Le disque rayé

Ce mois ci le Mededfr a invité à bloguer sur le sujet « Savoir dire non »

Je pourrais écrire sur tout le chemin parcouru pour apprendre à dire non, ce que j’arrive à peu près aujourd’hui mais encore faut-il savoir comment le faire!

Ce que je voulais juste faire c’est partager ce que j’ai découvert et qui m’a beaucoup aidé: la technique du disque rayé progressif expliquée ici par Dominique Dupagne.

Il s’agit de répéter à plusieurs reprises une phrase constituée de deux parties

-Une première partie empatique « Je comprends bien ce que vous me dites »

MAIS

-Une deuxième partie qui indique le refus « je ne peux pas »

et ça monte crescendo

C’est juste brillant!

A lire absolument!

Cela a changé ma vie, en tant que médecin généraliste mais dans tous les domaines.

L’autre chose qui a changé ma vie,c’est de comprendre que dès fois au lieu de dire non, il suffit parfois simplement de comprendre ce qu’il y a derrière la demande et de recentrer le problème mais bon,c’est une autre histoire.

Vous pouvez lire les récits de médecins et de patients qui ont blogués sur ce sujet

Armance Ni oui ni non bien au contraire

Bruits des sabots Dire non

Patiente impatiente Dire non. Etre entendu. Ou pas 

Ninoche Say What

Je suis aidant Le pouvoir de dire NON. Que la force soit avec nous

Les chroniques d’Hortensie Le jour où j’ai dit non

Hermine  Mon mot à dire

Lama Rtine Pouvoir dire non

Shayalone Dire non-Aux nombrils des mondes 

 

50 nuances de MSU

Cela va faire 4 ans maintenant que je suis MSU c’est à dire Maitre de Stage des universités, c’est à dire que je reçois des étudiants en stage dans mon cabinet.

D’abord, des externes, qui font des stages de 3 mois, j’en ai eu 4.

Ensuite des internes, de niveau 1, c’est à dire des médecins qui ont choisi la spécialité de médecine générale et qui effectuent un stage de 6 mois dans un cabinet pour la première fois.

J’en suis à ma cinquième interne.

Cela prend de l’énergie, du temps, il y a parfois des difficultés, mais c’est vraiment fantastique! Je m’épanouis vraiment à être maître de stage. Cela fait assurément de moi un meilleur médecin et je pourrais parler des heures de toutes les raisons qui font que c’est trop bien mais comme j’ai une réputation de bisounours, je pourrais manquer de crédibilité! Alors j’ai demandé sur twitter pour qu’à plusieurs on puisse convaincre ceux qui en doutent que vraiment c’est top d’étre MSU!

Parce qu’évidemment, il en manque et il en faut! Alors si vous y pensez depuis un moment sans franchir le pas, n’hésitez pas, si vous vous posez la question, c’est que vous serez à la hauteur! Contactez la fac la plus proche de chez vous! et puis il y a des formations.

Si vous avez des questions pratiques, n’hésitez pas à ma les poser!

En tout cas, à chaque fin de semestre,c’est un déchirement mélangé à un sentiment de fierté, un peu comme quand les enfants deviennent adultes et quittent la maison j’imagine!

Donc si vous en doutiez, voilà

50 bonnes raisons de d’être MSU 

1-on mesure ce qu’on a appris en 20 ans (ou X ans) de médecine générale, on se sent intelligent

2-on sait qu’au moins 7 D4 de sa fac par an entendront parler de conflits d’intérêts,de décision partagée, d’asthme de l’enfant, d’éducation thérapeutique,de médecine 2.0, de certifalacons et de Jaddo

3-on transmet la médecine que l’on aime, à la fois exigeante sur le plan scientifique et proche des personnes.

