à interroger un patient arrivé dans la nuit pdt que je lis son dossier « Euh c’est bizarre il répond plus le monsieur! » m’informent-ils rapidement… AH!! au secours mais je sais pas faire moi!! Appel chef, appel réa, transfert en réa… J’étais en diabéto donc plutot des bilans de diabète ou désequilibre, on avait rarement besoin de la réa quoi!

Premier jour en cardio mais j’étais déjà en 4e semestre:on a du masser la premiere patiente pdt la visite! Puis une autre entrée dans l’après midi…
Décidément! je demande aux IDE si c’était courant « Non no nc’est assez rare en fait  » Effectivement je confirme après y avoir passé 6 mois!

Je suis la fille qui porte la poisse quoi!

Et mon premier jour en tant que remplaçante en MG j’ai dû appeler le SMUR ! Ça ne m’est arrivé que 2 fois

 

JALLORA:

Cette fois ça y est, c’est mon premier jour d’internat, dans une toute nouvelle ville. J’ai trouvé sans difficultés l’hôpital, on m’a trouvé une blouse trop grande dans laquelle je nage un peu, j’ai rangé dedans mes stylos, mon petit carnet, et mon stéthoscope.
Flambant neuf, le stéthoscope, c’est mon petit cadeau à moi-même, ma petite fierté de nouvelle future pédiatre : un beau stétho coloré avec un petit pavillon, et un joli badge coloré avec un petit personnage rigolo qui dit « Jallora, interne ». Je l’ai accroché sur la poitrine, sur la poche de devant.
J’ai été sage, j’ai tout bien écouté ce qu’ils disaient à la matinée d’accueil, maintenant ils ont sorti les jus de fruits et les petits fours et je fais poliment tapisserie avec mon verre de jus d’orange à la main.
Un groupe de docteurs discute non loin. Elle là, la dame un peu forte et agée qui parle d’une voix affirmée, elle m’impressionne un peu : elle a le même nom qu’un bouquin super connu (normal m’a-t-on informée, c’est elle qui en est l’auteure…)
La voilà qui lève les yeux, me regarde, me souhaite la bienvenue. Pendant que je bafouille et rougis, ses yeux tombent sur mon joli bagde.
« – Jallora. (Silence) Il va falloir enlever ça.
– Ah ? Ce n’est pas autorisé ? »
Elle prend un air un peu peiné
« – Ma petite, avec la tête de jeunette que vous avez, si vous vous faites appeler par votre prénom, personne ne vous prendra au sérieux. Vous devriez vous maquiller aussi, ça vous vieillira. »

Nous sommes le 3 novembre, j’ai laissé mes parents et mon petit copain à 700 km d’ici, c’est mon premier jour d’interne, j’ai 26 ans, et je regarde le fond d’un gobelet en plastique avec dans la gorge une drôle de petite boule qui me deviendra familière et une curieuse envie de pleurer.

AUDE_LEME:

Premier jour de stage dans une agence de traduction. Ils ont beaucoup de clients dans le secteur médical/pharma, je suis ravie, parce que la médecine et la pharma, je ne sais pas pourquoi, mais c’est mon dada, et puis parce que c’est dans la ville où j’habite, et que du coup, j’ai pas besoin de quitter mon amoureux pour faire ce stage. \o/

En entretien pré-stage, le directeur m’a demandé : « Pourquoi tu veux faire ce métier ? », puis m’a coupé la parole rapidement : « Oui, bon, trouver le mot juste, la phrase fidèle, faire sens, satisfaire le client et l’utilisateur, gnagnagna, super ! Mais tu sais qu’on est là pour gagner de l’argent, hein ! » Bon…
Premier jour donc. Je suis un peu timide au départ, comme un diesel, il me faut un peu de temps pour que ma vraie personnalité apparaisse, et lui, il aime bien en imposer…
« Aude, t’as rien à faire ? »
« Si, je… »
« OK, y a plus de café. »
« … »
« Y a plus de café ! »

En une demi-matinée, j’avais à peu près cerné le personnage. J’étais là pour faire de la traduction, pas du café, et puis d’abord, je bois du thé. J’ai fait du café, serré le café, un beau goudron que si tu veux tu bouches les nids-de-poule de la rue principale avec.
« Denis, le café est prêt, je vous l’apporte ? »

Retour à ma traduction. Il ne m’a plus jamais demandé de faire le café. (mais en vrai, je sais très bien faire un bon café)

SOUS-LA-PLACE:

Bonjour
Ma première rentrée de jeune « maîtresse » racontée ici :
http://souslaplace.blogspot.fr/2014/02/a-lecole-de-la-vie.html

J’y pense chaque année. Aujourd’hui n’a pas fait exception…
Je souhaite une bonne année scolaire à tous ceux qui sont concernés, parents et enfants et les autres aussi!

ULTIMA:

Premier stage d’externe dans un service de dermatologie-vénéréologie, comme on disait au début des années 80.

En fait, je connaissais déjà les rouages du CHU car, pour vivre et payer mes études, j’y travaillais depuis la première année du PCEM : petits boulots, classement d’archives et de dossiers, brancardage, ménage, toilettes des patients, stérilisation puis, ô promotion, instrumentiste dans un bloc opératoire. Avec le stage d’externe, je changeais de catégorie : sur la poche plaquée de la blouse blanche ce n’était plus « ASH » mais « Etudiant », en lettres noires entourées du monogramme bleu de l’hôpital. Ce n’était pas encore Byzance mais je voyais que les heures de ménage n’avaient pas été vaines, j’avançais dans mon cursus, j’étais enfin externe, j’allais même gagner des sous !

Je connaissais un peu ce service de dermatologie pour y avoir passé quelques jours auparavant à rentrer des données dans un ordinateur du secrétariat ; c’était du Windows 3.1 et je devais compléter une base de données en cours de construction. C’est ainsi que j’ai appris, par exemple, que les religieux, prêtres, séminaristes et autres « bonnes sœurs » cotisent à une caisse particulière. Et qu’il y avait une proportion non négligeable de séminaristes atteints de gonorrhée et de syphilis aux consultations externes de dermatologie. Il faut dire que le séminaire était juste à côté de l’hôpital et que les professionnelles du sexe officiaient juste en face. J’en ai perdu mes derniers atomes de foi, si j’en avais encore…

Mon premier jour de stage coïncidait avec la Grande Visite. Malheur. Du temps où je passais mon balai à frange dans les services chirurgicaux, je maudissais les Visites : d’une part, des crétins boutonneux me regardaient du haut de leur 4ème ou 5ème année de médecine en ricanant, d’autre part les internes et autres chefs de clinique en profitaient pour bien faire voir qu’ils détenait une parcelle de pouvoir : « Comment peut-on travailler correctement, regardez, ce n’est pas propre, ici. Nous sommes dans un hôpital, Mademoiselle, pas dans un hall de gare ». Et tous de rire servilement. Il n’y avait plus qu’à serpiller à nouveau puisqu’ils avaient tout sali. Puis il fallait accorder aux patients quelques mots bienveillants car la Visite n’était pas tendre avec eux non plus. « ALORS, PAPY, ON A FAIT SES GAZ CE MATIN ?  » hurlait un interne. Puis s’en suivait une discussion sur le néo pancréatique du 15-fenêtre, devant ce même 15-fenêtre qui, n’étant nullement sourd, écoutait sans trop comprendre, essayait de poser des questions et se faisait rabrouer s’il interrompait le Professeur qui pérorait sur l’occlusion. Et le 15-fenêtre me demandait plus tard, quand je venais débarrasser le plateau du repas, de quoi ils avaient parlé, il n’avait pas tout compris, qui était le médecin qui le suivait, est-ce que c’était grave, qui étaient tous ces gens ? Moi non plus je ne comprenais pas grand chose mais ce manque de respect me sidérait. Alors je tentais de rassurer en débitant des fadaises : « Monsieur Dupont, vous savez, vous êtes entre de bonnes mains ici, c’est un grand Professeur. J’en ai vu passer des gens entrés gravement malades et sortis guéris… »

