3 ans 4 mois

Je soussignée Docteurmilie avoir plein d’excuses pour ne pas écrire vraiment de billet aujourd’hui et surtout pour ne pas encore avoir écrit la saison 3 du certifalacon d’or. J’ai bien conscience que la saison des certifs est finie depuis longtemps et que c’est n’importe quoi mais outre le fait de passer mon temps à sauver le monde et autres multiples activités, j’ai surtout un handicap technique car je n’ai plus d’ordinateur. Je suis tellement un boulet que j’ai ignoré tellement longtemps que la mémoire de celui ci était pleine que je n’ai non seulement pas pu sauvegarder mon ébauche d’article mais en plus ne pouvant plus rien ouvrir, j’ai dû le confier aux soins d’un monsieur qui va essayer de le guérir mais ce n’est pas sûr. J’en profite pour faire une digression et dire à la revue prescrire que ce n’est pas non plus ma faute si cette année encore, je ne serai pas lectrice émérite,c’est que une fois encore il semble y avoir eu un problème de cliquage de bouton et un questionnaire n’aurait pas été validé, un problème technique indépendemment de ma volonté. Mais je ne perd pas espoir pour l’année prochaine. Quant à l’article du 17, j’ai du l’écourter pour une urgence culinaire, ma fille m’annonçant ce soir qu’il y avait un gouter de noel demain, nous avons donc choisi de faire ce gateau, ce qui me donne une excuse du tonnerre. Le temps qui m’était imparti sur l’ordinateur familial par gentil mari est maintenant écoulé, il ne me reste qu’à vous souhaiter de bonnes fêtes…

Certificat établi pour me défendre en dépit du fait que j’ai bien conscience que tout le monde s’en fout.

DocteurMilie

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Violences…

Ce matin en garde, j’ai vu une jeune fille de 17 ans qui venait d’être placée en foyer à sa demande car elle était rouée de coup tous les soirs depuis 3 ans par son père et son frère.  Une jeune fille très courageuse qui semblait aller bien en dépit de son histoire dramatique et de tout ce qu’elle avait vécu.

J’ai compris qu’elle était en fait dissociée. Surtout, alors qu’elle venait pour son asthme, je me suis sentie à l’aise pour entamer une discussion sur ce sujet avec elle. J’ai réussi à dire autre chose que mon habituel « oh ma pauvre »  (que j’ai dit plusieurs fois néanmoins). Je lui ai parlé des mécanismes qui se passent dans de telles circonstances. Je lui ai noté sur un papier le site mémoiretraumatique.org. Elle a plié le papier et l’a mis dans sa coque de téléphone…

Je ne sais pas si ce que je lui ai dit l’a aidé ou l’aidera mais je savais quoi dire.

Je prend cette situation car c’est celle que j’ai eu ce matin mais récemment j’ai eu plusieurs situations que je pourrais raconter de patientes victimes ou ayant été victimes de violence.

Parce que maintenant je le dépiste .

Il y quelques mois, j’écrivais dans ce billet « mon prix du poster » que j’avais été sensibilisée à l’importance de dépister les violences chez mes patients.

1 FEMME SUR 10 est victime de violences conjugales

1 patiente sur 4 en médecine générale a été victime de violence au cours de sa vie

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J’avais compris qu’il fallait poser systématiquement la question aux patient-e-s, que ça pouvait tout changer.

Le poster de la thèse de Mathilde Palisse que vous pouvez revoir ici m’a fait comprendre que les femmes sont favorables à un dépistage systématique et que c’est le rôle du médecin généraliste.

Arrivée à ce stade, je n’étais pas beaucoup plus avancée, parce que maintenant je savais qu’il fallait que je demande mais je n’y arrivais pas vraiment et puis je n’étais pas armée, façe à des réponses positives.

Et puis, j’ai fait une formation passionnante. Avec des gens formidables.

Et puis j’ai compris tellement de choses .

J’ai découvert les mécanismes des psycho-traumatismes.

(si vous devez cliquer sur un seul des liens, cela doit absolument être celui ci!!)

J’ai compris pourquoi la maman de Jaddo a envie de dormir face à des victimes de violence.

Je n’ai toujours pas compris par contre pourquoi en tant que médecin, on ne m’avait jamais expliqué ça.

Il y a bien Opale que je remercie très fort qui essaie de nous expliquer à tous pourquoi on doit lire « le livre noir des violences sexuelles » de Muriel Salmona, et elle a tellement raison !!!

J’ai compris que chez 1 patiente sur 5, des violences passées ou présentes étaient la raison de tous leur maux que je ne comprenais pas,  j’ai appris comment leur en parler, j’ai appris quoi leur dire, j’ai eu plein d’infos sur le cadre juridique, les procédures à suivre, j’essaie de construire un réseau autour de mon cabinet pour les prendre en charge.

Je sais tellement plus par rapport à l’année dernière..et à la fois je ne sais rien encore, mais je suis bien décidée à apprendre.

et du coup j’ai comme l’impression que j’ai découvert un truc hyper important et j’en parle un peu tout le temps.

Mon bonheur là dedans, c’est d’avoir fait tout ce cheminement avec docteur gécé et que du coup on peut en parler de manière obsessionnelle toutes les deux.

Du coup, il faut absolument lire ce qu’elle a écrit à ce sujet « Ultra Violence »

Et puis aussi on a été ensemble cette semaine à la journée sur les violences faites aux femmes pour mobiliser les professionnels par la formation.

C’était une journée très intéressante, qui concernait tous les professionnels, soignants, travailleurs sociaux, judiciaires et l’importance de leur formation.