4-les jeunes sont savants, dynamiques, respectueux, ça donne envie de faire de la médecine avec eux

5-cela permet aux externes de découvrir tôt notre belle spécialité

6- les patients en ont deux pour le prix d’un 

7-cela participe à la reconnaissance de la médecine générale à part entière

8-celà a un effet anti burn-out démontré

9-cela permet aux patients de voir de temps en temps une autre tête que la notre

10-regarder ce qu’on fait est enrichissant et transmettre est satisfaisant

11-on enseigne ET on apprend plein de trucs

12-on peut informer sur les violences 

13-on se doit de travailler du mieux possible

14-c’est la meilleure réponse à nos déceptions pédagogiques pendant nos études 

15-on peut se servir des internes/externes pour examiner les pieds des patients 

16-ou pour prendre la tension aussi 

17-parce qu’entre les internes, les externes et ceux des collègues, y’a souvent du dessert ou des goûters

18-cela oblige à être meilleur, plus rigoureux,à se tenir au courant, histoire de pas passer pour un has been rétrograde 

19-parce que parfois il y a des familles vraiment nombreuses en consultation #JeTiensLePetitTuAuscultesLaMère

20-ça donne l’impression de pouvoir construire la relation ville/hôpital de demain

21-cela permet un double regard sur les patients ou une double oreille #MerciPourLeSouffleCarotidienDeMonPatientDiabétique

22-les journées passent super vite avec un étudiant motivé

23-cela oblige à bien remplir ses dossiers pour que le pauvre interne ne soit pas noyé

24-ou le cas échéant, cela aide à avoir des dossiers bien remplis par l’interne

25-on se souvient de nos angoisses et on essaie de faire en sorte que notre étudiant ne traverse pas les mêmes 

26-on passe d’un exercice solitaire à un exercice en équipe 

27-cela brise les automatismes inconscients, cela oblige à argumenter et à documenter notre pratique 

28-la joie de partager, partager les connaissances, partager les pratiques 

29-cela oblige à parler à l’étudiant devant le patient avec des mots compréhensibles par celui ci 

30-enseigner c’est le kif!

31-on reçoit l’énergie de la jeunesse de nos étudiants

32-on voit un jeune médecin prendre confiance en lui, s’autonomiser

33-on échange dans le respect et la complémentarité 

34-l’interne a des connaissances via les ECN et le prat l’expérience, le bon sens et la sérénité

35-nos erreurs nous servent de réflexions pédagogiques, on ouvre nos boites noires 

36-on se fait des petites bouffes ensemble

37-et même ça oblige à faire une vraie pause déjeuner!! (voire de se faire un jap)             (bon ça c’est mon ancienne interne <3 <3 <3)

38-la transmission du savoir faire et du savoir être 

39-l’émerveillement de les voir évoluer en 6 mois

40-on montre le côté positif de la médecine générale qui est souvent méconnu 

41-on reste jeune

42-on partage des valeurs

43-il n’y en a pas assez et beaucoup d’internes ne peuvent pas faire de SASPAS et 6 mois ce n’est pas assez!

44-pour éviter le kislapétisme (ne faites pas comme moi qui ait googleisé,ça n’est pas un vrai mot)

45-on peut proposer des RDV à nos patients avec les internes lorsqu’on est complet

46-cela peut être une (plutôt faible) source de revenus complémentaire non négligeable

47-on améliore le confort du cabinet et on finit même par acheter une machine  à café

48-on peut leur parler de la marguerite des compétences #Troll

49- on peut pécho! (bon là je dénonce Christian Lehmann) 

Et the last but not least !!!!!

50 -il nous remplace ou s’associe avec nous !!!!!!!

Bref, pour citer Farfadoc: MSU c’est bon mangez-en!!!

Vous aurez probablement reconnu certaines de mes participations. Quant au reste, merci à Brigitte Tregouet, Dr Boucle d’Or, Dr A Capella, Canevet Jean Paul,Jean Claude Soulary, Doc TacTac, Opale, Doc du 59, Med student, Doc Arnica,Petit Doc en herbe, Aton aha, Kikia, Doc Shadok, Bruits des Sabots, Mandine, Christian Lehmann, Delamare 

Et merci à Koibo pour le hashtag #50NuancesDeMSU

Une main gauche et demi

Je viens de relire quand je racontais mes deux mains gauches il y a plus de 4ans.

J’écrivais « La morale de l’histoire c’est que quand on a deux mains gauches, on assume. Plus jamais ( ne jamais dire jamais mais quand-même ) je ne touche à un implant »

Ne jamais dire jamais évidemment c’est une doctrine très sage. La vie qui m’apporte beaucoup de surprise me l’a appris.