Mais je faisais enfin partie de la Grande Visite, je me sentais l’Élue. Les nouveaux externes avait été briffés par le cadre infirmier : nous, lithiase de couloir, nous ne devions pas nous faire remarquer, pas poser de questions, pas gêner le passage du Chef de Service, des Chefs de Clinique, des Internes, des Cadres Infirmiers, des Infirmières, de l’Assistante Sociale, et d’éventuelles Personnalités invitées à la Cérémonie hebdomadaire. Nous étions plus de vingt personnes en plus des externes à attendre au bout du couloir l’arrivée du Chef de Service de Dermatologie. Tout le monde avait des dossiers, des papiers et des carnets, les externes se reconnaissaient au fait qu’on avait les bras ballants. On ne savait pas trop que faire de nos mains : dans les poches ça faisait dilettante, dans le dos c’était pas sérieux, alors on tripotait un stylo ou le coin de la bouse pour faire passer la nervosité.

Ça y est, le Professeur arrive, entouré du premier cercle du pouvoir !

Première chambre, trois lits séparés par des paravents. On se tasse en silence autour du lit, il y a peu de place pour tant de monde. Comme je ne veux pas en perdre une miette -le savoir va tomber des lèvres de celui qui sait- j’enfreins la consigne de transparence et discrétion et je me glisse au premier rang, en face du Professeur. Dans le lit, une dame âgée, dont on ne voit que la tête apeurée ; tout ce monde en blouse blanche debout et elle, figée sous le drap impeccablement tiré. Elle est tellement fluette que son corps dessine à peine un volume. Ses yeux vont de l’un à l’autre mais personne ne la regarde, personne ne la salue, personne ne se présente. Je n’arrive pas à voir le nom de la patiente, la pancarte au pied du lit est trop loin de moi.

Dans un geste auguste, le Professeur prend le drap et le retire entièrement. La dame est complètement nue, elle essaie de couvrir son pubis de ses mains.

Il va parler, il parle : « Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, voici une gale norvégienne ». Je suis atterrée par tant d’impudeur de l’assistance, la femme pleure en silence, sa nudité exposée devant plus de vingt personnes.

Je prends le drap et je la recouvre et je dis en tremblant qu’on est pas au spectacle, que cette femme n’est pas une gale norvégienne ou suédoise ou je ne sais quoi, qu’elle a un nom et une pudeur, qu’aucun de nous n’aimerait que notre mère ou notre sœur soit traitée comme un morceau de viande. Et je me suis offert le luxe de sortir en claquant la porte et en pensant que je vais être lourdée mais je m’en fous, je n’ai de compte à rendre à personne je suis financièrement indépendante.

Mon premier stage a duré 2 heures. J’ai été virée. Game over.

FARFADOC :

Premier jour de stage. Externe en endocrino. J’avais réussi à trouver une blouse, j’avais bien rangé tous mes petits stylos dedans, et mon stéthoscope, et mon marteau à réflexe, et mon petit carnet. Pas mon téléphone parce que c’était y’a longtemps et que j’en avais pas.
J’avais fait bien attention à pas marcher dans le mouillé.
J’avais dit bonjour, j’avais été polie juste ce qu’il faut, pour pas me faire remarquer.
Avant de commencer la visite, j’ai fait un saut aux toilettes. à gauche c’était un peu sale, alors j’ai été dans les toilettes de droite.
Ce n’est qu’une fois assise sur les toilettes que j’ai réalisé qu’il n’y avait pas de poignée à l’intérieur. C’était les toilettes du personnel, et c’était fait exprès pour que les patients n’y aillent pas (dans une logique qui m’avait parue logique quand on m’avait expliqué à l’époque, mais qui m’échappe aujourd’hui). Pas de poignée, mais par contre la porte était bien bien fermée…

Voilà comment le premier jour de stage, je me suis retrouvée à tambouriner à la porte pour qu’on vienne me libérer des WC.
Au moins après, les infirmières et aide-soignantes voyaient très bien qui j’étais.

PS : c’est pas pour gagner les places, hein, c’est juste parce que j’aime bien le principe du concours :-)

L’EAU LA:

C’était il y’a approximativement un siècle ou deux. J’habitais alors sur Mars où j’occupais la fonction d’espionne pour le compte des services secrets vénusiens. Un beau matin d’une nuit étoilée, je fus contactée par monsieur le ministre des affaires interplanétaires, en personne (à l’époque Monsieur Rnfecrxbegrk). Satisfait de mes services rendus à la Planète, il souhaitait me missionner pour « un stage extra-orbital ». Quelques décennies plus tard, je reçus ma fiche de poste (Lieu de stage : Planète Terre/ Durée : Non Communiqué/ Mission : Rédaction d’une thèse sur le romantisme des dauphins au XIXe siècle et leur impact sur la société animalière sous-marine). J’avais comme point de départ la France où j’effectuai mes premières investigations. C’est ainsi que lors de mon premier jour de stage je me suis retrouvée par un beau matin ensoleillé, au large des côtes armoricaines, en pleine mer… encerclée par une bande de dauphins mafieux ! (Si si, c’est vrai.) Ils appartenaient à la pègre dauphine du Breizh aquatic land (groupuscule bien connu des services de répression du grand banditisme et du terrorisme océanique). Bref ! J’ai bien tenté de me défendre contre cette bande de malotrus mais ce fut peine perdue. Je tombai KO après un Uchi Oroshi foudroyant que m’infligea le chef de clan aux nageoires pectorales fièrement bombées (c’te branleur). C’est dans un semi-coma flottant que s’acheva ma première journée de stage. Le lendemain, au large côtes bretonnes, le soleil était tout aussi souriant que la veille, les mouettes riaient, les algues dansaient (genre c’est trop l’paradis quoi)… Je me suis réveillée au sein de ce beau tableau ensoleillé, les yeux rivés vers le ciel… heureuse.

et DR WHO:

Un jour, j’avais été embauché par l’office de tourisme de Bretagne pour me déguiser en mouette rieuse pour faire croire aux touristes que les mouettes existent encore. Alors que je rigolais connement en me racontant pour la 3248 ème fois la fameuse blague :  » C’est une copine d’Angelina Jolie qui la croise et qui lui demande à qui est le bras passé autour de son épaule et que cette dernière lui réponds : « Ben , c’est le Brad Pitt!! », c’est alors que je vis débarquer la fameuse super- héroïne L’eau là (si si , c’est vrai!). Elle pionçait sur le sable avec une nageoire pectorale dans la main droite, rien dans la main gauche et avec également un bazooka SR-327 à tir hélicoïdal (modèle breveté par le bureau des espions de Mars, comme chacun le sait…) dans la main droite parce qu’elle avait de grandes mains . Je peux donc certifier que son témoignage est correct.

 

 

Concours de l’été

Un sous-sol d’hôpital, un nouvel interne visiblement perdu qui cherche le chemin de la lingerie….

