Je suis tombée par hasard sur mon ordinateur sur ce texte qui trainait que j’avais écrit à l’occasion du numéro de Pratiques consacré au problème de démographie médicale et à l’opération Privés de Déserts. Il n’avait pas servi finalement. Et comme « Faut pas gâcher » et que ces derniers temps, aujourd’hui encore, des rencontres avec des « twittos » me font ressentir pleinement la richesse de ces relations, je me suis dit que j’allais le publier…Et cela évitera que si quelqu’un se connecte sur mon blog, il tombe sur mes élucubrations d’angine (d’ailleurs j’ai à nouveau mal à la gorge…)
Les déserts médicaux évoquent immédiatement à l’esprit les campagnes, le médecin isolé en milieu rural. Le problème de la désertification des campagnes est un réel problème et qui dépasse largement le champ de la médecine.
Cependant, avec l’évolution de la démographie médicale, les déserts avancent.
Je suis médecin généraliste en Seine-Saint-Denis. Je ne suis pas médecin de campagne mais je travaille dans un désert médical. La densité en médecin généraliste dans ce département est une des plus faibles au niveau national.
Personnellement, pour l’instant, cela n’a pas de retentissement sur ma pratique. Mais je sais que dans l’avenir plus ou moins lointain, cela posera problème. Et au-delà du fait de se retrouver submerger par le poids d’une patientèle de plus en plus importante et des problèmes majeurs d’accès aux soins, ce qui me désole, c’est la méconnaissance de la richesse de cette médecine que j’affectionne. J’aime être médecin généraliste en Seine-Saint-Denis tout simplement et je suis sûre qu’il y aurait des choses à faire pour promouvoir cet exercice.
Que faire ? Moi, toute seule, toute petite.
J’ai écrit une thèse sur le sujet, la belle affaire !
C’est déjà un début… Je témoigne régulièrement , j’apporte un point de vue positif sur ce département très décrié. Si par mon témoignage, je peux motiver quelques jeunes médecins, si je peux faire changer la vision de quelques personnes.
Puis je suis maître de stage, je fais venir des étudiants parisiens habitués aux grands CHU dans mon petit cabinet du 93. Petite victoire.
Et moi toute seule, toute petite, j’ai des tas d’idées sur ce que l’on pourrait faire pour attirer les médecins dans mon désert médical.
Et puis, un jour, je suis, c’est une autre histoire, sortie de l’obscurantisme et j’ai découvert la médecine 2.0. J’aurai de nombreuses choses à dire sur tout ce que cela m’apporte.
J’ai maintenant un blog. Je parle de beaucoup de choses mais un de mes objectifs principaux est de témoigner de mon affection pour la médecine générale notamment en Seine-Saint-Denis. J’apporte maintenant mon témoignage à une plus grande échelle. Je sais par les retours que je touche quelques personnes au moins : une goutte d’eau de plus dans l’océan.
Je ne fais pas de pub, je ne dresse pas de tableau idyllique. Je raconte simplement mon quotidien, un quotidien méconnu de tous, un quotidien méconnu des étudiants en médecine à qui l’on ne raconte pas ce que c’est que la médecine libérale, la mienne ou celle des autres…
Parce que dans toutes les petites idées que j’ai, moi toute petite et toute seule, celle qui est à la base de toutes les autres, c’est de faire connaitre la médecine générale aux étudiants en médecine. Oui cela n’est pas une idée lumineuse, cela parait l’évidence même…et pourtant ….
Pourtant, la médecine générale reste encore méconnue dans nos études hospitalo-centrées. Mon blog et celui des autres, ah ben oui, parce que c’est ça qui est chouette, nous sommes de plus en plus à témoigner de notre médecine, est d’abord un témoignage et ensuite un échange. Parce que la médecine 2.0, c’est l’échange, l’échange entre confrères, entre professionnels de santé, entre patients.
Le poids de la blogosphère médicale est de plus en plus important et c’est quelques gouttes dans l’océan en plus. Une diversité d’opinions, de visions, d’expériences qui ont j’aime à penser un impact constructif et positif.
Et puis, ma vision de la médecine générale, mes petites idées, à moi toute petite , toute seule, je m’aperçois qu’elles sont partagées par d’autres. Et puis certains en ont d’autres des idées, me les font partager et je les trouve intéressantes, on échange, on discute.
On se retrouve à plusieurs, autour d’idées communes, beaucoup de ces idées ne sont pas novatrices, d’autres le sont.
Alors, que pour beaucoup, nous ne nous sommes jamais vu, nous élaborons un projet ensemble, dans la concertation et le respect mutuel.
A plusieurs, nous sommes plus forts. Je suis toujours petite, mais plus toute seule et l’ampleur de l’opération « PrivésDeDésert » me surprend.
Il y a d’autres façons, que j’admire de faire changer les choses, que je respecte et que j’admire comme le syndicalisme ou la politique.
Mais il se trouve que moi, nous, nous avons pris, par l’évolution de nos parcours, celle là. Nous avions envie de témoigner de notre amour de notre métier, de notre angoisse devant l’évolution de sa pratique et de donner nos idées à nous, simples acteurs de terrain.
Nous avons été entendus, nous allons être écoutés et cela c’est grâce à la force surprenante du web 2.0, grâce à nos blogs, grâce à twitter, des outils maintenant incontournables.
Davantage de gouttes d’eau dans l’océan.
Je ne suis plus seule.
Peut-être que grâce à nos actions, un jour, mon désert médical n’en sera-t-il plus un (Oui parce que tout ça m’apporte également de rêver un peu parfois).
Et un jour, je serai grande et je devrai prendre plus de choses en main. Je serai alors enrichie de ces lectures, de ces rencontres et de ces échanges.
Et puis, si j’arrivais à parler, je ne parlerais que de mon angine…
Une vraie angine d’homme, une vraie saloperie…
Pas juste une angine, une chose affreuse, peut-être même pire que l’accouchement!!
Que j’ai pas mangé pendant une semaine et j’ai perdu plus de 3 kg (\0/)
Et que ce soir, j’ai mangé du bon jambon d’Espagne pour fêter ça…
Si j’avais pas d’angine et si je ne m’apercevais pas cinq minutes avant d’aller me coucher qu’on était le 17, j’aurai pu raconter tout plein de choses sur ce que j’ai vécu ce mois-ci:
-j’ai eu 2 angines: une normale et une quasi mortelle…
-d’ailleurs, quelqu’un m’a écrit « Va mourir » …
-j’ai mis des chaussures à talons!! J’ai ainsi fait le bonheur de ma fille, d’autant plus qu’elles étaient roses à paillettes! J’ai pas eu si mal aux pieds que ça...c’est à dire que par rapport à mon angine concomittante….
-j’ai expérimenté des antalgiques puissants qui font planer et j’ai rêvé que j’entendais de la cornemuse
-j’ai eu de la fièvre et j’ai frissonné et j’ai vu mon bébé avoir de la fièvre et frissonner…(et devenir violette…)
- j’ai rencontré des gens formidables!!!mais jsuis passé pour une grosse relou qui ne parle que de son angine
-LE MARIAGE GAY A ETE ADOPTE!!!!
- demain, c’est le grand week-end festif de l’année et j’espère que je vais pouvoir manger la soupe aux chou que j’adore (malgré mon angine).
Et je vais voir Agnès Bihl en live!
Et plein d’autres choses encore
-Et ça me rejouit trop tout ça, tout ce qui s’est passé le mois dernier (à part ma fille violette- et à part mon angine) et tout ce qui va se passer le mois prochain, les rencontres du mois dernier et les rencontres du mois prochain!
-Si seulement, je tenais debout et que j’étais pas une loque humaine!!
Voilà, ben finalement, j’ai réussi à pas parler de mon angine!!!
« La nuit t’habille dans mes bras, Pâles rumeurs et bruits de soie, Conquérante immobile, Reine du sang des villes, Je la supposais, la voilà… »
Je ferme mes yeux et me laisse glisser doucement dans le délice du sommeil!
Et ben Non…
Des pleurs… ma fille
Je referme les yeux…le téléphone…
Le téléphone toujours sous mon oreiller qui sonne la nuit, la note d’angoisse…
Je me relève.