Docteur gécé a fait un LT sur twitter , que vous pouvez retrouver ici 

(merci hipparkhos pour le storify)

J’en profite juste pour vous faire part d’une information que j’ai appris là-bas: l’existence du numéro d’urgence 114 un numéro d’urgences par SMS pour les personnes ayant des difficultés à parler ou entendre, ou en danger et ne pouvant pas téléphoner.

Et puis, je vais continuer à être informative/obsesionnelle et vous mettre quelques liens (oui quelques car j’ai vraiment essayer de réduire)

Donc en fait si vous avez déjà cliqué sur tous les liens ci dessus

l’essentiel est :

-sur le site mémoire traumatique: toutes les infos sur les mécanismes, la législations, les prises en charge, notamment que faire si vous êtes professionnels de santé

et plein plein de documents à télécharger (plaquettes d’informations, affiches études, articles)

et

-sur le site http://stop-violences-femmes.gouv.fr 

avec plein d’outils pour les professionnels de santé

notamment les films Anna et Elisa et les plaquettes d’informations qui vont avec.

ELISA :le nouveau court métrage de la MIPROF qui montre l’impact que l’on pourrait avoir…

« pour moi,ça va tout changer… »

 

et Anna, que j’avais déjà mis dans mon précédent billet

 

 

Voilà et pour finir :

le numéro d’appel d’urgence 39 19 

et le numéro du collectf féministe contre le viol 0800 05 95 95

j’aurai plein d’autres choses à dire, mais bon je vais m’arrêter là

parce que y’a pas qu’en France évidemment..

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3 ans 3 mois 1 jour

Alors, non seulement j’écris pas entre les 2 billets du 17 mais si en plus j’écris même pas le 17 …

Comme souvent, en novembre,le 17 tombe le jour de l’anniversaire de mon mari et comme je suis une épouse parfaite, j’ai consacré ma soirée à lui faire un bon repas …

J’ai plein plein d’idées de billets que je veux écrire mais le temps me manque …

Une des raisons pour laquelle j’ai pas le temps d’écrire c’est que je fais plein de trucs déjà et que novembre est rempli d’anniversaire notamment celui de ma fille, mais également parce que je suis ce MOOC « Medical Education in the New Millenium «  et que c’est passionnant . Il s’agit d’une formation en ligne faite par l’université de Stanford qui parle de comment repenser l’enseignement et la formation médicale. C’est vraiment passionnant et je le conseille à tous ceux qui s’intéresse de près ou de loin à la formation médicale .

Je voulais qd même profiter de ce billet pour souhaiter un joyeux anniversaire à mon mari que j’aime, bon ben ça c’est trop tard, et parler d’un ou deux trucs…

Je sais qu’Opale m’attend au tournant car j’avais promis de faire un billet sur l’extraordinaire formation sur les violences faites aux femmes que j’ai suivie récemment, mais je ne l’ai pas fait

notamment parce que après demain je vais à la journée nationale des violences faites aux femmes et que je voulais attendre avant de le faire

(oh vous l’avez vu la pirouette pour bien m’en sortir)

et puis aussi parce que docteur gécé a déjà tout dit

en gros le résumé du billet que j’aurai fait et que je ferai peut-être

j’avais pris conscience l’année dernière de l’importance du sujet

j’en parlais dans mon prix du poster 

j’ai fait une formation qui a changé ma vie

grâce à Opale qui n’arrête pas de parler de Muriel Salmona et de son site                 mémoiretraumatique.org 

mais Opale a raison: le monde doit savoir ,il faut en parler, c’est dingue que l’on ne nous apprenne pas ça, il faut que tout le monde lise ses explications sur la mémoire traumatique et ce qui se passe dans le cerveau au niveau neurobiologique .

Docteur gécé a tout bien expliquer ici , à lire absolument 

et après, qu’est ce qu’on fait …

C’est un peu tard mais beaucoup de réponses seront jeudi 20 novembre à Paris à la journée  des violences faites aux femmes : mobiliser les professionnels de santé

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Voilà

et sinon, faites moi parvenir vos dernières candidatures pour le certificalacon d or car la saison se termine et cette année j’ai moins de matière !

 

3 ans et 2 mois

On m’a plusieurs fois dit récemment qu’il ne fallait pas que je m’oblige à écrire ce billet du 17! Que surtout si j’en avais marre, je pouvais arrêter, que personne ne m’en voudrait hein!! Que quand on a rien à dire, ben faut pas se forcer, dès fois on peut se taire aussi !!

J’AI BIEN COMPRIS LE MESSAGE !!!!!

J’AI COMPRIS QUE CA DEVIENT RIDICULE CETTE HISTOIRE A LA FIN !!

ET BEN NON!!! J’AIME BIEN PARLER QUAND J’AI RIEN A DIRE !!!

VOILA !!!

Et puis comme ça quand j’ai quelque chose à dire ,je peux le faire!!

Donc, là j’ai effectivement pas grand chose à dire !

A part que je continuerai à ne parler pour ne rien dire !

Par contre, hier j’avais des choses à dire !!!

Et pour le coup, ça mferait bien plaisir que vous le lisiez!!

Parce qu’en plus, aujourd’hui, jsuis dépitée.

L’OGDPC a fait un communiqué de presse pour annoncer que les séminaires de formation  continue seraient (encore ) diminué à un par an. Je vous passe les détails mais l’évolution prise depuis deux ans me désespère.

Et pour info, il reste à ceux qui le souhaitent une heure (jusqu’au 17 à minuit) pour s’inscrire à un ou plusieurs DPC pour l’année 2014 (sauf ceux qui n’ont fait aucun DPC et qui ont jusque la fin de l’année)

Bon, ben au mois prochain donc !!!!

Une page qui s’ouvre

Ces derniers temps, j’ai eu plusieurs discussions sur l’intérêt de faire entrer le monde de la médecine 2.0 dans l’enseignement en médecine. Des discussions riches avec des personnes d’horizons différents.