Ce sont les premières secondes du film Hippocrate. C’est un peu comme la madeleine de Proust de la recherche de la blouse…Tout de suite, des souvenirs rejaillissent. Je ferme les yeux et je me retrouve dans une blouse trop grande pleine de tâches propres à dire « Bonjour, je suis la nouvelle interne »

Tant de souvenirs de premier jour de stage..Il faut dire que l’on en a eu beaucoup des stages, du petit étudiant à l’externe et l’interne. Pas facile les premiers jours, pas facile quand on est timide et qu’ en plus on n’aime pas le café.

Je ne vous dévoilerai pas plus de ce film que je vous conseille d’aller découvrir.

Ce film, c’est comme lire le livre de Jaddo, ça parle, ce sont des moments vécus. Et ça va au delà, c’est un beau film je trouve. Il rappellera des choses aux médecins mais aux autres soignants aussi. Et pour les autres, vous verrez un peu l’envers du décor, ce que nous, nantis, avons vécu. Et puis, vous verrez peut-être les médecins étrangers qui font tourner les hopitaux d’un autre oeil…

Hippocrate, réalisé par Thomas Lilti, lui même médecin, sort au cinéma le 3 septembre.

Après, le quizz de l’été, voici le jeu-concours de l’été (oui parce que l’été n’est pas fini).

Je vous propose 5 invitations de deux personnes (offertes par LE PACTE avec qui je n’ai aucun conflit d’intérêt)  pour aller voir Hippocrate, le film, valable dans tous les cinémas de France.

Pour participer, il faut me raconter une anecdote ou tout simplement un récit concernant un premier jour de stage ou de travail. Tout le monde peut participer du coup évidemment, médecin ou non médecin. C’est pour vous faire replonger dans vos souvenirs, je suis sûre que vous avez des tas de choses à raconter.

Vous pouvez me laisser le récit en commentaires de cet article ou si vous êtes timides en privé par le formulaire de la page contact.

Vous avez jusqu’au 2 septembre.

Je sélectionnerai arbitrairement les 5 gagnants comme il me le plaira.

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Par surprise

C’était presque une étrangère pour moi…

Pourtant j’ai plus de 30 ans, pourtant je suis médecin…

Mais non, je ne la connaissais pas tant que ça…

Côté personnel, malgré quelques rencontres trop fréquentes à mon goût ces dernières années, je l’avais accueillie avec la résilience adaptée à un phénomène qui est après tout de l’ordre des choses. Elle m’avait fait pleuré certes, bouleversée un peu, mais elle avait parfois été douce et malgré tout, la vie m’avait épargnée longtemps sur ce point.

Je l’ai quand-même trouvée un peu cruelle en s’en prenant à ma grand-mère tant aimée alors que je me trouvais à la maternité!

Encore que, je peux être reconnaissante pour ce moment de grâce d’avoir assisté à la rencontre de ma fille et de son arrière grand-mère (j’ai quand-même dû presque m’enfuir de la maternité avec mon bébé de même pas trois jours, vaincre une panne de voiture par là-dessus mais qu’importe).

Ces rencontres, même si trop fréquentes, ne m’ont pas familiarisé avec elle.

La mort restait une étrangère pour moi!

Pourtant, je suis médecin! Oui mais non…

La première fois que j’ai vu quelqu’un de mort, c’était à l’entrée en deuxième année de médecine: le passage obligé, je ne sais pas pourquoi d’ailleurs, par les dissections. C’était plutôt violent, de mon avis totalement inutile, et finalement assez vite je trouve, on oubliait que l’on parlait d’un être humain. C’était franchement dégoûtant et la seule chose que j’en retiens, c’est de ne jamais mais vraiment jamais donner son corps à la science. 

Ensuite, il y a eu les certificats de décès, quand interne de garde, on nous appelait pour signer le certificat de décès d’un patient la nuit. Pour moi, ils se comptent heureusement sur les doigts de la main. Inutile de dire que personne ne m’avait expliqué ce qu’il fallait faire, ni sur la façon de remplir la paperasse administrative, ni sur la façon dont j’étais censée constater… « Ah ben oui : là il est mort … » Pas besoin d’avoir fait des études de médecine!.. Alors quand on me laissait toute seule, j’attendais 5 minutes et puis je ressortais. J’avais regardé assez longtemps pour voir que oui il était vraiment mort (comme on pourrait dire sur twitter: « ….#PPCS  Il est mort #Diag ») Quand les infirmières restaient avec moi, je tentais quelques gestes très élaborés histoire de faire crédible, genre écouter au stétho pendant un ptit moment…et après quelques minutes d’un air inspiré,je déclarais « il est mort ».

Ça devenait par contre vraiment pas marrant quand il y avait une famille qui attendait Le Médecin pour poser des questions alors que bien sûr le petit interne de garde n’a jamais vu le patient, ni même lu le dossier avant d’être appelé. Cela doit faire aussi parti des « étapes incontournables ».

Ne voyez-pas de manque de respect dans mon récit, plutôt de l’auto-dérision par rapport à mon incompétence face à la situation. 

Depuis que je suis installée, je n’ai fait aucun certificat de décès. Une seule fois, en tant que remplaçante, j’ai été faire un certificat de décès pour un monsieur que je ne connaissais absolument pas. J’y suis allée à reculons en me disant que c’est comme ça qu’on apprend mais bon je n’en menais pas large… Tous les voisins devant la maison…heureusement sa femme avait l’air plutôt de bonne humeur (cela m’a fait pensé à une scène de Friends d’un enterrement où la veuve chante au piano) et m’a bien facilité la tâche! Loin de moi l’idée de la juger, chacun réagit à sa façon, et je suis la première à mon avis à surprendre les gens avec mes blagues pas toujours appropriées.
Et en ce qui concerne les personnes en fin de vie, j’ai eu une formation théorique de qualité mais je n’en ai aucune expérience! Je n’ai pas fait de stage, que ce soit externe ou interne, ni en soins palliatifs, ni en cancérologie, ni en gériatrie. J’ai dû assister de loin en médecine interne à la prise en charge de la fin de vie de deux ou trois patients, à peu près autant aux urgences, bref mon expérience dans le domaine est inexistante et c’est une vraie lacune.