Ma vie ressemble à la nuit de Mark Greene dans le premier épisode d’urgence…
Cette situation, j’ai dû la vivre des centaines de fois, des milliers même probablement…
Les réveils multiples s’apparentent à la torture parfois mais on se fait à tout…
Médecins, parents, on l’a choisi…
Je roule la nuit, j’aime rouler la nuit…
Je chante et je n’embête personne,
je pleure et personne ne m’embête,
je dors et euh non…
Je roule, c’est beau une ville la nuit…
Moi, la dormeuse pathologique, j’aime la nuit…
J’aime pas le matin, mais j’aime la nuit.
La nuit m’appartient…
La nuit, j’écris…
La nuit, tous les stylos sont pris…
Je roule et je pense à toutes ces nuits.
Nuits d’enfance, souvenirs fugace de nuits dans le lit de mes parents…
Nuit tu me fais peur, nuit tu n’en finis pas…nuits d’enfance aussi .
Douces nuits de Noêl…
Voyage de nuit…Mon énorme plaisir…
Trains de nuit…en P1, en Thailande…
Voyages en voitures, mince on est déjà arrivés…
Nuits de garde…
Ah nuits de garde….
Tu vois les lèvres de la personne qui bougent, quelques secondes plus tard, le son parvient à ton cerveau…
Se concentrer pour voir à travers le nuage de sommeil qui t’entoure…
Tenir…encore quelques heures, se coucher quand-même, se relever, encore et encore..
De souvenirs en souvenirs, de chambres de garde en chambre de gardes
Nuits de garde à rire et à manger aussi…
Nuits de garde du bon vieux temps, nuits de garde hors du temps…
Le bip de l’interne de garde…le bip bip de mon ancien radio réveil (j’en frissonne), le vibreur de mon portable…
Nuits trop courtes…
Nuits de jeunesse, nuits d’ivresse, nuits de fête, nuits à la belle étoile,nuits de joies…
Nuits à découvrir le monde, nuits à refaire le monde,nuits seule au monde, nuits à l’autre bout du monde.
Nuits d’amour…
Premier amour, grand amour, faux amour, dernier amour…
Une nuit, je m’endors avec lui….
Trois nuits par semaine…
Nuit de noce…
( genre la nuit de noce…)
Nuits d’enfer…
Nuits aux urgences, nuits en réa, nuits à attendre…
La sonnerie du téléphone, encore
le téléphone sous l’oreiller…
Nuits seule au monde,encore…
Des réveils par dizaines, des nuits entrecoupées…
le chat parfois…
ma mère souvent…
Des pleurs…les miens parfois…
Des nuits insoutenables mais des nuits précieuses aussi …Des nuits que je regrette et des nuits qui me manquent …parfois
Des nuits de rire et de bonheur, des minuits d’anniversaire!
Le téléphone sous l’oreiller qui ne sonne plus…
Eblouie par la nuit!
Mes deux grandes nuits…
Mes deux plus belles nuits…
Mes deux premiers matins, un bébé dans les bras.
Mes deux putains de nuits d’accouchement…
et les 3 nuits d’avant aussi ….
Ces nuits horribles mais ce moment de plénitude extrême, quelques heures hors du temps, la nuit, sous l’effet de la péridurale….
Mes nuits de maman…
Les nuits blanches, mais pas seule..ce petit bout de chose qui nous tient compagnie et nous arrache des sourires malgré tout…
Les nuits blanches, les pleurs de bébé, les cris d’enfant qui cauchemarde et les ronflement du mari…
La vie nocturne qui s’installe, la télé, les bouquins jadis, twitter aujourd’hui…
La compagnie précieuse des mamans, des insomniaques et des expatriés…
La compagnie du mari
On s’extasie, on s’émerveille…
Et puis bon, on s’extasiera demain matin hein, là c’est bon …
Des pleurs encore, mes filles…
Des pleurs, moi, parfois, rarement …
Le manque de sommeil est une torture mais on s’habitue à tout …
Des nuits précieuses, ne pas s’en plaindre…
Nuit de garde à nouveau.
J’ai eu envie…
J’ai passé l’âge.
Je ne récidive pas!
Je ferme les yeux, le sommeil m’envahit…
Des pleurs, ma fille encore…
Le téléphone!
Je vocifère!
Je me lève, me rhabille, je prends le volant …
Mon 1001ème réveil nocturne peut-être, mais celui là,je me le dois!
Personne à blâmer!
J’ai oublié de mettre l’alarme au cabinet, et ben quand faut y aller, faut y aller: l’alarme faut bien la rallumer..
Et en voiture je chante!
Et en voiture je pleure..
Et je vais aller me coucher, pour donner la joie à ma fille d’attendre le moment où je me laisse séduire par le sommeil pour m’appeler…
Je vais aller me coucher le téléphone sous l’oreiller…
(comme ça, je vous entendrais me mentionner…)
« Voici une note pour la nuit qui nous a vu remplir tellement de pages
Qu’à cet instant je la fixe sur ma feuille comme un hommage
Elle offre au poète tellement d’heures sans bruit
A c’ qui parait la nuit tous les stylos sont pris »
Il souffle un vent de découragement dans la twittosphère médicale, qui est d’ailleurs probablement représentatif du moral des médecins généralistes (et autres).
(bon à vrai dire, ce vent soufflait il y a déjà un moment quand j’ai commencé à écrire ça, maintenant ça va mieux, mais on va pas gâcher un article…)
Parfois, la morosité et le découragement parvient jusqu’à moi, si, si!
En plus,comme jsuis hyper influençable, quand je lis des trucs comme ça, je me dis que c’est trop vrai et j’ai envie de déprimer aussi!
Parfois, j’ai envie d’écrire des choses négatives, si! si!
Mais j’ai du mal!
Même si j’ai toujours eu, enfin je l’espère, de la mesure dans ce que j’écrivais, en veillant bien à dire que ce que j’écrivais concernait mon cas à moi, et que j’ai toujours eu conscience des difficultés de notre métier, j’ai toujours choisi de parler des choses positives, puisqu’il y avait assez de monde pour en crier les difficultés.
Je sais que je suis le bisounours, la « bécassine en Seine-Saint-Denis » (copyright egora), (même si ceux qui me connaissent un peu savent que parfois je ne suis pas si bête que j’en ai l’air et qu’il peut m’arriver de jouer de cette fausse naiveté, mais ça,faut pas le dire).
Je sais aussi que le jour où DocteurMilie va passer du côté obscur de la force, beaucoup vont se dire que c’est la fin des haricots..si même moi je craque:-)
Le départ de Borée a été une rude épreuve pour beaucoup..
Je porte sur mes épaules le poids de l’espoir de toute une génération, bon je sais, là j’exagère mais en vrai,j’ai une petite pression quand-même, je me vois pas arriver et dire: « Bon, la Seine Saint Denis, c’est pourri, la médecine générale me fait grave chier!! » (sauf si on est un premier avril..)
Pourtant, des fois, pas longtemps, fugacement,j’ai envie de râler, si!si!
Mais y’a le côté bisounours qui vient lutter contre lepauvre côté orangina rouge, méchant, déprimé et révolté, si peu développé.
Celui ci parvient particulièrement à s’exprimer les soirs de pleine lune où je suis de garde à la maison médicale de garde (garde de médecin généraliste de 20h à minuit qui se situe proche des urgences qui nous renvoient les patients relevant d’un médecin généraliste, les patients peuvent aussi être adréssés par le 15 ou venir d’eux-mêmes). Un jour, je ferai un article juste sur ce sujet mais là tout de suite, comme j’y suis, je laisse sortir mon énervement, si un con de patient ne vient pas me faire chier à 23h30, putain en vla un (pause pour sauver une petite de 4 ans qui a vomi 4 fois) (repause pour un bébe de 6 mois qui a fait une chute,bon ne râlons pas, c’est une patiente à moi:je l’ai juste rassurée,je lui ai dit que moi, mon bébé qui est née en même temps que le sien, je la fais tomber tout le temps) .
Bref, quand je suis à la maison médicale, j’arrive à m’énerver comme jamais.
Contre les urgences qui m’envoient des urgences alors que c’est eux les urgences moi je suis généraliste.