Si on m’avait demandé les choses que j’étais sûre de ne jamais faire, j’aurai cité entre autres « ne pas écrire un article le 17″, »courir plus de 5 minutes » et « retirer un implant contraceptif »

Hier, je n’ai pas écrit d’article,j’ai couru une heure et aujourd’hui, j’ai enlevé un implant.

Autant vous dire que je ne sais plus qui je suis…

J’avais pris ma mésaventure de ce scalpel dans le doigt comme bonne excuse de ne plus rien faire, de laisser les gestes en particulier au niveau gynécologique à d’autres ou à mes collègues et je me laissais engluer dans mon petit confort.

Et puis comme je le racontais ici, l’émulation de twitter, des blogs et puis le fait de recevoir des internes m’ont donné envie de sortir de mon confort et de m’améliorer.

Je ne tremble plus de peur quand je pose des stérilets.

Bon,c’est pas encore ça! Le plus dur pour moi reste de couper les fils. La semaine dernière, mes ciseaux de coupaient pas, j’ai laissé la patiente en position, j’ai chargé un patient de garder la porte contre toute tentative de pénétration et j’ai couru l’étage au dessus chercher des ciseaux, après le stérilet est ressorti, pendant ce temps mon interne voulait rentrer passer une carte vitale, je lui criais « nan rentre pas », et je raconte pas la suite tellement c’est n’importe quoi!

Mais je n’abandonne pas!

Et quand j’en ai eu assez que les patients attendent mes vacances et la présence d’Elliot Reid ou d’adresser à mes collègues, je me suis lancée à la pose d’implant. Avec le nouveau système, faut dire que c’est pas très dur! Ca ne m’a pas empêché la première fois de pousser sur la languette et de mettre l’implant par terre …

Et puis quand la première patiente à qui j’ai posé un implant a voulu le retirer, ben je me suis dit que c’était cohérent de lui enlever….et je me suis entendue dire « lundi? »

Et puis lundi, aujourd’hui, ben je lui ai enlevé! et je me suis même pas mis le scalpel dans le doigt!!!!

Faut dire que depuis j’ai découvert, grâce à vous une fois de plus, la technique de l’aiguille/de la tente/du pie vert et il faut avouer que ça change tout.

Et j’ai bien fait attention à ne pas me piquer avec l’aiguille non plus!

J’ai même hâte de recommencer!!!

Voilà ma petite histoire du jour. J’ai l’impression que je suis un peu moins affreusement malhabile!

En ce moment, je me dis que je suis arrivée au bout de ce que la vie peut m’apporter. Je suis comblée mais personnellement et professionnellement je n’ai que peu de perspectives de changements, de surprises, d’adrénaline.

Et puis dès fois, comme aujourd’hui, des choses improbables me tombent dessus, des fois, j’y suis aussi un peu pour quelque chose c’est sûr, mais symboliquement, arracher ce bout d’implant du bras de la dame, c’est la preuve que la vie peut me surprendre et que je ne suis pas au bout des perspectives!

Oui je sais c’est accorder beaucoup d’importance à ce petit bout en plastique, mais on fait avec ce qu’on a :-)

(Bon cet article est complètement autocentré et j’ai vraiment du mal avec le fait de rebloguer et de raconter ma vie, je ne sais pas si c’est plus narcissique qu’avant ou si je m’en rend plus compte mais bon, ça me questionne

je publie quand même :-)

4 janvier

Dure dure la reprise, après 4 jours d’absence à faire la grasse matinée et à rester à la maison en famille. Ce matin, c’est dur pour tout le monde!

En discutant hier avec un ami qui me disait qu’il était impatient de retourner au travail, car il avait hâte de faire plein de choses qui l’attendaient, je me suis dit mince, j’aime pourtant vraiment mon travail, mais j’ai vraiment pas hâte d’y retourner.

Insomnie dûe au décalage des grasses mat, 4h de sommeil, ce matin c’est évidemment affreux, comme tous les matins d’ailleurs.

Matin très dur pour les filles aussi, « Vivre ou survivre » qui passe à la radio dans la voiture, je suis dans le thème.

9h04, j’arrive au cabinet, salle d’attente pleine mais on a vu pire.