Quand la grand-mère de mon mari est décédée, que son médecin était absent et que, bien évidemment, tout le monde à la maison de retraite savait que j’étais médecin, on me demandait en gros ce qu’il fallait faire, je n’en avais aucune idée! (merci à ma copine de promo qui elle est un super médecin, une vraie quoi, qui fait même des gardes de soins palliatifs, qui m’a conseillé à ce moment là). Quand une infirmière de ma ville m’a appelé pour prendre en charge une fin de vie à domicile, je n’ai pas osé refusé mais j’ai dit que je n’avais absolument pas les compétences requises, que je le ferais si vraiment elle ne trouvait personne mais quel soulagement quand elle m’a dit qu’un autre médecin avait accepté!
Bref, la maladie je connais, je suis même spécialisée dans la maladie compliquée dont on ne meurt pas, mais la mort ça non, je ne connais pas…je ne connais pas les signes avant-coureurs, je ne connais ni l’avant, ni le pendant, ni l’après!
C’est pour ça qu’elle m’a prise par surprise! C’est pour ça que je ne l’ai pas vu venir…et c’est pour ça que je l’ai regardé agir sans rien faire…
J’suis un peu nounouille mais j’ai pas compris. Pourtant, ce n’était objectivement pas une réelle surprise, on nous l’avait même annoncée il y a longtemps! Oui mais voilà, cela n’arrivait jamais, tellement de fois, ça aurait dû arriver, ça a failli arriver et puis non (et pourtant tout le monde y a mis du sien) que j’ai probablement fini par sincèrement croire que ça n’arriverait jamais. On peut appeler ça du déni, de la naïveté, de l’incompétence ou juste du manque de clairvoyance…mais elle m’a pris par surprise…
Sinon, bien sûr, j’aurais fait les choses différemment,
sinon bien sûr, j’aurais dit des choses différentes,
sinon bien-sûr, je l’aurai empêché…une fois de plus…cela ne serait pas arrivé… Mais je n’ai pas vu, pas compris…Si j’avais compris..
Avec des si…
Je sais que j’ai assez de circonstances atténuantes pour ne pas sentir trop coupable (pas trop quoi, juste un peu, de manière adaptée…), mais quand-même…
Il est difficile de ne pas avoir de regrets…
Si j’avais su…ce ne serait pas arrivé maintenant, pas comme ça…la rencontre cette fois ci n’aura pas lieu…
Si j’avais su, j’aurais pu me préparer! Mais peut-on vraiment se préparer à ça?
En tout cas, voilà, maintenant je sais…
Je rejoins le clan des gens, malheureusement très nombreux, qui savent …
Maintenant je sais que de toute façon, on ne peut jamais savoir.
Maintenant je sais que de toute façon, on a toujours des regrets.
Maintenant, je sais la longue et étrange attente du dernier souffle…
Maintenant je sais que je revivrai ces moments terribles…et maintenant je saurai…
Maintenant, je sais comment organiser un enterrement réussi et comment faire pleurer même les plus insensibles …
Maintenant je sais que le soutien des gens que l’on aime est une des choses les plus précieuses…
Maintenant, je comprendrai davantage les personnes, mes patients qui affrontent ce genre d’épreuves.
Maintenant, j’ai plein de questions dans ma tête, des si, des et maintenant, des questions métaphysiques, des questions terre à terre (sur ce qui se passe sous terre),des questions auxquelles je dois répondre …
Maintenant je sais que c’est naïf de croire que la mort est une délivrance, que la maladie et toutes les souffrances qu’elle peut entraîner n’est pas ce qu’il y’a de pire…
Maintenant je sais qu’il n’y a rien de pire que le vide et l’absence…                                  Maintenant, je pense que le pire est à venir…que ce qui est couillon avec la mort, c’est son caractère définitif!
Maintenant, je sais surtout que je ne sais rien…

Maintenant, la mort n’est plus une étrangère …et je dois apprendre à vivre avec elle…

La seule chose que je savais avant et que je sais encore maintenant, c’est que aussi insupportable qu’elle puisse être, il n’y a rien de plus précieux que l’amour d’une mère.

 

 

Jusqu’ici tout va bien

 

En ce moment où la question de l’installation fait débat, appelle des questions, où les témoignages ne sont pas très encourageants, je voulais apporter mon propre témoignage.