Donc hors de moi je crie devant le vigile: « Nan mais les urgences, c’est n’importe quoi là, ils sont complètement cons, j’en peux plus, à chaque fois c’est pareil, la dernière fois c’était l’appendicite, tout à l’heure, une pyélo qui tremblait qu’il m’ont envoyée avec un pot rempli de pipi!!!!! et là, là, tiens toi bien, un mec qui a évacué des calculs toute la journée et qui depuis plusieurs heures n’arrive plus à faire pipi, ils lui ont demandé de pisser dans un pot (alors qu’il peut pas!!!) et me l’ont envoyé…mais ils sont pas nets!!! Je vais les appeler, je vais me les faire !!!!!!!!A chaque fois c’est pareil, j’en ai ras le bol, y font chier!!!!!
Allo, l’accueil des urgences,ça va? excusez moi de vous déranger.elle est pas là l’IAO…c’est la maison médicale, je vous renvoie le monsieur celui qui se tordait de douleur avec les calculs, oui elle l’a renvoyé…jsuis pas très contente quand-même, faut lui dire à l’IAO que quand-même quoi, voilà il va arriver, faut qu’il passe en priorité, tout de suite hein, voilà merci beaucoup et bonne soirée ….
Contre les patients (oui oui vous entendez bien) qui se pointent le soir en garde pour des choses qui durent depuis 3 semaines ou parce que leur gosse est malade mais que c’est bien plus simple de venir à la maison médicale que de se faire chier à voir un médecin la journée.
Alors je fulmine et je tiens des propos extrêmes.
Au vigile: « Nan mais j’en peux plus de ces gardes à la con, les gens ils voient de la lumière,ils croient que c’est la fête, l’autre il vient parce qu’il a mal depuis 6 mois, et puis ils toussent, ils ont mal à la gorge, mais moi aussi je tousse bordayl, jfais chier personne, l’autre ça fait 3 fois que je le vois pour son gosse malade, c’est plus simple de venir direct ici, ils attendent pas que de se débrouiller pour aller voir un médecin la journée, la pédiâtre était pas là, jt’en foutrais de la pédiâtre, et puis les généralistes vous savez…qui me dit, jsuis quoi moi à son avis, mais quel con, et l’autre l’autre elle est venue faire renouveler les soins de son accident de travail pour lequel elle était venue ici,jlui ai dit d’aller se faire foutre, j’aurai pu faire comme les autres et prendre les sous, parce que le problème il est là aussi, y a des médecins qui prennent tout et n’importe quoi alors après ça dégénère, y en a une qui a ramené l’écho qu’on lui a prescris ici…les gens y croient qu’ici c’est un cabinet .C’est du n’importe quoi, les gens ont pas de médecins, et toute façon les médecins la moitié c’est des nuls,jvois passer de ces ordonnances, après c’est sur que j’ai l’air con moi avec mon lavage de nez quand son gosse il est sous oroken et nifluril à chaque fois qu’il a une rhino…Nan mais c’est tout le système qui est pourri, on est foutu…en plus ils sont remboursés et avec le tiers payant…c’est sûr que si les gens devaient payer…(et voilà propos extrêmes je vous l’avais dit)
Au premier patient: « Mais vous avez pas de médecin traitant? Faut vous trouvez un médecin traitant parce que ici vous voyez c’est le médecin de garde pour les urgences, mais ça ne doit pas être systématique et puis il n’y a pas de suivi, ce n’est pas bien pour vous, je vais vous donner une liste de médecins généralistes.En attendant, je vous prescris tout un tas d’examen qui ne sont pas du tout urgent mais qui relèvent de la médecine générale mais que moi c’est ce que je suis généraliste… »
Après, ça devient plutôt « Et vous n’avez pas de médecin? » Réponse: blablabla
Et puis le désespoir m’envahit et je renonce « Donc il est 23h, vous avez mal à la gorge, OK »
Parfois dans un sursaut de perplexité, je demande…
Mais pourquoi???? pourquoi donc???? Pourquoi maintenant…
et puis j’écoute…
Ce monsieur qui emmène son fils à 23 heures qui me raconte qu’il est parti l’après midi en claquant la porte de chez lui en laissant les clés à l’intérieur et qui a passé la journée à essayer d’ouvrir sa porte…
Cette maman qui croyait vraiment que si son enfant vomissait deux fois, c’était inquiétant.
Derrière chaque histoire particulière, il y a des représentations, des peurs, des angoisses, une mauvaise éducation des patients…Je ne croirais jamais que si des parents emmènent leur enfant aux urgences le soir ou la nuit, c’est juste pour emmerder le médecin de garde… Il y a toujours une raison et si l’on écoute pour la trouver, on se retrouve toujours moins énervé à la fin…
J’ai une mère qui au 1er mai l’année dernière nous a trainé aux urgences ophtalmo de garde pour une baisse d’acuité visuelle qui durait depuis des mois…j’en fus la première énervée mais je sais ce qu’il y avait derrière et cela m’aide désormais à ne pas juger…
Même si quand-même, y’a des foutages de gueules et un système totalement imparfait, le but des gens n’est pas juste de nous faire chier…
Au cabinet, je suis nettement moins énervée contre les gens, mes patients à moi, ils sont tous gentils et très bien éduqués.
Des fois je me fache tout rouge! « Non, non, non ce n’est plus possible, je vous ai dit mille fois qu’il fallait prendre RDV, et je vous préviens c’est la dernière fois, la dernière fois hein vous m’entendez que vous ne me payez pas!!! Vous me prenez vraiment pour une idiote: d’ailleurs vous me devez 17 consultations!!!! »
Même que ma collègue de l’étage au dessus elle m’a appelé tellement je criais fort pour voir si j’avais un souci avec un patient.
Et vous voulez pas 100 balles et un mars en plus? (à propos de ce patient dont je parlais ici)
Bon, en vrai jfais semblant de crier et d’être méchante pour avoir l’air d’avoir un peu d’autorité mais il m’énerve pas tant que ça…il fait pas exprès le pauvre…enfin je crois…
Mes patients m’énervent peu et je les aime…
Si on me lance, je peux en trouver quelques uns que j’aime pas tant que ça…des patients que quand je vois leur nom sur l’agenda, je dis « fais chier il me gonfle celui là », des patients qui me fatiguent, qui m’agacent, sans parles des à moitiés tarés, des logorrhéiques, des hypochondriaques, des GROS CONS!!!
Oups je m’emporte, nan mais c’est vrai qu’il y en a des un peu pénibles mais je les aime un peu quand-même…
J’aime TOUT LE MONDE. Mais…
Une fois la boutonnologue m’a soutiré une liste de personnes que je n’aimais pas et ben vous seriez surpris de la longueur de la liste…faut pas me lancer en fait!!!
Mais non vous n’êtes pas sur la liste…enfin quoi que ?
Quand la secrétaire m’appelle, ça donne ça!
« Pff elle fait chier:non, 39 de fièvre, c’est pas une urgence, qu’elle lui donne un doliprane à son gosse et qu’elle vienne demain, là jpeux vraiment pas!! Par contre, vous lui dites que jsuis vraiment désolée, que je peux vraiment pas ce soir, vous la rassurez et si vraiment elle insiste vous mla rajouter…Merci beaucoup, j’ai pas envie de lui parler là parce que je l’aime pasmais vous pouvez passer le message, merci beaucoup!! »
« Oui mais c’est pas une heure pour demander une visite ça 16 heures, en même temps c’est la première fois qu’elle me demande en 2 ans, mais bon sa fille est hypochondriaque, elle s’inquiète pour un rien.Bon, j’ai pas envie de lui parler parce que j’ai pas envie, mais dites lui que si vraiment vraiment elle peut pas attendre demain, j’irai ce soir tard!Merci beaucoup »
« Quoi, monsieur machin il a plus de traitement,non il aura pas de RDV aujourdh’ui, il me fait le coup à chaque fois...Bon dites lui de passer, je lui prépare son ordonnance d’insuline, et je l’engueulerai en même temps!!! »
« Oui, bonjour, vous savez la patiente d’hier, oui celle avec la fille angoissée qui respirait mal, ben j’ai bien fait d’y aller quand-même, elle est partie avec le SAMU… »
Voilà avec les patients, ça se passe bien…
Maintenant la gestion du cabinet, sujet qui est source de nombreuses plaintes!!