Il y a eu  des discussions sur twitter, il y a eu des discussions avec des amis twittos notamment avec certains membres de DMG (département de médecine générale: enseignement de troisième cycle pour les internes en médecine générale) motivés et rêveurs comme moi. Il y a eu aussi des médecins pas du tout connectés et des membres de DMG . Il y a eu des étudiants. Et puis des non médecins aussi.

Il y a eu le #Mededfr sur ce sujet .

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Il y a la série d’articles de Farfadoc cette semaine disant que c’est dommage quand-même !!

Et effectivement c’est dommage!!

Riche de toutes ces discussions, je suis vraiment persuadée que la médecine 2.0 peut faire partie de la formation initiale (et continue évidemment) des médecins (et des autres professions de la même manière).

Il faut peut-être que je définisse la médecine 2.0.

J’aime beaucoup la définition de Farfadoc « le 2.0, c’est la collaboration, la connexion des gens entre eux, c’est la mise en pratique du « on est plus intelligent à plusieurs ». »

La médecine 2.0, pour moi, c’est le partage et l’émulation que je trouve en côtoyant des personnes (médecins ET non médecins) que je n’aurais jamais eu l’occasion de rencontrer, ce sont les informations qui viennent à moi et aussi des informations que je partage. C’est un échange. C’est une constante remise en question et volonté d’amélioration. Internet en est l’outil. Il permet une connexion, un partage d’informations. Mais la médecine 2.0, c’est une histoire de personnes avant tout.

Dans mes rêves, j’imagine une FUMG 2.0

La FUMG, c’est la filière universitaire de médecine générale. Je parle de ce domaine car c’est celui qui me concerne mais évidemment mes réflexions et mes rêves sont valables pour les autres domaines.

Je pense que les possibilités sont multiples.

Des portails (sites internet, twitter ou facebook) permettant de faire circuler l’information: les informations pratiques (les cours, les événements) ( cf farfadoc épisode 1) ,les informations pédagogiques (articles supports de cours) mais surtout les informations diverses et variées que l’on apprend pas forcément à la fac (cf farfadoc épisode 2): les actualités scientifiques, les dernières recommandations.

Je pense que la blogosphère médicale est riche et que certains articles peuvent être intégrés dans certaines réflexions lors de cours aux étudiants. Il y a toute une dimension de la médecine générale dont l’apprentissage est difficile à appréhender. Des billets de blog pourraient enrichir cet apprentissage.

Les nouveaux paradigmes de l’enseignement allant dans le sens de l’auto-apprentissage (comme l’explique Fardadoc épisode 3, ce qu’on apprend est rapidement caduque et parfois même faux) il faut chercher les informations par soi-même, et il faut savoir les remettre en question. La médecine 2.0 est l’outil idéal pour cela.

Mais il s’agit surtout d’un échange. Dans mes rêves, il y aurait un dynamisme et un échange permanent. Les étudiants, les enseignants, les maitres de stage partageraient leurs réflexions et leurs connaissances. L’outil internet permet une interaction que les contraintes pratiques, géographiques et temporelles freinent souvent. (exemple à nouveau du groupe de pairs 2.0) et de nouvelles formes d’apprentissage (exemple des MOOC)  Et l’on pourrait développer l’interprofessionnalité et s’enrichir de l’expérience et du savoir faire d’autres professionnels de santé (Farfadoc épisode 5)

Bref, au delà du fait que je suis convaincue qu’un étudiant en médecine doit connaitre Jaddo (c’est la base!!), je pense que la médecine 2.0 est un formidable outil et en vrai je pense même qu’il est indispensable…

Et je ne parle même pas du rôle potentiel dans la représentation et l’image de la médecine générale et sa promotion. (Farfadoc épisode 4) 

Il n’est pas question de remettre en question l’enseignement tel qu’il existe mais d’apporter cet outil, cette dimension en plus.

Dans mes rêves ?

Je ne sais pas.

Comme je le disais récemment, tout s’emmêle…

Et lors de mes discussions récentes, j’y ai entendu des rêves, mais aussi du concret, des projets. J’ai vu des personnes motivées et dynamiques.

Je pense que des choses se construisent un peu partout.

Il y a dans le programme du congrès national du CNGE (collège national des généralistes enseignants) en novembre un atelier sur l’intérêt des médias sociaux dans l’enseignement en santé.

J’ai  vu que certains DMG avaient un compte twitter

@DMGStrasbourg
@DUMGRouen
@DUMGA80
Des collèges de médecine générale ont un compte twitter et j’en ai vu récemment se créer
@CGELAV (Nantes)
@CLGE_MG (Lyon)
@cgep7 (Paris Diderot)
@CEMGLille (Lille)
Le CGELAV a ouvert aujourd’hui un blog pour échanger autour de la formation en médecine générale. C’est une initiative locale qui témoigne du dynamisme et du potentiel de cette FUMG 2.0.
Aujourd’hui, aussi , le DMG de Paris Descartes a ouvert un compte twitter et une page Facebook
Je pense à titre personnel qu’il faut encourager ces initiatives. Ce n’est qu’un début. Je sais qu’il y a de ci de là des gens motivés ,des projets et des gens ouverts d’esprits à ces projets.
Mais il faut que l’outil soit utilisé et qu’il y ait un dynamisme derrière.
Le 2.0 n’est que ce que nous en faisons.
J’espère donc que c’est une page qui s’ouvre et que ça va être un peu, même un tout petit peu comme dans mes rêves (oui je sais je suis une rêveuse mais doublée d’une pessimiste/pragmatique qui au fond à bien conscience de la réalité des choses, bref je suis une fausse naïve)
Si y’a des étudiants qui me lisent et des enseignants: it’up to you!
 