Un peu de positivisme ne pourra pas faire de mal …
Puisque vous l’avez compris, je vis un peu dans un monde de bisounours et que je vais forcément être positive…
Avant de parler de l’installation en elle même, je vais parler de comment j’en suis arrivée là!
Je pense que j’ai eu de la chance jusqu’à maintenant, que j’ai eu des bonnes opportunités, rencontré les bonnes personnes. Je pense aussi que j’ai été maligne, que j’ai fait des bons choix, en tout cas, depuis le début de mon internat, à part peut-être un stage, je n’ai eu que des situations agréables, tant sur l’intérêt que sur la charge de travail. J’ai toujours réussi à associer le plaisir professionnel en réussissant à passer au travers des horaires épuisants. J’ai eu un internat de rêve! 
Comment j’ai fait? Des bons choix , et surtout j’ai fait de la médecine générale dans des hôpitaux de périphérie ( en Seine-Saint-Denis pour la plupart bien sûr) loin des CHU parisiens dans lesquels j’avais assez passé de temps pendant mon externat! J’étais assez bien classée pour choisir ce que je voulais et j’ai donc eu des supers stages, près de chez moi, avec des médecins humains, des horaires très cool ( vive les CV), pas de staffs et de biblios à tout bout de champs… La belle vie comparée aux récits des copains de facs qui m’entouraient. 
Bon, j’ai histoire de pouvoir me plaindre un peu subi l’exploitation de l’interne de médecine générale dans mon seul stage de CHU en gynéco…mais bon au moins j’ai pu me faire des échos à gogo pendant ma grossesse…
J’ai commencé les remplacements dès mon quatrième semestre, et j’ai tout de suite eu des bonnes opportunités, j ‘ai remplacé mes maîtres de  stage, dont une qui partait en congé mater à la fin de mon internat, ce qui fut très formateur. 
On m’a appelé alors que je n’avais rien demandé, et j’ai commencé mes remplacements réguliers chez O et B près de chez moi. J’ai eu beaucoup de chance car ils m’ont tout montré, ont été très patients surtout B. Il n’a pas bronché à la fin du premier jour quand on s’est aperçus qu’en fait j’avais cliqué sur le mauvais icône et que je n’avais passé aucune carte vitale de la journée .. Il n’a pas bronché non plus le jour où j’ai cliqué sur restauration au lieu de sauvegarde effaçant ainsi deux jours de vie du logiciel, dossier et compta de tout le cabinet. 
J’ai essayé des remplacements ailleurs en parallèle ,histoire d’avoir d’autres expériences et de lutter contre mon côté casanier. Je ne sais pas si c’est mon côté casanier, bisounours ou si je suis chanceuse, mais je suis en général tout de suite contente: j’achète une voiture en une heure, loue le premier appart que je visite, pour acheter une maison j’en visite trois quand-même, j’ai déjà choisi le prénom de mon enfant avant même d’avoir commencé à y réfléchir! Donc, j’ai essayé quand-même quelques autres choses, un peu plus loin, un peu plus rural, voir différentes choses y compris des médecins complètement nuls mais bon c’est intéressant de le voir une fois mais deux jours ça suffit!
Bref, j’étais bien là où j’étais. Le cabinet s’est séparé en deux, j’ai continué à travailler dans les deux, et puis au bout d’un (long) moment:j’ai eu ma thèse! 
Et alors, je me suis installée en tant que collaboratrice. Ça fait un an et demi et je suis toujours aussi contente! 
Alors, on pourrait dire que ce n’est pas une vraie installation,c’est un tout petit peu vrai et beaucoup faux.
Je suis un vrai docteur, j’ai ma plaque, mes ordonnances, je peux être le médecin traitant de mes patients, je peux avoir un remplaçant, bref tout est pareil! Quel est l’intérêt alors?
Je pense qu’il est plus dans la tête! C’est un statut un peu intermédiaire qui permet de se dire qu’on ne s’engage pas définitivement bien qu’en pratique lorsqu’on est installé, rien ne nous empêche de partir quand on veut.
En général, un collaborateur ne travaille pas tous les jours donc on peut continuer à faire des remplacements ailleurs ou des vacations salariées dans d’autres structures! Quand on sort de l’internat, de l’hôpital, des remplacements, on a l’habitude de faire des choses variées, de changer tout le temps d’activité, on a du mal à se lancer dans le libéral pur au même endroit à 100% et ça rassure de se laisser la possibilité de faire autre chose.
Moi, même si au fond de moi, je savais que c’est le cabinet qui me plaisait et que ça finirait comme ça, je me disais que je ferai des vacations en PMI, en crèche, à la prison, au CMS, en pédiatrie, etc …et puis finalement… la flemme d’un côté et le fait d’être très bien où je suis de l’autre, je n’ai rien fait de tout ça! Mais j’aurai pu!
J’ai quand-même continuer un moment à remplacer dans mon cabinet « secondaire » où je retourne occasionnellement pour dépanner, je fais des vacations dans un foyer de l’aide sociale à l’enfance, et rien ne m’empêche de faire plein d’autres choses.
Bref, être collaborateur à un intérêt psychologique dans « les étapes du développement du bébe docteur »
En pratique, l’intérêt est surtout de ne pas rentrer dans la gestion du cabinet.Je ne fais pas partie de la SCM,  les locaux et le matériel sont mis à ma disposition, je verse une redevance qui est calculée au prorata des charges du cabinet, mais étant donné que c’est une location, en Seine-Saint-Denis, avec un secrétariat téléphonique à distance, celles ci sont assez faibles. 
Donc, en pratique, vous l’aurez compris, la vie est belle! 
J’aime travailler en libéral, avec des horaires variables, que l’on choisi (en accord avec mes collègues bien sûr, pour assurer la permanence des soins) , j’aime avoir des moments de libre dans la semaine quand tout le monde travaille, pour faire la grasse matinée, récupérer ma fille à l’école le midi, aller pique niquer  ou la récupérer à 16h30 une fois de temps en temps et organiser un goûter avec des copines, m’enfermer au ciné dans une salle vide en plein milieu de la journée, et bien sûr évidemment vous me connaissez maintenant passer la journée à faire du ménage! 
Je ne culpabilise même pas, tout d’abord, parce que je travaille quand-même! Je travaille même assez fréquemment le soir et le dimanche, c’est juste que je ne travaille pas du lundi au vendredi de 9h à 18h et c’est ça que j’aime. Et j’aime la liberté et pour cela, le libéral c’est vraiment mon truc!
Ensuite, je ne laisse pas mes patients en plan, nous sommes trois médecins dans le cabinet ainsi qu’un interne et des remplaçants, il y a des plages avec et sans RDV donc la permanence des soins est assurée!
Pour l’instant, je n’ai pas un nombre trop important de patients pour ressentir le poids de la demande peser sur moi et même si je ne finis pas mes journées tard, je refuse peu de monde et accepte les urgences le cas échéant.
Je n’ai pas la pression financière des charges ou d’un prêt qui me force à travailler pour payer les charges. Je ne suis pas encore dans la spirale infernale de plus on travaille, plus on a de charges et donc plus il faut travailler! Pour l’instant, quand l’emploi du temps est léger, je me dis chouette et ne pense aucunement à l’argent, et ceci même si ma situation financière personnelle n’est pas mirobolante. Je préfère être à découvert que de renoncer à ma journée de congé!
Parce que j’applique mes propres principes: du repos et du plaisir, et que je reste persuadée qu’il est impossible de travailler correctement pendant toute une vie (personnellement je ne tiendrais même pas un mois ) au rythme effréné qui est souvent habituel chez les médecins!
Je ne dépasse presque jamais les 25 patients par jour, et ça c’est une grosse journée et je ne sais pas comment font ceux qui le font !
Je dis aux gens sans rougir « non le samedi je ne travaille pas » et « non là je dois partir chercher ma fille, je suis désolée » ( je crois que non seulement il ne m’en tiennent pas rigueur mais qu’en plus ils trouvent ça normal voire ça leur fait plaisir de voir que leur médecin à une vie, des enfants… comme eux) 
Les gens ne sont revendicateurs que si on leur donne de mauvaises habitudes et qu’on ne leur explique pas les choses! 
Et ceux qui ne sont pas contents …
Alors je préfère être un médecin fainéant, pauvre et égoïste et un médecin heureux qu’un médecin en burn-out, une maman absente et une femme toujours épuisée et qui ne participe pas aux tâches ménagères ( euh mais ça c’est moi quand-même :-) 
Bref, tant que j’en aurai la possibilité, je continuerai comme ça mais je reste persuadée que la possibilité, c’est en partie celle que l’on se donne à soi-même. 
Pour en revenir à l’installation, si l’on admet que mon statut est un peu particulier, et que je n’ai pas à gérer tous les problèmes de gestion du cabinet médical, je n’ai absolument pas de plaintes. 
Il y a le problème des relations entre collègues qui même pour un bisounours comme moi ne sont pas idylliques. Mon expérience montre que partout, ce n’est jamais simple mais je ne m’étendrai pas la dessus ici. J’en parle juste pour dire quelque chose de négatif.
Je n’ai pas eu de soucis administratifs. 
L’installation en elle même s’est faite correctement. 
L’accueil au conseil de l’ordre à été effectivement décevant mais ils ne m’ont pas mis de bâtons dans les roues. J’ai reçu ma CPS et tout ce qu’il fallait à temps.
La CPAM ne m’embête pas! Les remboursements s’effectuent correctement et pourtant je pratique le tiers payant très majoritairement. Je ne croûle pas sous le poids de la paperasse. 
Bon le tas de paperasse à scanner s’accumule mais c’est parce que je ne m’en occupe pas régulièrement: je passais plus de temps à le faire quand je remplaçais.
Je pense que quand tout est informatisé, y compris les compte-rendus, les protocoles de soins etc, c’est quand-même plus facile que « dans le temps »
Et j’apprends progressivement les rouages de « l’entreprise libérale ». Ce n’est pas si compliqué, il faut y aller progressivement et se faire un peu aider: des collègues sympa, et personnellement j’adhère à média-santé qui m’apporte une aide discrète mais indispensable. Du coup, ce n’est ni insurmontable, ni si chronophage que ça. 
Je suis pourtant très désorganisée et absolument une catastrophe sur le plan administratif mais faire ma 2035 (déclaration d’impôt des médecins) et donc toute ma comptabilité de l’année puisque pendant un an, je n’avais absolument rien fait, ne m’a pris que quelques heures , je dirai 6-8 heures maximum réparties la dernière semaine avant l’échéance, bref une faible contrainte et j’avoue que j’y ai même pris du plaisir! J’oublie d’une année sur l’autre, mais je maîtrise à fond et j’aime même avoir ce genre de discussion avec ma collègue (« j’avais raison, mon AGA m’a confirmé que le secrétariat téléphonique, c’était sur la ligne 21 et qu’il fallait faire une DAS 2 » ) 
Pour résumé, à mon niveau et en ce qui me concerne et je ne veux absolument pas faire de généralités et que l’on comprenne bien que je ne parle que de moi, j’ai conscience des nombreux problèmes de la médecine actuelle mais personnellement, je  n’ai pas de problème depuis que je suis installée…
Il ne s’agit pas de dire que je suis représentative,il s’agit de dire que moi j’ai trouvé une situation qui me convenait, avec un contexte très favorable et que j’ai conscience de la chance que j’ai. Grâce à ce statut de collaborateur et à mes collègues, j’ai pu m’installer de cette façon, ce que ma vie personnelle ne m’aurait pas permis de faire s’il avait fallu m’investir davantage. Je pense que c’est bénéfique pour tout le monde.
Et si j’ai eu ou su créer cette chance, je pense que je ne suis pas la seule.Je ne suis donc pas représentative, mais je suis la preuve que c’est possible.
Et indépendamment  de tous les côtés pratiques et terre à terre dont on parle, j’aime surtout le fait d’être médecin! On oublie souvent que c’est le centre de notre métier car on est souvent submergé par tout ce qu’il y a autour, j’aime exercer la médecine, j’aime mes patients, ils sont gentils et ai-je besoin de le redire, ni agressifs,exceptionnellement  impolis et très peu revendicateurs. Je ne vais pas développer plus maintenant mais c’est un métier fantastique!
Pour conclure (oui ouf), sans me voiler la face, et puisque d’autres ont assez souvent développer les difficultés, je me devais de témoigner pour équilibrer la balance que pour moi JUSQU’ICI TOUT VA BIEN! 
Tout n’est peut-être pas tout rose. Mais tout n’est pas noir non plus ! 
Si vous avez envie de vous installer, si vous le faites avec intelligence et en ayant conscience de vos limites, soyez fous faites le: sur un malentendu ça peut marcher! 
Et je sais que je ne suis pas la seule à être un médecin heureuse, en Seine-Saint-Denis en tout cas, il y en a plusieurs… En tout cas, nous sommes au moins deux!