Mais non c’est trop bien, y a pas de soucis!
J’ai déjà parlé de mon cas dans « jusqu’ici tout va bien« , quant à la compta, j’en ai parlé ici, c’est trop génial la compta!!
La gestion du cabinet libéral, c’est pas si dur que ça, ça prend pas trop de temps, c’est jouable!
Bon sur les relations entre collègues, j’ai déjà dit je n’aborderai pas le sujet …
Mais quand-même, si il faut chercher, je comprends que certains médecins en aient marre. La paperasse, c’est vrai que c’est un petit peu agaçant des fois, oui d’accord carrément chiant, les duplicatas pour la sécu qui perd tout, les renouvellements de 100% pour des pathologies qui sont toujours les mêmes » Miracle, il n’est plus diabétique, ah ben si pardon j’ai confondu il l’est toujours « , les CERTIFALACONS !!!! , les documents à scanner qui s’entassent.Moi ça va, c’est gérable parce que j’ai une petite patientèle et que je fais peu d’heures mais les médecins qui bossent 50 heures par semaine, je comprends que ce soit la goutte d’eau qui fait déborder le vase! ( zont qu’à moins bosser d’abord)
Bon c’est vrai que ça m’énerve fort quand on prend le généraliste pour un con: « Le chirurgien que j’ai vu hier m’a dit que je devais venir vous voir pour ma prolongation d’arrêt suite à mon opération » « Bonjour, j’ai eu mon IVG aujourd’hui mais le gynéco m’a dit de voir avec mon médecin traitant pour un arrêt « MAIS WTF!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Je suis en combat épistolaire avec un directeur d’école pour les histoires de certificats d’absence:mon dernier courrier c’était « Désolée si mon ton vous a semblé un peu rude, ce n’était pas mon intention, on ne va pas continuer à se battre par articles fluorés interposés, d’ailleurs moi j’ai même pas de fluo, alors je réentoure le texte de loi, mais surtout juste croyez moi, ce que je vous dit, c’est vrai, c’est pas juste pour vous embêter:y’a pas besoin de certificats, y’a pas besoin… »
Et puis bon la compta, c’est marrant mais jpréfererai glander devant la télé quand-même!
Disons que tout ça, c’est chiant mais pour l’instant c’est chiant gérable et je prend ça avec ma résilience hyper développée.
En fait c’est surtout çà, je suis un peu bisounours je l’admets mais c’est aussi surtout que j’ai une forte résilience pour tout ce qui est pénible…
Parce que oui les patients sont chiants parfois, la plupart des médecins sont des nuls, oui la plupart des gens sont des gros cons, le monde tourne de travers, est absurde…Oui c’est à pleurer de voir la manif pour tous, et le score du FN ,et les enfants qui meurent de faim, les riches qui s’enrichissent et mes pauvres patients sans papiers dont tout le monde se fout..
Oui je mélange tout, c’est pour faire court.
En fait je suis tellement désespérée au fond de moi du monde qui est le notre que j’ai choisi d’être un bisounours, d’aimer mon travail et mes patients, de prendre les choses comme elles viennent sans trop me plaindre parce que JE SUIS UNE NANTIE !!!!!!!!!!!!
Et je trouve vraiment que c’est un peu vrai! J’ai beau comprendre les difficultés de certains médecins, je pense que je suis non pas nantie mais chanceuse!
Voilà pas nantie mais chanceuse!
La médecine générale va mal, la pression démographique est de plus en plus forte.La médecine générale est toujours aussi mal vue et ce que me dit mon externe ne me rassure pas:elle est toujours un sous-choix et sous représentée à la fac…
Les choses n’avancent pas. Je n’avais aucune attente ni illusion quand je lui ai dit ça, mais les croissants du ministère ont un petit goût pas amer mais …insipide je dirais …
Moi ça va pour l’instant mais j’ai des conditions idéales, je n’aurais jamais le courage, le dévouement ni les capacités à travailler à la campagne. J’admire Borée pour la décision qu’il a prise de quitter son cabinet, cela doit être déchirant mais il a raison et c’est vraiment courageux.
J’ai peur de l’avenir, quand le verre à moitié vide remplacera le verre à moitié plein…quand j’en aurai marre, quand je me plaindrai tout le temps, quand je devrais travailler tous les jours, quand je me plaindrai de ne pas gagner assez, parce que jtrouve que je gagne bien ma vie et que jtrouve ça normal de payer des impôts mais quand-même LA CARMF CA FAIT MAL AU CUL!!!!
Voilà je vais m’arrêter là mais jsuis une bisounours certes mais jsuis aussi une imposture. Je les connais pas tous mais je pense qu’il n’y a pas un seul des 10 commandements que je n’ai pas transgressé, en fait je suis une fourbe!!! (rire sardonique )
Mr L. est face à moi avec ses yeux tout rouges, tout essouflé par ses poumons qui sifflent le retour de son allergie saisonnière!
Il est là, jour pour jour, à la même date que l’année dernière et je m’émerveille devant la répétitivité des choses. J’admire ses yeux rouges, ses crises d’éternuements! La nature est impressionnante: pas de doute: C’est le printemps!!!
Oui, certains s’extasient sur la nature, les bourgeons en fleurs, le rayon de soleil qui éclaire la fleur près de la rivière,mon mari me parle du framboisier qui sort ses feuilles… Le printemps est là!
Moi, la nature, c’est pas mon truc, ça m’émeut pas, le jardin, j’y touche pas, je fais semblant de m’extasier quand mon mari et ma fille me forcent à bouger mes fesses pour aller voir la première rose du jardin…si la seule chose qui m’intéresse c’est ce qui se mange…
Mais par contre, le fait que mes patients arrivent tous les uns après les autres le même jour, et à la même période que l’année dernière avec leur nez qui coule, leurs yeux qui grattent, c’est con mais ça, cette nature là, celle du corps humain, et ben ça m’émeut presque!
Alors Mr L. étouffe un peu devant moi,il est pas au meilleur de sa forme et moi je lui dis gaiement « Mais quelle bonne nouvelle, c’est le printemps! »
Oui, c’est quand-même une bonne nouvelle.Je me surprends même à parler météo avec mes patients, moi qui n’en ai vraiment rien à carrer de la météo et qui trouve que les discussions sur le temps sont vraiment le plus bas niveau de la discussion, je me surprends à dire des phrases pathétiques comme « Quel beau temps… » « Le printemps est là, enfin… »
C’est pas tant que je suis heureuse du beau temps. C’est vrai que c’est agréable de manger dehors, que ça va être sympa de ne pas emmitoufler mon bébé à chaque fois que je sors, que ma grande ne sera plus la seule de la classe à ne pas avoir de bonnet et de gants, que les barbecues c’est sympa, même si c’est vraiment affreux cette odeur de fumée, oui c’est chouette, je vais pouvoir aller promener mes filles au parc au lieu d’être obligée de rester emmitouflée sur le canapé devant la télé (oh wait..)
Donc voilà, moi j’ai rien contre l’hiver! Jsuis une fille d’intérieur (surtout de l’intérieur de mon lit d’ailleurs), la neige me gêne pas, je prend le froid avec indifférence, j’attends que ça passe, c’est mon côté résiliente.
Mais quand-même l’hiver a été rude…
Pour tout le monde mais je pense surtout au pauvre médecin généraliste…
L’hiver a été long, l’épidémie de grippe interminable, les gens n’ont pas arrêté d’être malades les bougres…
Pour le médecin généraliste, la vie suit un peu le rythme des saisons:
A l’automne, c’est sympa hein, c’est beau, les feuilles qui tombent des arbres, la rentrée des classes etc mais pour le médecin généraliste, c’est la saison des certificats. C’est sympa les certificats, des gens pas malades, de la prévention, c’est vraiment sympa..mais au bout du 15ème certificat de la journée, ça devient bien relou les certificats, toujours plus urgents les uns que les autres, sans parler des Certifalacons .