Je me suis dit que pour me motiver,ce matin, j’allais noter dans ma tête et ici toutes les choses qui font que j’aime être là et qui me motiveront à venir demain matin remplacer le remplaçant alors que c’est ma matinée de congé.

Alors que je reprends un semblant de motivation pour me lever et attaquer, je lis les mémos et voit une demande de visite pour à midi, coup au moral!

Allez 9h17, il faut vraiment que je bouge mes fesses.

1er truc sympa:

Mme B, 80 ans qui ne parle pas français, accompagnée par sa fille , qui se lève m’embrasser la main quand je lui dis que ses résultats sont bien

(ce qui est sympa aussi, c’est qu’elle vient juste pour ça:c’est facile)

2ème patiente: elle vient d’emmenager, j’ai déjà vu ses enfants,je la vois pour la première fois pour un début de grossesse, et même si c’est une consultation très sympa, je ne suis pas contente de moi parce que je ne pose pas la question des violences alors que c’est une première consultation,qu’elle est enceinte et que je n’ai aucune raison de ne pas lui demander…

A 10h16: j’ai fait une mini holà de joie en voyant seulement 4 personnes dans la salle d’attente.

Ensuite, évidemment j’ai perdu le fil.

Parce que jusque là,j’essayais de noter à fur et à mesure ..

Cela m’a motivé pour commencer la journée…et puis j’étais lancée

La journée est passée…

10h non stop…

A peine le temps de manger ou de faire pipi…

Mais pas le temps de penser que ça me manquait

Il est 21H30, je viens juste de me poser, après être rentrée tard, m’être occupée et avoir couché mes filles…

Je ne voudrais absolument pas faire ça tous les jours…

Ca ne serait pas une vie…

Je n’ai vraiment pas envie de me lever demain matin..

Mais je n’ai jamais envie de me lever le matin, cela dit.

Mais ce que je sais, c’est que j’aime mon travail et que j’ai aimé cette journée malgré tout.

A cause de tout ce que je n’ai pas eu le temps de raconter et qui en fait toute la valeur, la saveur.

Evidemment du coup, comme je n’ai pas eu le temps de le raconter, cela rend très peu intéressant ce billet mais bon, je pourrais presque dire que j’ai hâte d’aller travailler demain.

Parce qu’aujourd’hui, ce fut un vrai plaisir de voir l’adorable Imany, que je suis depuis sa naissance, pour son vaccin des 16 mois, et de voir Joseph, 3ans, trop craquant, pour la première fois. La maman de Joseph, j’en avais déjà parlé, fait partie des patientes au parcours trop difficile, dont être le médecin traitant m’enrichi.

Il y a Mr B. octogénaire qui a doublé tout le monde pour m’offrir des gâteaux espagnols et me souhaiter la bonne année…

Oui la bonne année… encore et encore.. et la santé surtout…

C’est un peu répétitif mais certains patients sont vraiment gentils avec ça..

Moi même, j’ai probablement dit « et bonne santé » en éclatant de rire à des patients bien malades en leur disant aurevoir …

Je sais même avoir dit un « y’a plus de saisons » aujourd’hui..

Et un « putain de bonne année » à une vieille dame (c’est que disait sa télé au moment où je suis arrivée chez elle)

Aujourd’hui,j’ai eu une tirade de remerciements touchants d’une patiente.

On m’a adressé une nouvelle patiente, très jeune et très très malade, qui se sentait complètement abandonnée dans sa prise en charge pour plein de raisons. La tristesse de sa situation est un peu atténuée par le sentiment de pouvoir vraiment l’aider…notamment en appelant les fameux merveilleux coursiers sanitaires et sociaux dont je parle tout le temps. A chaque fois que je fais appel à eux, et c’est très souvent en ce moment, je me sens vraiment utile…

Et puis j’ai pris un patient avec une angine en plus!!  Rien que ça, ça valait la peine que je me lève!

Et j’ai commandé un tabouret confortable et une machine à café pour mon interne!

Qui vient demain, et ça aussi c’est un vrai plaisir et une vraie motivation pour demain…

Et au moins, ce soir, je ne pense pas que je fasse une insomnie…

Bref, le 4 janvier, ça c’est fait!