Et sur le même sujet, aujourd’hui:

Emmêlage

Dans ma vie, il y a plusieurs domaines bien distincts.

Il y a ma vie personnelle, ma famille, mes amis. Parmi mes amis, il y a en a une partie qui sont des médecins avec qui j’ai fait mes études.

Il y a ma vie professionnelle. Celle ci est également multiple. Il y a la vie au cabinet, mon quotidien. Il y a les activités annexes comme par exemple les séminaires de formation médicale continue auxquels j’assistent et que j’anime parfois. Il y a la fac, dans laquelle je m’investie de plus en plus, ce qui me plait beaucoup.

Et parallèlement à tous ça, il y a ma vie 2.0, twitter, ce blog mais surtout tout ce que cela englobe. Cela fait désormais parti de ma vie à part entière. C’est là que j’apprends le plus au quotidien sur mon métier, c’est des amis précieux, c’est des rencontres d’une grande richesse, c’est ce qui fait que je suis la personne que je suis et surtout le médecin que je suis.

La médecine 2.0, c’est un partage , c’est incontournable, c’est pour moi indispensable.

Je le sais, j’en suis convaincue .Vous qui me lisez, pour beaucoup vous le savez aussi .

Mais c’est une vie parallèle.

J’ai envie de dire à tout le monde à quel point c’est formidable, je voudrais que tous les médecins puissent bénéficier de cette émulation qui me tire sans cesse vers le haut .

Je sens désormais ce décalage, par rapport à mes amis médecins, par rapport aux médecins que je cotoie dans les formations.

Et surtout c’est difficile d’en parler, parce qu’il y a l’anonymat d’abord (bien que ça ne m’ait jamais vraiment arrêté :-) et parce que c’est dur à expliquer aux gens, qui soit n’y portent pas d’interêt, soit nous prennent pour des fous ou des addicts de ce monde bizarre, nous prennent pour des fous de rencontrer des inconnus et d’échanger une maison avec, n’en parlons même pas.

Et puis, peu à peu , ces mondes parallèles se mélangent.

Grâce à gentil mari qui a initié la première rencontre et que j’ai le premier intégré dans ce monde parallèle. Des gens de ce monde initialement virtuel sont devenus des amis de la vraie vie. Ils assistent aux évènements de ma vie au milieu de ma famille et de mes amis. Des amis anciens rentrent dans ce monde nouveau. Mon groupe de pairs est constitué moitié moitié de twittos et de non twittos.

Ma vie professionnelle aussi est de plus en plus emmêlée. Au cabinet, à mes collègues, à mes internes, j’en parle librement et dans de plus en plus de situations ce n’est plus un secret , ni même un tabou. Certaines de mes remplaçantes sont des twittos.

Hier, j’ai fait une formation. Je fais désormais partie d’un organisme de formation médicale continue parce que deux twittos m’y ont accueilli. J’avais choisi le sujet des violences faites aux femmes parce qu’une twittos m’y avait sensibilisé et recommandé l’intervenante. Celle ci, j’en parlerai plus tard était effectivement formidable et nous avons discuté avec elle sur twitter car elle y est aussi. Et puis elle m’a repérée évidemment et on s’en fiche, on a discuté encore mieux !!.Tout s’emmêle…

Ces mondes s’entremêlent désormais et ce n’en est que plus enrichissant.

Je n’ai presque plus de réserves à en parler et même j’en suis presque fière désormais.

Pourtant je ne me voyais pas arriver à la fac, au DMG en disant « au fait, vous connaissez twitter et les blogs et tout ça, vous pensez pas que ça serait bien de le développer dans l’enseignement ? »

Quand je lis le dernier billet de Jaddo , je pense qu’il faudrait que tous les étudiants en médecine le lisent . Quand on débat autour des RSCA et autres traces d’apprentissages que les internes en médecine générale doivent fournir, je me dis que nous blogueurs, c’est un peu ce qu ‘on fait de manière non formalisée et spontanée et que peut-être si la formation initiale des médecins s’emmêlait avec la blogosphère, cela leur montrerait d’autres points de vue stimulants. Je me demande l’influence qu’aurait eu la médecine 2.0 si je l’avais connu lors de mes études. J’ai l’impression que j’aurai gagné tellement de temps dans ma maturation et mon cheminement.

Et quand je lis Farfadoc, je me dis que c’est dommage quand-même…

Du coup, au fond de moi, je pense que ces deux mondes aussi peuvent s’emmêler aussi, que finalement tout est possible…

Et plus tout ça s’emmêle, plus je trouve ça chouette…

 

 

3 ans et 1 mois ou appel à candidature

Je profite de cet article mensuel où je n’ai absolument rien à dire pour annoncer que les candidatures pour la troisième saison des certifalacons d’or sont ouvertes!

Après Dr Stéphane et son certificat d’aptitude à la course de  moissonneuses batteuses en compétition …

Après Opale et son certificat d’aptitude à un atelier de rigologie…

Qui sera le prochain vainqueur?

Médecins qui subissez des demandes incongrues, médecins qui vous rebellez et répondez des réponses aussi farfelues que les demandes, patients qui demandez à votre médecin de répondre de cette manière (nouvelle catégorie) , envoyez moi vos meilleurs certifalacons !!

Par twitter, en commentaire de cet article ou sur la page contact, je compte sur vous !!!!

Bref, j’ai reçu un labo

J’ouvre la porte. La consultation sans RDV habituellement est cool mais là, c’est la rentrée, c’est la ruée aux certificats et aux diarrhées des retours de vacances. C’est un peu l’apocalypse dans la salle d’attente, il n’y a même plus de place assise.