Et puis vient l’hiver…je veux bien croire que c’est dur pour tout le monde et notamment pour les malades, mais c’est dur pour les médecins quand-même…
Cette pression quotidienne, permanente, pour qu’on les guérisse, alors qu’on peut rien faire!! Moi-même, je suis assez étonnée du fait qu’en 2013, on peut aller sur mars, greffer des utérus et autres prouesses technologiques, mais on sait pas guérir le rhume…Mais c’est un fait, et un fait qui ne semble pas être connu du commun des mortels qui attend du médecin tout puissant un remède miracle… Voir la déception et la rancoeur dans les yeux des gens, consultation après consultation, jour après jour, pendant l’hiver entier…Tendre avec angoisse une ordonnance de doliprane à un grippé agonisant alors qu’on a tellement envie d’être aimé, garder empathie et patience façe à un patient qui est venu dès les premières heures de son nez qui coule parce que comme ça,c’était pris à temps…quand on est soi-même parfois malade ou en manque de sommeil…l’hiver fut rude…
J’aurai pu organiser un RHINOALACONDOR, parce que je pense qu’on aurait eu des belles perles…
Plusieurs médecins bloggueurs ont parlé du sujet…
de mémoire, merci donc de me signaler ceux que j’oublie…
et surtout ne loupez pas cette explication de Doc Maman sur La grippe d’homme
et la douloureuse expérience d’un médecin généraliste façe à cette même grippe d’homme: Dr foulard Ma crève
Donc ce difficile hiver est terminé, enfin semble-t-il, ne nous emballons pas, je n’ai pas ressorti la garde robe d’été, je me méfie (et de toute façon elle ne me va plus, il n’y a qu’enceinte avec un légitime gros bide que je pouvais me permettre de mettre des ptites robes)
Et le printemps est là! et j’adore le printemps…parce que les consultations printanières, elles sont chouettes.
Les gens sont de bonne humeur, les dépressifs retrouvent un peu le sourire (et du coup son corrolaire négatif:je ne peux plus me servir de mon argument choc « ça ira mieux quand il fera beau »), les personnes âgées remettent le nez dehors, on voit les enfants pour des certif de colonie, on parle vacances, les journées sont moins chargées …
Et puis les allergies saisonnières, c’est certes toujours une histoire de nez qui coule mais cette fois ci,on a quand-même un traitement efficace.
Ce sont des consultations agréables, propices à la discussion et à la prévention. Le traitement est efficace la plupart du temps. Il n’y a parfois même qu’à cliquer pour renouveler le traitement de l’année d’avant…
Oui enfin, finies la rancoeur et la déception dans les yeux des gens (toute façon dans leurs yeux y a que du rouge), enfin je sens que je peux les aider, enfin ils m’aiment!!!
Un jour, ça va arriver…le drame va se produire…je le publierai pas cet article mensuel…
Je suis de garde et je viens de me rendre compte qu’on était le 17!!!! Je n’y avais même pas pensé!!!
J’ai expédié mon patient avec des antibios, de la morphine et un IRM du corps entier pour que ce soit plus rapide!
J’ai appelé le SAMU et les urgences en leur criant « Ne m’envoyez plus de patients, on est le 17!!!!! »
J’ai dit à JoliVigile « Fermez les portes à clés,on est le 17″
J’ai envoyé JolieChipie qui s’est mis un haricot sec dans l’oreille aux urgences (enfin ça c’est surtout parce que j’avais rien pour l’extraire).
J’ai pris 3 ibuprofènes, 5 dolipranes et 4 cp d’amoxicilline pour que mon angine ( A STREPTOCOQUE!!!!!) me laisse tranquille et que j’ai quelques minutes de lucidité pour pouvoir écrire …
J’ai allumé fébrilement mon ordinateur…
Et me voici!!! On est le 17 encore pour une heure…ouf !!!
Mais… bon …voilà quoi…j’ai rien à dire ….
Un mois de plus, et si je ne dois en retenir qu’une chose, c’est le merveilleux cadeau d’anniversaire de Farfadoc ….<3 <3 <3
Comme tous les ans, je sors d’une période étrange que j’appelerais « la fièvre de la compta »!
Pendant quelques jours,à l’approche de l’échéance annuelle de déclaration fiscale, je me transforme de « bordélique qui ne s’occupe absolument de rien toute l’année » à « folle dingue qui passe ses nuits à faire de la compta »
Et ça ne me déplait pas, en plus.
Toute l’année,je ne fais rien, mais rien du tout…Je ne tiens pas de cahier journal, je ne range pas tout dans des ptites pochettes bien organisées, non je ne fais rien. Je garde à peine les factures, je mets les relevés bancaires non ouverts à un ou deux endroits stratégiques, si par hasard, j’ouvre mon courrier et que ça me semble un peu important, je le met sur un tas avec les papiers plutôt importants…
Je fais mes remises de chèques une fois tous les 36 du mois, j’ai des chèques et des billets qui trainent partout, une fois j’ai retrouvé une énorme enveloppe pleine de chèques datant de plus de 2 mois.
Je paye mes factures en retard, quand je les paye…
Bref, je suis une vraie catastrophe. Mais c’est un bordel organisé malgré tout…Je gère!
Et puis, vient le moment de la déclaration annuelle d’impôts.
L’année dernière, je l’avais complètement zappée,j’en ai entendu parler une semaine avant l’échéance, c’était branle-bas de combat!
Cette année, je m’y suis pris super en avance, genre plus de 2 semaines avant la date limite et jvais avoir cloturé plusieurs jours avant la fin! Trop la classe.
C’est un peu moins drôle comme ça, mais j’avoue que ça repose.
C’était drôle quand, avant d’être en libéral, j’avais que ma petite feuille d’impôt à remplir. Je m’y prenais le dernier jour à 23h, 1 heure avant la limite pour la déclaration par internet (parce que j’avais loupé la date de l’envoi papier) et là,panique à bord,je ne trouvais pas mon numéro de télédéclarant ou alors je le trouvais mais je ne trouvais pas mon numéro fiscal de référence vu que je n’avais aucune idée de où j’avais bien pu ranger ma feuille d’impôt de l’année précédente. Une fois connectée, merci à la déclaration préremplie, car j’avais réuni à peine 3 fiches de paye de l’année passée, vous savez les fiches de paye d’interne que l’on nous donne à l’hôpital, que l’on met dans la blouse et qui disparaissent mystérieusement aux quatre coins du monde… Ensuite, pour les déductions, à l’époque il n’y avait pas grand chose mais de toute façon, ça passait à l’as car il paraissait illusoire à 23h48 de retrouver les reçus fiscaux de mes nombreux (oui nombreux en plus, c’est couillon) dons à des associations ou autres.
Et c’est vrai, que quand j’appuyais sur « envoyer » à 23h59, c’était drôle mais bon, j’ai vieilli…Maintenant je suis un peu moins fun: j’ai fait des boites!!!!
C’est commun, un peu triste et consensuel mais bon un peu pratique quand-même et puis tant que je ne range pas les choses correctement dans les boites, ça va …
Donc, une bonne quinzaine avant la date limite, je m’y met, jsuis large!!!
La première phase n’est pas la plus simple et là j’avoue que je perds un peu de temps, c’est la collecte des données…En gros, je vais à la chasse, je regarde dans mes boites, je regarde là où les choses sont censées être, je ratisse les 4 ou 5 endroits stratégiques de la maison où se trouvent des tas importants avec des lettres importantes ouvertes ou pas et finalement après tout ça, je m’en sors pas trop mal: 11 relevés bancaires sur 12 (ça, c’est la base, sans ça je ne peux rien faire:la banque m’a fait payé 8 euros le duplicata du mois manquant mais s’est trompée d’année- youpi l’année prochaine j’aurai 2 mois de janvier, deux fois plus de chances de le retrouver-du coup j’ai bidouillé comme j’ai pu pour janvier), j’ai trouvé mon SNIR (et oh miracle, il correspond à peu près à mes recettes cette année!), j’ai appelé la sécu pour avoir le montant de mes indemnités de congé maternité versées sur mon compte perso (et là pour le coup,y’a aucun moyen que je retrouve un relevé, autant je surveille de loin mon compte pro, autant mon compte perso s’autogère), et la dame de la sécu m’a gentiment et rapidement répondu (elle m’a aussi signalé que n’ayant pas envoyé mon papier, d’ailleurs introuvable,prouvant que j’ai payé mon dû à l’URSAFF cette année, je ne suis plus affiliée), j’ai appelé mon remplaçant pour qu’il me redise combien je lui ai versé, je ne comprends pas pourquoi mais mes talons de chèques n’ont pas voulu me donner l’information (heureusement c’est un grand malade qui fait des tableaux excel et qui photocopie les chèques qu’on lui fait ), j’ai appelé tous mes organismes de prévoyance/assurance pour qu’ils me renvoient les attestations fiscales introuvables.Enfin, j’ai photocopié tous mes documents URSAFF/CARMF de l’année que je suis censée envoyer à fur et à mesure à MagiqueMédiaSanté (un organisme que tu payes pas très cher et qui font plein de choses pour toi,notamment aujourd’hui trouver une erreur de montant de la CARMF)), je les ai envoyé et hop, ça y est je suis fin prête.