Désolée pour cette logorrhée et la longueur de ce texte, il faut dire que cela fait plusieurs heures que je suis au paradis des enfants et surtout des parents …
C’est ma fille tout en haut: elle est belle hein?

Comme par magie

Cela doit être bien de pouvoir raconter comment enfant on disait que l’on voulait être médecin, ou la classe suprême, que c’était ce que l’on voulait faire juste après dresseuse d’ours … La médecine est classiquement une vocation. Pas pour moi.

En tout cas si elle en est une, elle fut très tardive. Pas une seule fois en seize ans, être médecin ne m’est venu à l’esprit! J’ai pendant une très courte période voulu être dessinateuse, je ne sais pas pourquoi je n’ai jamais su dessiner. Ensuite, j ai voulu être maitresse ,classique mais tenace, puis prof de maths. J’ai adoré les maths, et ce fut un vrai deuil à la fin du lycée de me dire que je n’en ferai plus jamais, mais bon les maths c’est rigolo mais ça sert a rien … En terminale, j ai feuilleté consciencieusement les bouquins d’orientation, à la recherche de ce que je pourrais faire de ma vie. Pendant un temps, j’ai suivi la tendance qui consistait à dire quand on est bon élève que l’on allait peut-être faire une école d’ingénieur, mais aujourd’hui encore, je ne sais toujours pas ce que veut dire ingénieur! Ensuite j’ai eu ma période je veux faire de la recherche ( tout aussi flou mais tout aussi classe). A aucun moment je n’ai pensé à faire médecine. Je n’avais aucun médecin dans mon entourage, déjà plutôt un certaine mauvaise expérience des médecins, et en dehors de la série urgences dont j’étais la plus grande fan, pas de référence médicale à proprement parler. Et même en regardant urgences, je ne me suis jamais dit que c’est ce que je voulais faire, ça ne risquait pas, les urgences, ce n’est vraiment pas mon truc ! ( A la limite, j’aurai pu vouloir être Lucy et avoir Carter comme chef mais sa fin tragique m’en a dissuadé, j’en verse une larme rien que d’y penser et je sais que je ne suis pas la seule dans ce cas …). Je me souviens même d un week-end chez mon arrière grand mère en fin de première, où je lisais un livre intitulé docteurs. Mon père, qui s’échinait à trouver ce que je pourrais faire de ma vie et à me proposer régulièrement toutes sortes de métiers, voyant le livre me dit :et docteur , tu veux pas faire docteur ? Je me revois nettement lui dire :non c’est dommage ça serait une bonne idée mais ça m a jamais attirée…Non je ne veux pas faire docteur !

Quelques mois plus tard ,ce fut la prise de conscience, en un week-end, je suis passée de : je n ‘y ai jamais pensé à : je ne peux pas imaginer faire autre chose. A ce niveau là, on pourrait presque parler « d’appel ». Je ne pourrais pas dire comment et pourquoi c’est venu! Je me souviens juste de ce premier week-end de décembre 1998 en terminale que j’ai passé sur le grand lit de mon frère à faire trois choses: regarder les livres d’ orientation , regarder le téléthon et regarder urgences. Je ne sais pas pourquoi mais j’en suis ressortie en voulant être médecin. Je sais que je me suis rendue compte que pour faire de la recherche (ce que naïvement ou prétentieusement je croyais vouloir faire ) il fallait faire médecine. Je serais incapable de dire vraiment pourquoi. Je pourrais dire que c’est d’avoir vu les enfants malades et d’avoir voulu changer le monde, mais bon je les voyais tous les ans. Je pourrais dire que ayant toujours eu une mère malade, j’ai voulu d’une certaine façon la sauver, oui mais non. Je pourrais dire qu’après avoir vu tant de mauvais médecins, j’ai voulu faire en sorte qu’il y en ait au moins un de bien, ça c’est peut-être un peu vrai, encore aujourd’hui, je pense que très peu de médecins sont des bons médecins, très peu et c’est une profession que je ne porte pas dans mon coeur. J’ai vu tant de mauvais médecins, du côté médecins comme du côté patient. Je m’efforce tous les jours de ne pas l’être et toutes ces expériences négatives m’aident à faire cet effort quotidien, je ne sais pas si j’y arrive mais je m’y efforce.

Quoi qu’il en soit, je ne sais pas pourquoi, mais toujours est-il que je suis ressortie de ce week-end en voulant être médecin. Et depuis ce jour, je n’en ai pas démordu, j’ai été d’une motivation sans faille, je n’ai plus imaginé faire autre chose dans la vie. Avec du recul, aujourd’hui, je sais que si je n’avais pas réussi, j’aurais voulu être sage-femme. Mais à l’époque, je n’envisageais pas autre chose. Et j’ai mis tout en œuvre pour réussir et ne pas pouvoir avoir de regrets. J’ai énormément travaillé pour y arriver. J’ai eu la chance de réussir et de pouvoir faire ce que je voulais. Je suis consciente de cette chance. Et à aucun moment, je n’ai regretté une seconde ce choix venu du jour au lendemain…comme par magie.

Un peu différente

J’ai toujours été un peu différente à la fac, venant d’un milieu populaire au milieu d’une promotion des quartiers favorisés de la capitale .Originaire de Seine-Saint-Denis , j’ai néanmoins fait mes études à la faculté Broussais-Hôtel-Dieu à Paris. C’était direct en RER , géographiquement plus accessible que la faculté Bobigny, et même si celle-ci est une très bonne fac , nettement plus agréable je pense : Paris ,quartier Saint-Michel ,  rue de l’école de médecine .Je n’ai jamais regretté mon choix . J’ai eu parfois quelques difficultés à cotoyer les milieux un peu bourgeois , mais d’abord ce n’était pas une généralité, j’avais même une copine qui était boursière comme moi ( enfin moins que moi, moi j’avais une bourse totale, le must ) , et puis cela m’a appris l’ouverture d’esprit , je me suis fait de vraies amies malgré tout.

Le choc culturel était évident , beaucoup avaient un studio ou vivaient au coeur de Paris tous avaient des cours privés très onéreux mais néanmoins indispensables dans le système délirant de la première année de médecine ( j’ai eu quant à moi la chance de connaitre quelqu’un qui travaillait dans un de ces cours privés , ce qui m’a valu de bonnes réductions et surtout la rencontre avec mes meilleures amies ), personne n’avait de job en parallèle, même l’été comme moi ,et je dois l’avouer , au niveau culture générale, j’étais souvent un peu dépassée .