Mince, plus on en voit, plus y’en a , c’est comme les artichauts. On va jamais pouvoir se faire un resto tranquille avec mon interne 

Plusieurs personnes se lèvent. On va mettre des tickets, comme à la sécu. Mais l’une d’entre elles est plus prompte à se jeter sur moi.

« Bonjour, juste deux petites minutes s’il vous plait »

C’est toujours deux minutes ou « moi c’est juste pour… »  Elle va me dire c’est juste pour un certificat, j’entend encore une fois aujourd’hui la phrase c’est juste pour un certificat, je pète un câble 

-« J’ai vu que vous aviez prescris notre attelle pour le canal carpien et …

-« Euh non j’ai pas fait ça moi »

C’est qui celle là?

-« Ben, vous êtes bien le DocteurMilie? »

-« Euh oui , mais j’ai pas prescris ça… »

Ah, j’ai ptêt prescris une attelle de nuit de canal carpien 

-« Ah, j’ai ptêt prescris une attelle de nuit de canal carpien mais pas de marque. Et c’est très grand, votre attelle, je savais pas que c’était comme ça … »

Mais comment elle le sait que j’ai prescris une attelle d’abord, elle espionne les prescriptions, WTF!!!

-« Ah oui l’attelle bla bla bla  »

-« Ah oui, je ne savais pas , bla, bla , bla  »

Ah, mais c’est intéressant ce qu’elle me raconte, je savais pas que bla bla bla...

-« Vous voulez que je vous en envoie une? »

Oh ben ça c’est cool!

Mais ça va pas la tête!! C’est un labo! 

Ah merde c’est un labo!!! Merde j’étais en train de discuter et de me faire avoir par un labo! 

J’avais jamais reçu de labo jusqu’à aujourd’hui. Heureusement visiblement !! 

Bon, je me reprends, je vais pas accepter un cadeau d’un labo quand-même.

Jvais prendre la plaquette, d’abord parce que je suis incapable de dire non, et puis c’est intéressant quand-même , jvais y jeter un oeil… mais je la prescrirai pas son attelle!! je ne mettrai pas de nom…jmettrai attelle..comme avant, Rien n’a changé!! 

– « NON!!!! Je veux dire non, pas la peine de m’en envoyer mais merci beaucoup. C’est très gentil!! Merci beaucoup c’est très gentil, vraiment jdis ça!!?? Au revoir, madame. »

Ouah, qu’est ce qui vient de se passer, ça a pris en tout et pour tout 1 minutes mais je crois que…

-A mon interne « Je crois que je me suis fait alpaguer par un labo »

Bref, j’ai reçu un labo !

 

 

 

 

Concours de l’été: les résultats

Vous avez été nombreux à répondre à mon article précédent sur les premiers jours de travail/stage que j’ai écrit à l’occasion de la sortie du film Hippocrate.

Le Pacte m’a proposé de faire un jeu-concours de mon choix  et je ne regrette pas d’avoir choisi ce sujet (inspiré par Farfadoc, merci à elle)  car ce fut un plaisir de lire les anecdotes que vous m’avez envoyé .

Je remercie vraiment tous ceux qui ont participé.

On constate que les premiers stages dans le monde médical sont vraiment difficiles. Et on retouve les dysfonctionnements dans vos commentaires… Du stage en radiologie de docdu59 au premier accouchement volé de 10 lunes en passant par l’accueil glacial de Charlotte la kiné ou des stages P2 de Beruthiel, tous ces témoignages sont riches et me parlent…

Il faut s’accrocher, du premier jour où il faut trouver la lingerie au dernier …

Des fois, il y a quand-même des accueils plus joyeux (cf clicadoc), tout du moins quand un patient ne se pend pas le premier jour du stage (cf Petille)

Les soignants n’ont pas le monopole des premiers jours difficiles, ni même du bizutage (cf zythom).  Merci aux non-soignants qui ont témoigné.

Cela a été particulièrement difficile de choisir. Mais comme on n’est pas à l’école des fans, j’ai du choisir mais j’ai quand-même envie de dire « Vous avez tous gagné »

Du coup, the « winners  » are:

– Docokita (dont mon blog refusait pourtant les commentaires) qui a vraiment la poisse pour les premiers jours .

(dans le même genre, j’aurai pu choisir Dzb 17 mais bon il a fallu choisir …)

– Jallorra car son histoire montre bien à quel point notre motivation peut-être sans cesse mise à l’épreuve et qu’il faut s’accrocher malgré les gens qui nous entourent.

-Aude-leme car le café c’est essentiel dans un premier jour de stage. Ne pas aimer ça m’a bien handicapé. Bien joué ..

– Sous la place et son joli texte, en ce lendemain de rentrée scolaire

-et Ultima pour son courage face à ce qui est malheureusement trop fréquent…

Je vous invite  à me laisser vos coordonnées sur le formulaire de contact du blog pour vous faire parvenir les places pour le film Hippocrate.

Et deux prix spécial du jury:

(mais qui ne gagnent pas de place du coup)

– Farfadoc la première à laisser un commentaire mais qui avait mis la barre haute parce que quand-même s’enfermer dans les toilettes un premier jour…voilà quoi …

Mais je voulais pas qu’on m’accuse de conflit d’intérêt alors plutôt je l’invite au ciné !!

-L’eau là, soutenue par Dr Who qui fait du lobbying  (qui a qu’à l’inviter au ciné du coup)  pour sa version SF du concours ! Bravo et merci !!

Et merci à Armance pour avoir relayé le concours sur son blog.

Et donc aujourd’hui c’était la sortie du film Hippocrate. Pour ceux qui écouteraient mes bons conseils, vous me direz ce que vous en avez pensé.

Voici les gagnants mais vous pouvez aller lire tous les commentaires (je vous le conseille) de l’article précédent.