J’avoue que cette phase n’est pas la plus drôle, mais en même temps, c’est le prix à payer pour être désinvolte toute l’année et puis après ça, du coup le reste parait tout simple. Pour moi, le vrai défi, c’est de réunir toutes les données, après ç’est du gateau!
Après, je fais ma ptite compta annuelle, mois par mois, puis jfais mes ptites additions, puis je refais mes ptites additions pour être sûre, puis je les rerefait parce que les deux premiers résultats ne sont pas les mêmes et hop en très peu de temps, emballé c’est pesé!
Je fais tout à la main, sur des feuilles que je trouve, au dos des dessins de ma fille par exemple. J’ai pas de logiciel…parce que j’aime bien à la main, et parce que MagiqueMédiaSanté ils disent que avec les logiciels, on peut pas tricher retrospectivement, en cas de contrôle, on est censé avoir un logiciel agrée etc …
Du coup, je perds un peu de temps à faire mes additions.
La phase suivante est ma préféree, celle où je me transforme vraiment. Je recupère aux quatre coins de la maison encore une fois les Lettres de Média Santé, que j’accumule en me demandant bien pourquoi tout au long de l’année et je lis tout…et là je deviens une machine à tuer! Posez moi une question, à quelle ligne de la 2035 met-on mon Iphone par exemple? (ah ben non mauvais exemple, n’ayant gardé aucune facture, je ne peux pas le déduire). Je me retrouve à dire à ma collègue « Tu fais pas de DAS2 pour le secrétariat téléphonique alors que c’est obligatoire pour les sommes supérieures à 600 euros!!! » (Bon en fait c’est pas obligatoire) Je passe dans la maitrise…
Là, je suis au stade où la seule chose que j’ai envie de faire, c’est remplir ma 2035 (le but ultime tant attendu) et où je suis déchirée de devoir aller dormir, aller regarder ma série préférée avec mon mari ou m’occuper de mes enfants. J’ai même tenté de continuer avec un bébé dans les bras et une piplette de 5 ans ne me laissant aucun répit (ça c’est pour ceux qui trouvent la compta trop facile,on peut rajouter des handicaps).
Donc du coup hier soir, en rentrant de garde hier à minuit, j’ai décidé d’enfin prendre le temps tranquille de la remplir ma 2035 et j’ai été pénard jusqu’à 3heures du mat!!
A 2 heures, je jouais à plouf plouf pour décider au pif combien j’allais bien pouvoir mettre de kilomètres au barême kilométrique…
Je vous dit, j’ai la « fièvre de la compta », parce que moi-même, j’ai conscience que c’est pas tout à fait normal…surtout que jsuis large, j’ai encore une semaine!!
Et la dernière phase, un peu rabat joie,c’est de remplir le dossier de l’ AGA (association de gestion agrée qui vérifie en gros que t’as pas fait n’importe quoi dans ta comptabilité, que les choses sont cohérentes et que t’as pas trop trafiquouillé -ce qui est un peu mon genre de trafiquouiller). Faut remplir plein de lignes, faire des additions, des soustractions etc, et à la fin magie de la compta, si t’as bien tout fait comme il faut E=F!
E n’égale jamais F, je rêve qu’un jour E=F.
Cette nuit E était à 900 euros de F, et tout d’un coup, je m’aperçois que j’ai oublié un truc de 900 euros environ justement. Mon coeur s’accelère…je refais les calculs et je sens venir la joie, l’orgasme presque avant d’appuyer sur la touche de la calculatrice qui va me dire que enfin, oui enfin E=F…J’attends quelques secondes pour faire durer le plaisir de l’anticipation , j’appuie et ….
E est maintenant à 1800 euros de F …
A 9h du matin, je demandais à mon AGA quelle marge d’erreur ils tolèrent…Je vais encore devoir trafiquoter mais l’année prochaine, je le jure E SERA EGAL A F!!!!
(c’est donc mon deuxième défi ultime avec « et un jour j’arriverai au bon moment à la mater »)
Epilogue:
Vous vous demandez tous à ce stade pourquoi je n’ai pas de comptable!
Si vous avez bien suivi, la première phase est la pire pour moi, et si j’avais un comptable, je devrais être ordonnée pour lui donner ce dont il a besoin ..
C’est aussi pour ça que je me tate à avoir une femme de ménage, faudrait que je range avant qu’elle vienne.
Et puis, après, remplir la 2035, c’est pas si compliqué, avec l’aide de MagiqueMédiaSanté bien sûr.
J’ai appris progressivement, de la 2042C en microBNC à la 2035, du statut de remplaçant à la collaboration, cette année avec le congé mater, un remplaçant, ça rajoute des choses…pour l’instant , c’est assez simple, un jour prochain, j’affronterai les histoires d’immobilisations , de SCM…petit à petit, c’est tout à fait jouable! Même pour moi!
Et puis, j’ai entendu plein d’histoires de comptables qui ont fait n’importe quoi.
Et puis, ça ne m’a pas pris tant de temps que ça: une douzaine d’heures en tout: 12 heures par an!!
(bon j’ai pas encore tout à fait fini, je ne désespère pas que E soit un peu moins loin de F)
Et puis, j’aime bien..
Comme dit MagiqueMédiaSanté « Etre autonome et efficace,c’est tout le bonheur que nous vous souhaitons »
Et même si E n’égale pas (mais alors pas du tout ) F cette année, je suis fière de moi!
J’avoue, je ressens une fierté d’avoir fait ça toute seule, comme une grande! (ou presque)
Pour ce billet de célébration plein d’inspiration (oh non elle va pas nous refaire le coup des rimes du mois dernier), j’ai eu plein d’idées.
J’ai pensé à tellement de choses que j’ai eu du mal à choisir!!
J’ai pensé Alexandrins, j’ai pensé haïkus ( Savez vous qu’un haïku est composé de 17 mores/sons), j’ai pensé à un texte profond mélangeant réflexion de fond hyper intelligente sur un problème sociétal majeur et philosophie (oui Farfadoc, elle a dit que j’étais une philosophe et en bonne fille à mon papa très drôle, j’ai répondu « oui,comme la poule »)
J’ai pensé raconté ma vie, parler de moi, de mes aventures extraordinaires (ça fait longtemps par exemple que je n’ai pas parlé du Stop de la rue derrière chez moi),de mon week-end en amoureux à Provins, c’est chouette Provins, surtout le spa et le resto de l’hôtel d’ailleurs, ou de ma progéniture, une valeur sûre (oui encore une rime, promis c’est la dernière) mais bon, je crois que j’ai déja fait…et refait ( et refait…plusieurs fois..)
J’ai pensé à vous parler de mon département: vous ai-je déjà dit que j’habite en Seine-Saint-Denis? Bon,je garde cette option…
J’ai pensé à faire semblant de faire un billet mais en fait à piquer celui de quelqu’un d’autre (Vous avez remarqué que je fais ça souvent hein, jsuis maligne…mais c’est que les autres, c’est tellement bien ce qu’ils disent). J’ai même voulu me servir du billet d’Euphorite de tout à l’heure:« Grand-mère veux-tu? » ,tellement il est trop bien, et que tout ce qu’elle a dit, c’est exactement ce que je pense!!! ( Par contre, le truc qui m’échappe totalement, c’est que son anniversaire de twitter, c’est le 20, et qu’elle sort son billet le 17????).