J’ai plutôt bien vécue cette différence , j’ai toujours été à l’aise avec mon origine sociale. J’ai reçu une bonne éducation et de très bonnes bases pour débuter dans la vie et si celle-ci a fait que j’ai connu tôt, de vrais problèmes et de vrais responsabilités, cela m’a rendue plus forte et plus déterminée . En outre,si je n’ai pas de médecins dans ma famille ou dans mon entourage proche qui m’aurait influencé , j’ai en revanche été amenée à être de l’autre côté de la barrière, ce qui a été je pense un enrichissement au total.

Tout cela a fait que j’étais déjà différente , mais cela s’est encore accentuée lorsque j’ai choisi , je dis bien choisi, de faire de la médecine générale .

En effet, quand tout le monde bosse à fond le concours de l’internat pour avoir la meilleure spécialité ( sous entendu la plus dure à avoir ,c’est donc la meilleure et c’est celle là qu’il faut donc faire , même si on ne sait pas en quoi ça consiste), moi j’avais pris ma décision : je voulais être généraliste. J’ai hésité un peu jusqu’au dernier moment avec la spécialité de gynécologie-obstétrique qui m’attirait , mais je sentais vraiment que c’est la médecine générale qui me plaisait. Je n’aimais pas la médecine d’urgence, je n’étais absolument pas faite pour la chirurgie (on me dit tout le temps qu’ayant sauté la dernière année de maternelle, j’ai dû louper les cours de découpage) , j’aimais toutes les spécialités , la pédiatrie , la gynéco ,sans pouvoir en choisir une exclusivement, surtout j’aimais les gens , tous les gens , de tous les âges , de toutes les sortes , et même s’ils n’avaient rien de grave, et j’aimais les revoir plusieurs fois .

Un jour ,en troisième année  j’ai demandé à mon généraliste à moi , le plus beau, le meilleur , d’assister à sa consultation (j’ai devancé la création du fameux stage d’externe).Ce fut une révélation : quelle variété , quelle richesse d’exercice : mais des femmes enceintes il en suit , mais de la pédiatrie il en fait , des « vraies maladies » bien graves , bien sérieuses , comme on les aime tant à l’hôpital , il en diagnostique et il en  suit …

Alors j’ai fait ma rebelle : moi je serai généraliste : par choix ! Gros silence autour de moi à chaque fois. Dans les milieux hospitaliers, il fallait du courage parfois pour le dire , et combien de fois j’ai entendu «  mais tu es brillante , pourquoi tu ne fais pas une vraie spécialité …» J’ai résisté à la pression , à la mauvaise tentation de se dire que puisqu’on avait la possibilité ( même si je suis allée assez fréquemment au cinéma , seule bien sûre les autres préparant maladivement le concours de l’internat , je l’ai quand-même préparé sérieusement et ai obtenu un résultat suffisamment honorable pour dire que ce fut un choix ) , il fallait choisir une spécialité d’organe .

A noter , même si tout le monde semble encore l’ignorer que je suis spécialiste en médecine générale .La réforme du concours de l’internat en 2004 en Examen National Classant , a transformé la médecine générale en spécialité .Il ne reste plus qu’à ce qu’elle devienne dans l’esprit des gens une «  vraie » spécialité .

A la question « pourquoi tu veux pas être spécialiste ? », la question qui me venait à l’esprit était «  mais pourquoi tu ne veux pas être généraliste ? »

Certes , il y a une question de goût et de compétences de chacun , tout le monde  n’est pas fait pour être généraliste , mais c’est beaucoup plus complexe que cela et il faut remonter à l’histoire des études de médecine.

Historiquement,  malgré les efforts depuis plusieurs années pour intégrer la médecine générale au cursus médical, celle-ci a longtemps été délaissée.

Jusqu’en 1949, date de la création des premiers certificats de spécialités, la formation était généraliste et les médecins se spécialisaient en cours de carrière.

La création des CHU en 1958 a réformé l’enseignement de la médecine générale. Son but était de rapprocher le savoir de la pratique en observant les grandes pathologies à l’hôpital et de promouvoir la recherche médicale.

Les chaires de pathologie ont été abandonnées au profit de la juxtaposition de spécialités : la médecine, sous ses aspects de réponse globale aux multiples problèmes de santé de la population, n’a plus été enseignée. L’hôpital cessait d’être le lieu de soins, d’observation et de recherche de la pathologie courante.

Dans les années 1970, les généralistes s’étaient mobilisés pour que la spécificité de la médecine générale soit reconnue et enseignée. En 1977, le Professeur Debré, initiateur de la réforme de 1958, au cours d’un colloque de pédagogie médicale à Marseille, se félicitait des premières réalisations de stages auprès du praticien comme un moyen de corriger  les conséquences néfastes de la spécialisation croissante de la pratique hospitalière pour la formation de la médecine générale.

Quelques semaines plus tôt, la résolution  du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe adressait des recommandations aux gouvernements de la communauté européenne pour les inciter à une meilleure formation des omnipraticiens. Cette résolution insistait sur la nécessité de confier cette formation avant tout aux omnipraticiens eux-mêmes, à égalité de moyens avec les autres spécialités et de réaliser cette formation sur le terrain même où elle devrait s’exercer, au cabinet du médecin généraliste.

C’est en 1982 que la loi du 22 décembre propose la mise en place d’une filière universitaire de médecine générale. Les premières expériences de formation spécifique à la médecine générale se généralisent à toutes les facultés.

En 1983 le Collège National de Généralistes Enseignants prend naissance pour fédérer les collèges régionaux au sein desquels les enseignants de médecine générale se regroupent. Depuis cette époque, le CNGE contribue à l’organisation d’enseignement de médecine générale dans les facultés françaises.

Jusqu’en 2004, les futurs généralistes ne passaient pas le concours de l’internat, réservé aux futurs spécialistes .Le deuxième cycle était suivi d’une période appelée résidanat qui durait deux ans et demi puis trois ans à partir de 2001.

La médecine de spécialité était donc la voie de réussite, la médecine générale étant réservée aux étudiants échouant au concours. Pendant ces années, en dehors de certaines vocations vraies qu’il ne faut pas oublier, la filière de médecine générale a souvent été un choix par défaut.

En 2004, le concours de  l’internat a été remplacé par l’Examen National Classant, obligatoire pour tous les étudiants à l’issu duquel  le classement détermine le choix de la spécialité .La médecine générale devient une spécialité médicale à part entière.

Cependant, les chiffres montrent que les étudiants ne choisissent pas cette spécialité.

En cinq sessions d’Examen National Classant, 3439 postes d’Internes de Médecine Générale sur 12 660 n’ont  pas été pris par les étudiants de deuxième cycle d’études médicales, soit plus de 27%, alors que hormis la médecine du travail et la santé publique, 100% des postes proposés dans les autres spécialités ont été pourvus.

Les affectations montrent que la médecine générale reste l’une des spécialités la moins attractive. En Ile-de-France, la moitié des postes sont affectés à la médecine générale aux alentours du 3000ème rang. Depuis la réforme de l’ENC, on y observe un accroissement significatif des internes de spécialités  avec un effondrement des internes de médecine générale .Ce phénomène tend cependant à s’atténuer ces dernières années. La médecine générale est choisie plus tôt et plus fréquemment.

En effet, comment choisir quelque chose que l’on ne connait pas ? Depuis le début du cursus, seule la pratique hospitalière est mise en avant. Non seulement l’essentiel des stages pratiques est hospitalier mais de plus le contenu théorique de l’enseignement traite essentiellement des pathologies hospitalières. Malgré les changements amorcés depuis la reforme de l’ENC qui visent à l’intégrer davantage, depuis des décennies la médecine de ville est exclue des enseignements jusqu’à la fin du deuxième cycle, moment où doit se faire le choix de la spécialité.