 

DOCOKITA :

Premier jour de P2, malaise vagal pdt la grande visite (eh oui on était une vingtaine dans la chambre et il faisait chaud au CHU mais ça je ne le savais pas encore!)

Premier jour et premier patient en tant qu’interne:j’envoie les externes commencer à interroger un patient arrivé dans la nuit pdt que je lis son dossier « Euh c’est bizarre il répond plus le monsieur! » m’informent-ils rapidement… AH!! au secours mais je sais pas faire moi!! Appel chef, appel réa, transfert en réa… J’étais en diabéto donc plutot des bilans de diabète ou désequilibre, on avait rarement besoin de la réa quoi!

Premier jour en cardio mais j’étais déjà en 4e semestre:on a du masser la premiere patiente pdt la visite! Puis une autre entrée dans l’après midi…
Décidément! je demande aux IDE si c’était courant « Non no nc’est assez rare en fait  » Effectivement je confirme après y avoir passé 6 mois!

Je suis la fille qui porte la poisse quoi!

Et mon premier jour en tant que remplaçante en MG j’ai dû appeler le SMUR ! Ça ne m’est arrivé que 2 fois

 

JALLORA:

Cette fois ça y est, c’est mon premier jour d’internat, dans une toute nouvelle ville. J’ai trouvé sans difficultés l’hôpital, on m’a trouvé une blouse trop grande dans laquelle je nage un peu, j’ai rangé dedans mes stylos, mon petit carnet, et mon stéthoscope.
Flambant neuf, le stéthoscope, c’est mon petit cadeau à moi-même, ma petite fierté de nouvelle future pédiatre : un beau stétho coloré avec un petit pavillon, et un joli badge coloré avec un petit personnage rigolo qui dit « Jallora, interne ». Je l’ai accroché sur la poitrine, sur la poche de devant.
J’ai été sage, j’ai tout bien écouté ce qu’ils disaient à la matinée d’accueil, maintenant ils ont sorti les jus de fruits et les petits fours et je fais poliment tapisserie avec mon verre de jus d’orange à la main.
Un groupe de docteurs discute non loin. Elle là, la dame un peu forte et agée qui parle d’une voix affirmée, elle m’impressionne un peu : elle a le même nom qu’un bouquin super connu (normal m’a-t-on informée, c’est elle qui en est l’auteure…)
La voilà qui lève les yeux, me regarde, me souhaite la bienvenue. Pendant que je bafouille et rougis, ses yeux tombent sur mon joli bagde.
« – Jallora. (Silence) Il va falloir enlever ça.
– Ah ? Ce n’est pas autorisé ? »
Elle prend un air un peu peiné
« – Ma petite, avec la tête de jeunette que vous avez, si vous vous faites appeler par votre prénom, personne ne vous prendra au sérieux. Vous devriez vous maquiller aussi, ça vous vieillira. »

Nous sommes le 3 novembre, j’ai laissé mes parents et mon petit copain à 700 km d’ici, c’est mon premier jour d’interne, j’ai 26 ans, et je regarde le fond d’un gobelet en plastique avec dans la gorge une drôle de petite boule qui me deviendra familière et une curieuse envie de pleurer.

AUDE_LEME:

Premier jour de stage dans une agence de traduction. Ils ont beaucoup de clients dans le secteur médical/pharma, je suis ravie, parce que la médecine et la pharma, je ne sais pas pourquoi, mais c’est mon dada, et puis parce que c’est dans la ville où j’habite, et que du coup, j’ai pas besoin de quitter mon amoureux pour faire ce stage. \o/

En entretien pré-stage, le directeur m’a demandé : « Pourquoi tu veux faire ce métier ? », puis m’a coupé la parole rapidement : « Oui, bon, trouver le mot juste, la phrase fidèle, faire sens, satisfaire le client et l’utilisateur, gnagnagna, super ! Mais tu sais qu’on est là pour gagner de l’argent, hein ! » Bon…
Premier jour donc. Je suis un peu timide au départ, comme un diesel, il me faut un peu de temps pour que ma vraie personnalité apparaisse, et lui, il aime bien en imposer…
« Aude, t’as rien à faire ? »
« Si, je… »
« OK, y a plus de café. »
« … »
« Y a plus de café ! »

En une demi-matinée, j’avais à peu près cerné le personnage. J’étais là pour faire de la traduction, pas du café, et puis d’abord, je bois du thé. J’ai fait du café, serré le café, un beau goudron que si tu veux tu bouches les nids-de-poule de la rue principale avec.
« Denis, le café est prêt, je vous l’apporte ? »

Retour à ma traduction. Il ne m’a plus jamais demandé de faire le café. (mais en vrai, je sais très bien faire un bon café)

SOUS-LA-PLACE:

Bonjour
Ma première rentrée de jeune « maîtresse » racontée ici :
http://souslaplace.blogspot.fr/2014/02/a-lecole-de-la-vie.html

J’y pense chaque année. Aujourd’hui n’a pas fait exception…
Je souhaite une bonne année scolaire à tous ceux qui sont concernés, parents et enfants et les autres aussi!

ULTIMA:

Premier stage d’externe dans un service de dermatologie-vénéréologie, comme on disait au début des années 80.

En fait, je connaissais déjà les rouages du CHU car, pour vivre et payer mes études, j’y travaillais depuis la première année du PCEM : petits boulots, classement d’archives et de dossiers, brancardage, ménage, toilettes des patients, stérilisation puis, ô promotion, instrumentiste dans un bloc opératoire. Avec le stage d’externe, je changeais de catégorie : sur la poche plaquée de la blouse blanche ce n’était plus « ASH » mais « Etudiant », en lettres noires entourées du monogramme bleu de l’hôpital. Ce n’était pas encore Byzance mais je voyais que les heures de ménage n’avaient pas été vaines, j’avançais dans mon cursus, j’étais enfin externe, j’allais même gagner des sous !