J’ai pensé à reciter plein de mes articles à moi (quoi,vous avez remarqué que je fais ça aussi), c’est vrai parce quand-même, y’en a des excellents!!! Et jsuis sûre que y’en a plein que vous n’avez pas lu. Mais du coup,y’en a tellement, et tellement d’excellents, que je ne sais pas lesquels choisir! Mais je ne saurai que trop vous conseiller de vous refaire une relecture de l’intégralité de mon blog,quitte à prendre une journée de congé ou a demander un arrêt de travail à votre médecin de famille..
J’ai pensé, mais réellement pensé (comme croyez-vous que je sache qu’il y a 17 syllabes dans un haîku), vous sortir la page wikipédia du chiffre 17 ou encore mieux: le site de ce passionné du chiffre 17! Allez-y, il y a des trucs passionnants! (Par exemple, savez-vous qu’une tonne de papier recyclé permet de sauver 17 arbres).
Ou bien-sûr, mais c’est plus classique, faire la liste de toutes les choses qui se sont passées un 17 mars, personnelles (ben étonnament: rien!!) ou dans le monde! (Et savez-vous, merci wiki (oups encore une), que le 17 mars se situe entre le 16 et le 18 mars…)
J’ai pensé à vous faire une petite revue des spectacles que j’ai vu récemment: Le lac des cygnes, Alladin, Le songe d’une nuit d’été, La maitresse en maillot de bain… Bon ,en fait, j’ai la flemme, mais vraiment les 4, chacun dans leur genre, sont excellents et je ne peux que vous les recommander!! Le lac des cygnes, ça parle tout seul, c’est mon premier ballet et c’était magnifique, d’ailleurs j’y retourne dans 15jours! Alladin, excellent pour les enfants et pour leurs parents (bon, je crois que celui qui a écrit le spectacle avait dû fumer qq chose). Le songe d’une nuit d’été: shakespaere version seventees,un régal, et La maitresse en maillot de bain, une bonne surprise,très drôle et bien écrite, d’excellents acteurs…
J’ai même pas pensé à vous parler de ma mère qui est morte, jvais quand-même pas faire ça! Oh mince, je l’ai déjà fait…et refait (et refait encore…)
J’ai pensé à vous parlé de twitter, et des gens formidables que j’ai rencontré hier etc etc mais je l’ai dèja fait (et refait…) le mois dernier. Quelle idée aussi de rencontrer des inconnus tous les 17 du mois!
J’ai pensé à vous chanter une chanson…ou jouer de la flûte…mais y’a pas le son…
J’ai pensé à annoncer une grossesse comme tous les 17 mars, d’une manière subtile et drôle…mais je ne suis pas enceinte!! (gentilmari, je t’ai entendu soupirer de soulagement d’ici, soit un peu discret).
J’ai pensé à vous parler de Mr G. mais il mérite un billet pour lui tout seul…
Et puis finalement, j’ai pensé que le mieux, c’était de me taire, ça m’éviterait de dire n’importe quoi, et de faire plein de fotes d’orthographes à cette heure ou je ne répond plus de rien, en plus c’est bientôt l’heure du bib…alors au mois prochain!
PS:Au fait: vous l’ avez compris le coup de la poule qui « fait les oeufs » …
Tous les jours, mes patients me racontent leurs histoires, les unes plus tristes que les autres. Il semble que la vie n’épargne personne. J’aime me réjouir avec mes patients des bonnes nouvelles que la vie offre parfois mais je ne peux pas me permettre de pleurer avec eux à chaque consultation. J’ai appris à me blinder. J’ai appris à faire ça depuis toujours, face aux épreuves que la vie m’a, à moi comme aux autres,imposées. Mais cela ne m’empêche pas de ressentir en plus de l’empathie toute bien comme il faut (on nous a appris à la fac: l’EMPATHIE, pas la sympathie, pas les autres trucs en thie, l’ EMPATHIE) toute une foule de sentiments difficiles parfois à mettre bien en ordre face aux difficultés de la vie de certains.
Je ne sais pas pourquoi certains me touchent plus que d’autres. Depuis la semaine dernière, j’en ai entendu des histoires tristes, vraiment tristes,comme ma patiente que l’on aime qui m’a entre tous ces problèmes de santé,raconté qu’ils faisaient leurs cartons car fin de la trêve hivernale oblige, l’expulsion n’allait pas tarder, mais je ne sais pas pourquoi c’est l’image de Mme A. qui revient dans ma tête.
Son histoire n’est pourtant pas dramatique à Mme A. Mme A. la cinquantaine, vient du Pakistan. C’est une nouvelle patiente et c’est la première fois qu’elle venait seule sans sa belle-soeur qui traduit. Elle ne parle presque pas français, mais elle essaye. A la fin de la consultation, elle me montre l’ordonnance de son mari. Je ne suis pas bien sûre d’avoir bien compris sa demande, mais je crois qu’elle voulait savoir si son traitement pouvait être la cause d’un manque de libido ou quelque chose comme ça. De fil en aiguille, avec la barrière de la langue, je comprends que son mari ne s’occupe pas d’elle, sort toute la journée, rentre tard, ne lui parle pas. Elle est seule, sans famille, sans amis, me dit-elle avec une larme qu’elle essuie dignement. Elle a laissé ses enfants au pays il y a 6 mois pour rejoindre son mari qui lui manquait et recevoir des soins médicaux plus adaptés.Il ne la regarde pas… « Vous avez essayé de lui parler? » « Il m’a dit que j’avais qu’à m’en aller et refaire ma vie … » « Mais ça ne se fait pas chez nous…et puis je l’aime moi mon mari … » « Et c’est comme ça depuis longtemps? » » Depuis mon mariage…à 19 ans… »
C’est la vie…a-t-elle conclue… Je pense à Maupassant….
Cette histoire n’est pas la plus dramatique mais cette patiente m’a profondément touchée. Je ne parviendrais probablement pas à expliquer pourquoi ici.
C’était la journée de la femme, ce jour là. Je pense à cette femme et à toutes les autres. A toutes mes patientes, aux femmes de tous mes patients qui les attendent seules au pays pendant qu’eux galèrent ici à la recherche de meilleures conditions de vie, à toutes les femmes de par le monde dont la vie est si dure.
Et je pense à moi, à la chance que j’ai, d’avoir tout ce qu’une femme devrait avoir: un mari aimant, attentionné, avec lequel je m’épanouis dans une relation d’égalité, des filles magnifiques mais qui ne sont pas toute ma vie, une famille et des amis formidables, une vie professionnelle enrichissante, un travail que j’aime, des loisirs à moi avec le temps de les assouvir.
Pourquoi ai-je moi cette chance là, quand tant de femmes formidables ont une vie de souffrance, d’asservissement, de labeur, d’abnégation. Je trouve parfois mon bonheur indécent…heureusement que j’ai eu mon lot de coups durs, ça me permet de déculpabiliser un peu et d’avoir moins honte quand je me plains parce que vraiment des fois, toute cette chance que j’ai et que mes patients,pour ne parler que d’eux, n’ont pas, c’est lourd à porter.
Quant à Mme A. à part lui serrer fort la main à la fin de la consultation , que puis-je pour elle….
Elle a écrit ce texte poignant (attention, ça prend aux tripes):
»
99 ans
Qu’est-ce qui m’arrive?
J’ai quatre ans. Ma mère pleure. Mes parents m’avaient dit qu’un bébé allait arriver. Maman avait un gros ventre et elle souriait beaucoup. Et puis hier, elle a arrêté de sourire. Elle a crié, beaucoup. le docteur est venu dans la soirée. J’étais dans ma chambre et je ne dormais pas, j’entendais ma mère crier. Et subitement il y a eu un grand silence. Ma mère ne criait plus. Elle pleurait, et mon père aussi. Le docteur est reparti. Le lendemain matin le ventre de maman était moins gros. J’ai demandé si le bébé était arrivé. « Oui et non ». Maman a passé une semaine au lit à pleurer, papa est retourné travailler. Je n’ai pas eu de petit frère.