Certes il existe le stage chez le praticien lors du troisième cycle. Ce stage extra-hospitalier prévu par la loi en 1972 n’a été mis en place qu’en 1982 de manière facultative puis rendu obligatoire en 1988.Il s’effectuait alors en parallèle des stages hospitaliers sous la forme d’une vingtaine de demi-journées où le rôle de l’interne était essentiellement passif .Ce n’est qu’en 1997 , 25 ans après , que sa durée est allongée à un semestre complet. Le stage ambulatoire en soins primaires en autonomie supervisée (SASPAS) vient compléter ce stage chez le praticien  dans le but de compléter la formation ambulatoire des futurs généralistes.

Ces stages chez le praticien sont un succès et sont souvent une révélation pour les étudiants qui se retrouvent alors souvent pour la première fois confrontés à leur futur métier qu’ils ont choisi parfois à contrecœur .Certains au contraire ne sont pas faits pour ce genre de pratique et cette découverte tardive explique en partie la diminution du nombre d’installation de nouveaux médecins généralistes libéraux .

Quoi qu’il en soit, ce stage chez le praticien, aussi primordial soit-il lors du troisième cycle, arrive trop tard pour influencer le choix des jeunes médecins vers la spécialité de médecine générale.

Le CNGE et l’ensemble des enseignants en médecine générale réclament depuis des années un stage chez le praticien pendant le deuxième cycle.

En 1997, un premier arrêté ministériel régissait la mise en place d’un stage en Médecine Générale ambulatoire pour les externes. Cet arrêté du 4 mars 1997 prévoyait que chaque étudiant devrait effectuer pendant la deuxième partie du DCEM  un stage d’initiation àla Médecine Générale.Mais ses modalités d’organisation variaient en fonction des facultés tant sur le nombre de demi-journées à effectuer que sur l’année pendant laquelle ce stage devait être réalisé.  Durant 10 ans, les manques de moyens humains et financiers n’ont pas permis une mise en place effective de ce stage dans les différentes facultés. Un deuxième arrêté, paru le 23 novembre 2006, était censé répondre aux difficultés rencontrées depuis 1997, et être un pas supplémentaire vers la concrétisation du stage de deuxième cycle. Le 18 juin 2009, un nouvel arrêté abroge le précédent. Il réaffirme la durée du stage de 3 mois à mi-temps ou 6 semaines à temps complet, mais aussi son financement sur le budget du Ministère dela Santé.

Ce stage ne commence que très récemment à se mettre réellement en place. Un des principaux obstacles actuellement, maintenant que la volonté de développer ce stage est enfin réelle, est de trouver un nombre suffisant de maitres de stage  disponibles à accueillir les étudiants.

Ainsi, les efforts pour réhabiliter la médecine générale se multiplient mais celle-ci reste très en retard. La volonté de faire de la médecine générale une spécialité reste très théorique.

Les syndicats  se mobilisent pour la reconnaissance du statut de spécialiste, statut qui n’est toujours pas vraiment reconnu. Le DES de médecine générale n’a toujours pas de filière universitaire .Celle ci se met en place tout doucement avec cette année la nomination des premiers chefs de cliniques en médecine générale et le développement de la recherche en médecine générale.

Il a fallu une mobilisation  forte pour obtenir la revalorisation  du C de la consultation de médecine générale à 23 euros, c’est-à-dire à l’équivalence du Cs  des consultations de spécialistes, qui a été mise en place au 1er janvier 2011, revendication , qui était surtout symbolique .

Je n’ai à aucun moment regretté mon choix , pour moi c’était le bon , la médecine générale est ce que j’aime et ce pour quoi je suis douée .

Après le concours , pendant l’internat de médecine générale, on se retrouve entre internes en médecine générale , ma différence aurait du s’effacer. Mais pas tout à fait, car comme nous venons de le voir, les internes en médecine générale se retrouvent souvent là par défaut , parce qu’ils n’ont pas pu accéder à la spécialité tant convoitée ( laquelle ils ne savent pas mais une spécialité quoi ) , donc beaucoup cherchent à faire autre chose que de la médecine générale et s’attardent dans les services d’urgence, de réanimation  ou de pédiatrie dans lesquels ils passent pendant leur internat ou passent des diplômes accessibles aux généralistes comme des capacités de gériatrie ou de médecine d’urgence .

Au total , et c’est l’échec du système , peu d’internes en médecine générale se destinent à l’exercice de la médecine générale et qui plus est libérale. Le nombre des installations diminuent .

Actuellement, on observe une amplification du manque d’attrait des jeunes diplômés pour l’exercice ambulatoire de la Médecine Générale : deux médecins généralistes sur trois sortants de formation optent pour un poste salarié.

L’URLM d’Ile-de-France a réalisé en janvier 2008 une étude auprès des jeunes médecins généralistes :  « Recherche médecin désespérément : motifs et freins à l’installation en libéral en Ile de France ».Les résultats montrent que les principaux freins à l’installation en libéral sont les charges administratives, l’investissement financier initial, la gestion comptable du cabinet, la perte du travail en équipe, le temps de travail hebdomadaire, les difficultés à se faire remplacer, l’insécurité .

Il existe des mesures incitatives à l’installation, mais elles sont également méconnues, floues et pas forcément respectées .Il n’existe pas de communication envers les jeunes médecins.

De plus, les textes de lois récents mettant en péril la liberté d’installation des médecins généralistes  en instaurant des mesures coercitives, ne vont pas du tout dans le sens de rendre la médecine libérale attractive  et soulèvent un fort mécontentement chez les jeunes médecins.

Quoi qu’il en soit, mauvaise orientation initiale, peur de quitter le travail en équipe , en groupe , tel que l on a connu pendant la quasi- totalité de nos études , peur des contraintes et de la charge de travail , le nombre d’installation des jeunes médecins est faible .

Lorsque j’ai passé ( il n’y pas si longtemps que cela je dois l’avouer après un joli triplement) mon DES ( diplôme de fin d’études) , et que je suis passée devant le jury , je n’étais pas très à l’aise car j’avais un peu trainé pour me présenter ( trois petites années) et mon dossier n’était pas tout à fait complet ( recherches bibliographies, attestations de présence : quelques élements avaient été égarés après tout ce temps, j’ai même du réassister à des cours pour avoir les attestations : c’était plutôt marrant ) , mais j’avais l’argument choc pour séduire le jury : outre la présentation de mon brillant parcours et de ma brillante thèse , la réponse à la question : et maintenant que voulez-vous faire : « je m’installe en libéral ! »

Après avoir vu passer successivement des internes qui faisaient de la gériatrie / de la pédiatrie / de la réanimation / et des urgences , moi la dernière de l’après-midi, j’ai du tout de même leur réchauffer un peu  le cœur .

Et le coup de grâce ( là, de différente, je suis passée directement à extra-terrestre) : « En Seine-Saint –Denis !»…

Réponse du président du département de médecine générale de la plus grande faculté de médecine parisienne , admiratif : « Nous, quand on va en Seine-Saint-Denis , on prend de la nivaquine » …

 

NB 1: la nivaquine est le traitement que l’on donne en prévention du paludisme lorsqu’on part dans des certains pays étrangers

NB 2: vous avez trouvez des passages ennuyeux non ? Je vous l’avais dit :camouflage !