Je connaissais un peu ce service de dermatologie pour y avoir passé quelques jours auparavant à rentrer des données dans un ordinateur du secrétariat ; c’était du Windows 3.1 et je devais compléter une base de données en cours de construction. C’est ainsi que j’ai appris, par exemple, que les religieux, prêtres, séminaristes et autres « bonnes sœurs » cotisent à une caisse particulière. Et qu’il y avait une proportion non négligeable de séminaristes atteints de gonorrhée et de syphilis aux consultations externes de dermatologie. Il faut dire que le séminaire était juste à côté de l’hôpital et que les professionnelles du sexe officiaient juste en face. J’en ai perdu mes derniers atomes de foi, si j’en avais encore…

Mon premier jour de stage coïncidait avec la Grande Visite. Malheur. Du temps où je passais mon balai à frange dans les services chirurgicaux, je maudissais les Visites : d’une part, des crétins boutonneux me regardaient du haut de leur 4ème ou 5ème année de médecine en ricanant, d’autre part les internes et autres chefs de clinique en profitaient pour bien faire voir qu’ils détenait une parcelle de pouvoir : « Comment peut-on travailler correctement, regardez, ce n’est pas propre, ici. Nous sommes dans un hôpital, Mademoiselle, pas dans un hall de gare ». Et tous de rire servilement. Il n’y avait plus qu’à serpiller à nouveau puisqu’ils avaient tout sali. Puis il fallait accorder aux patients quelques mots bienveillants car la Visite n’était pas tendre avec eux non plus. « ALORS, PAPY, ON A FAIT SES GAZ CE MATIN ?  » hurlait un interne. Puis s’en suivait une discussion sur le néo pancréatique du 15-fenêtre, devant ce même 15-fenêtre qui, n’étant nullement sourd, écoutait sans trop comprendre, essayait de poser des questions et se faisait rabrouer s’il interrompait le Professeur qui pérorait sur l’occlusion. Et le 15-fenêtre me demandait plus tard, quand je venais débarrasser le plateau du repas, de quoi ils avaient parlé, il n’avait pas tout compris, qui était le médecin qui le suivait, est-ce que c’était grave, qui étaient tous ces gens ? Moi non plus je ne comprenais pas grand chose mais ce manque de respect me sidérait. Alors je tentais de rassurer en débitant des fadaises : « Monsieur Dupont, vous savez, vous êtes entre de bonnes mains ici, c’est un grand Professeur. J’en ai vu passer des gens entrés gravement malades et sortis guéris… »

Mais je faisais enfin partie de la Grande Visite, je me sentais l’Élue. Les nouveaux externes avait été briffés par le cadre infirmier : nous, lithiase de couloir, nous ne devions pas nous faire remarquer, pas poser de questions, pas gêner le passage du Chef de Service, des Chefs de Clinique, des Internes, des Cadres Infirmiers, des Infirmières, de l’Assistante Sociale, et d’éventuelles Personnalités invitées à la Cérémonie hebdomadaire. Nous étions plus de vingt personnes en plus des externes à attendre au bout du couloir l’arrivée du Chef de Service de Dermatologie. Tout le monde avait des dossiers, des papiers et des carnets, les externes se reconnaissaient au fait qu’on avait les bras ballants. On ne savait pas trop que faire de nos mains : dans les poches ça faisait dilettante, dans le dos c’était pas sérieux, alors on tripotait un stylo ou le coin de la bouse pour faire passer la nervosité.

Ça y est, le Professeur arrive, entouré du premier cercle du pouvoir !

Première chambre, trois lits séparés par des paravents. On se tasse en silence autour du lit, il y a peu de place pour tant de monde. Comme je ne veux pas en perdre une miette -le savoir va tomber des lèvres de celui qui sait- j’enfreins la consigne de transparence et discrétion et je me glisse au premier rang, en face du Professeur. Dans le lit, une dame âgée, dont on ne voit que la tête apeurée ; tout ce monde en blouse blanche debout et elle, figée sous le drap impeccablement tiré. Elle est tellement fluette que son corps dessine à peine un volume. Ses yeux vont de l’un à l’autre mais personne ne la regarde, personne ne la salue, personne ne se présente. Je n’arrive pas à voir le nom de la patiente, la pancarte au pied du lit est trop loin de moi.

Dans un geste auguste, le Professeur prend le drap et le retire entièrement. La dame est complètement nue, elle essaie de couvrir son pubis de ses mains.

Il va parler, il parle : « Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, voici une gale norvégienne ». Je suis atterrée par tant d’impudeur de l’assistance, la femme pleure en silence, sa nudité exposée devant plus de vingt personnes.

Je prends le drap et je la recouvre et je dis en tremblant qu’on est pas au spectacle, que cette femme n’est pas une gale norvégienne ou suédoise ou je ne sais quoi, qu’elle a un nom et une pudeur, qu’aucun de nous n’aimerait que notre mère ou notre sœur soit traitée comme un morceau de viande. Et je me suis offert le luxe de sortir en claquant la porte et en pensant que je vais être lourdée mais je m’en fous, je n’ai de compte à rendre à personne je suis financièrement indépendante.

Mon premier stage a duré 2 heures. J’ai été virée. Game over.