J’ai soif. Bon Dieu que j’ai soif!
J’ai dix ans. Papa n’est pas rentré du travail. Le voisin est venu nous voir, il nous a parlé d’un accident. J’ai pas très bien compris. Maman pleure. Mamie aussi. Moi je ne sais pas ce que je dois faire, parce qu’on ne me dit rien. Je crois qu’il faut que je pleure aussi.
Si seulement je pouvais enlever cette barrière! Il faut que j’aille aux toilettes et je suis prisonnière de mon lit!
J’ai 15 ans. L’école est loin derrière moi. Maman travaille beaucoup mais son salaire ne suffit pas pour toute la famille, alors il faut bien que j’aille à l’usine moi aussi.
Mais pourquoi personne ne vient? Tout le monde dort? Si seulement je pouvais appeler. Cette fichue voix qui est partie depuis des années.
J’ai 20 ans. Je viens d’épouser Robert. C’est un bon garçon, gentil et travailleur. Maman l’aime beaucoup, elle trouve qu’il ressemble un peu à papa.
Trop tard, je me fais dessus. Je suis trempée. Je me sens sale.
J’ai 25 ans. Nos filles sont les plus jolies du village, foi de maman! Mais deux enfants, c’est du travail. Robert voudrait un fils. On va essayer encore.
Encore trois heures avant l’arrivée de l’infirmière. Trois heures avec cette humidité collée aux fesses. Impossible de me rendormir.
J’ai 32 ans. Quatre filles et un garçon, on pourra dire qu’il s’est fait désirer celui-là! Deux garçons en fait. Mais le petit Charles n’a pas vécu très longtemps, le premier hiver a eu raison de sa santé fragile.
Ma voisine est réveillée, j’entends sa radio. Je renonce définitivement à mon sommeil.
J’ai 45 ans. Je viens d’enterrer maman. Elle a passé sa dernière année de vie avec nous, à la maison. « Une longue maladie » comme on dit. Une sale maladie. Finalement sa mort est presque un soulagement. Elle était tellement fatiguée!
L’infirmière arrive enfin. Dommage qu’elle commence sa tournée par le début du
couloir.
J’ai 58 ans. Les enfants ont quitté la maison. Ils sont tous mariés, sauf Marie. Mais Marie, c’est différent. Elle a fait des études, elle n’avait pas le temps de trouver un mari. Mais maintenant, ça va, elle a un métier, elle va pouvoir se trouver un gentil garçon.
« Vous avez encore fait pipi au lit mamie? » Je déteste cette bonne femme. D’une part je ne suis pas sa mamie, d’autre part inutile de me rappeler ce que j’ai fait, je le sais très bien, merci!
J’ai 70 ans. Robert et moi venons de fêter nos noces d’or. On a fait une belle fête, avec les enfants et les petits-enfants. Le petit Adrien n’a que quelque mois et c’est le portrait craché de son père au même âge. Je pensais que Marie aurait profité de l’occasion pour nous présenter quelqu’un mais non. Elle dit qu’elle est bien comme ça, toute seule.
Et voilà, elle m’a encore collée dans ce maudit fauteuil devant la télé à fond. Elle le sait, pourtant, que je préfère rester dans ma chambre le matin. « Il faut voir du monde mamie, vous allez pas rester toute seule quand même? » Et si j’ai envie d’être seule moi? Et si j’ai pas envie d’être bloquée devant un écran que je ne vois même pas à écouter beugler les animateurs toute la journée?
J’ai 74 ans. Robert n’est plus là. Un matin, il ne s’est pas levé, il était mort. Aussi simple que ça. 54 ans de vie commune. 6 enfants, dont 5 vivants. 9 petits-enfants. Une vie bien remplie, comme dit ma voisine Louisette. Et maintenant, une vie sans lui. Vide. Les petits-enfants viennent de temps en temps, surtout pendant les vacances. Mamie-gâteau mamie-nounou, c’est bien commode. Le reste du temps, je ne vois pas grand-monde.
Quelle heure peut-il bien être?
J’ai 78 ans. Marie s’inquiète pour moi. Elle trouve que je ne mange pas assez, et puis le ménage, ça devient difficile non? Elle me parle d’aide-ménagère et d’infirmière. Si ça peut lui faire plaisir, pourquoi pas? Mais je ne vois pas ce qu’elles vont faire, je me débrouille très bien toute seule. Louisette a une femme de ménage, il parait qu’elle est bien. Marie va lui demander si elle pourrait aussi venir chez moi.
Qu’est-ce que c’est que ça? Ça a vaguement le goût de carotte mais ça n’en a pas la consistance. Et cette mégère qui veut faire entrer la cuillère de force, elle ne voit donc pas que j’en ai encore plein la bouche?
J’ai 82 ans. Je regarde Véronique s’affairer dans la cuisine. Elle renifle. Je crois que la mort de Louisette l’a beaucoup affectée, elle l’aimait bien malgré son caractère difficile. Les petits-enfants ne viennent plus. Ils ont grandi eux-aussi, la vieille mamie-nounou est devenue trop ennuyeuse. Quant aux enfants, ils ont leur vie comme ils disent. Heureusement que Marie n’habite pas très loin, elle passe tous les dimanches.
Quelle heure est-il? La mégère a décrété que je n’avais pas faim et ne m’a pas donné de dessert. C’est juste que je n’aimais pas la purée. Mais forcément, quand on ne peut pas parler…
J’ai 87 ans. L’an dernier je suis tombée dans la rue. Oh, rien de grave, mais il a quand même fallu appeler les pompiers, je ne pouvais plus me relever. L’ambulance, l’hôpital, Marie qui venait me voir tous les jours. Je suis restée deux semaines, tout le monde était très gentil. C’est Marie qui est venue me chercher à la sortie, mais elle ne m’a pas ramenée à la maison. Elle m’a amenée ici, à la « résidence du chêne », et elle m’a dit que c’était ma nouvelle maison désormais, que c’était mieux comme ça, que je n’allais plus être toute seule. Elle m’a montré ma chambre, mes nouveaux meubles, mes affaires pliées dans l’armoire. Elle était contente d’elle, elle n’arrêtait pas de sourire. Elle me disait que j’allais être bien ici. Mais de quoi elle se mêle? Et ma maison? Et mes meubles? Et Véronique?
J’ai soif. Et j’ai envie d’aller aux toilettes. Et puis j’ai mal au pied. Et à la tête. Est-ce que quelqu’un pourrait éteindre cette fichue télé?
J’ai 92 ans. Les enfants ont vendu ma maison pour payer la maison de retraite. Ils ont gardé quelques meubles et ont donné le reste. Ils ont donné mon lit. Le lit que j’ai partagé avec Robert pendant 54 ans. Le lit dans lequel ils sont nés. Le lit dans lequel leur père est mort. Personne n’en voulait, alors ils l’ont donné. Ils ne m’ont rien demandé, à moi, leur mère. Normal, je suis une vieille femme qui ne parle plus depuis la mort de son fils. Le deuxième, celui qui avait survécu. J’ai trop pleuré et trop prié, les mots n’arrivent plus jusqu’à mes lèvres maintenant. De toute façon, je n’ai plus rien à dire.
Quelqu’un bouge mon fauteuil, ça doit être l’heure du goûter. Un café tiède et une compote, comme tous les jours. Mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça?
J’ai 99 ans. 100 ans dans un mois. C’est l’effervescence à la maison de retraite. Pensez-vous, une centenaire, ici, c’est quand même la preuve qu’ils sont bien traités nos ptits vieux! Il y aura le maire, la gazette locale, et puis la famille, ça fera bien sur la photo!
Je suis fatiguée, tellement fatiguée. La compote ne passe pas. Je n’entends plus la télé, quelqu’un a enfin eu l’idée de l’éteindre. Tiens, je n’ai plus mal à la tête, c’est agréable. Mais qu’est-ce que je suis fatiguée tout à coup! Je vais dormir un petit peu. Juste un petit peu avant le repas, une petite heure, dans le fauteuil.
J’ai 99 ans. Ma vie a été longue, surtout la fin. Je n’aurai pas 100 ans. »
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