FARFADOC :

Premier jour de stage. Externe en endocrino. J’avais réussi à trouver une blouse, j’avais bien rangé tous mes petits stylos dedans, et mon stéthoscope, et mon marteau à réflexe, et mon petit carnet. Pas mon téléphone parce que c’était y’a longtemps et que j’en avais pas.
J’avais fait bien attention à pas marcher dans le mouillé.
J’avais dit bonjour, j’avais été polie juste ce qu’il faut, pour pas me faire remarquer.
Avant de commencer la visite, j’ai fait un saut aux toilettes. à gauche c’était un peu sale, alors j’ai été dans les toilettes de droite.
Ce n’est qu’une fois assise sur les toilettes que j’ai réalisé qu’il n’y avait pas de poignée à l’intérieur. C’était les toilettes du personnel, et c’était fait exprès pour que les patients n’y aillent pas (dans une logique qui m’avait parue logique quand on m’avait expliqué à l’époque, mais qui m’échappe aujourd’hui). Pas de poignée, mais par contre la porte était bien bien fermée…

Voilà comment le premier jour de stage, je me suis retrouvée à tambouriner à la porte pour qu’on vienne me libérer des WC.
Au moins après, les infirmières et aide-soignantes voyaient très bien qui j’étais.

PS : c’est pas pour gagner les places, hein, c’est juste parce que j’aime bien le principe du concours :-)

L’EAU LA:

C’était il y’a approximativement un siècle ou deux. J’habitais alors sur Mars où j’occupais la fonction d’espionne pour le compte des services secrets vénusiens. Un beau matin d’une nuit étoilée, je fus contactée par monsieur le ministre des affaires interplanétaires, en personne (à l’époque Monsieur Rnfecrxbegrk). Satisfait de mes services rendus à la Planète, il souhaitait me missionner pour « un stage extra-orbital ». Quelques décennies plus tard, je reçus ma fiche de poste (Lieu de stage : Planète Terre/ Durée : Non Communiqué/ Mission : Rédaction d’une thèse sur le romantisme des dauphins au XIXe siècle et leur impact sur la société animalière sous-marine). J’avais comme point de départ la France où j’effectuai mes premières investigations. C’est ainsi que lors de mon premier jour de stage je me suis retrouvée par un beau matin ensoleillé, au large des côtes armoricaines, en pleine mer… encerclée par une bande de dauphins mafieux ! (Si si, c’est vrai.) Ils appartenaient à la pègre dauphine du Breizh aquatic land (groupuscule bien connu des services de répression du grand banditisme et du terrorisme océanique). Bref ! J’ai bien tenté de me défendre contre cette bande de malotrus mais ce fut peine perdue. Je tombai KO après un Uchi Oroshi foudroyant que m’infligea le chef de clan aux nageoires pectorales fièrement bombées (c’te branleur). C’est dans un semi-coma flottant que s’acheva ma première journée de stage. Le lendemain, au large côtes bretonnes, le soleil était tout aussi souriant que la veille, les mouettes riaient, les algues dansaient (genre c’est trop l’paradis quoi)… Je me suis réveillée au sein de ce beau tableau ensoleillé, les yeux rivés vers le ciel… heureuse.

et DR WHO:

Un jour, j’avais été embauché par l’office de tourisme de Bretagne pour me déguiser en mouette rieuse pour faire croire aux touristes que les mouettes existent encore. Alors que je rigolais connement en me racontant pour la 3248 ème fois la fameuse blague :  » C’est une copine d’Angelina Jolie qui la croise et qui lui demande à qui est le bras passé autour de son épaule et que cette dernière lui réponds : « Ben , c’est le Brad Pitt!! », c’est alors que je vis débarquer la fameuse super- héroïne L’eau là (si si , c’est vrai!). Elle pionçait sur le sable avec une nageoire pectorale dans la main droite, rien dans la main gauche et avec également un bazooka SR-327 à tir hélicoïdal (modèle breveté par le bureau des espions de Mars, comme chacun le sait…) dans la main droite parce qu’elle avait de grandes mains . Je peux donc certifier que son témoignage est correct.

 

 

Concours de l’été

Un sous-sol d’hôpital, un nouvel interne visiblement perdu qui cherche le chemin de la lingerie….

Ce sont les premières secondes du film Hippocrate. C’est un peu comme la madeleine de Proust de la recherche de la blouse…Tout de suite, des souvenirs rejaillissent. Je ferme les yeux et je me retrouve dans une blouse trop grande pleine de tâches propres à dire « Bonjour, je suis la nouvelle interne »

Tant de souvenirs de premier jour de stage..Il faut dire que l’on en a eu beaucoup des stages, du petit étudiant à l’externe et l’interne. Pas facile les premiers jours, pas facile quand on est timide et qu’ en plus on n’aime pas le café.

Je ne vous dévoilerai pas plus de ce film que je vous conseille d’aller découvrir.

Ce film, c’est comme lire le livre de Jaddo, ça parle, ce sont des moments vécus. Et ça va au delà, c’est un beau film je trouve. Il rappellera des choses aux médecins mais aux autres soignants aussi. Et pour les autres, vous verrez un peu l’envers du décor, ce que nous, nantis, avons vécu. Et puis, vous verrez peut-être les médecins étrangers qui font tourner les hopitaux d’un autre oeil…

Hippocrate, réalisé par Thomas Lilti, lui même médecin, sort au cinéma le 3 septembre.

Après, le quizz de l’été, voici le jeu-concours de l’été (oui parce que l’été n’est pas fini).

Je vous propose 5 invitations de deux personnes (offertes par LE PACTE avec qui je n’ai aucun conflit d’intérêt)  pour aller voir Hippocrate, le film, valable dans tous les cinémas de France.

Pour participer, il faut me raconter une anecdote ou tout simplement un récit concernant un premier jour de stage ou de travail. Tout le monde peut participer du coup évidemment, médecin ou non médecin. C’est pour vous faire replonger dans vos souvenirs, je suis sûre que vous avez des tas de choses à raconter.

Vous pouvez me laisser le récit en commentaires de cet article ou si vous êtes timides en privé par le formulaire de la page contact.

Vous avez jusqu’au 2 septembre.

Je sélectionnerai arbitrairement les 5 gagnants comme il me le plaira.

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