3 ans et 1 mois ou appel à candidature

Je profite de cet article mensuel où je n’ai absolument rien à dire pour annoncer que les candidatures pour la troisième saison des certifalacons d’or sont ouvertes!

Après Dr Stéphane et son certificat d’aptitude à la course de  moissonneuses batteuses en compétition …

Après Opale et son certificat d’aptitude à un atelier de rigologie…

Qui sera le prochain vainqueur?

Médecins qui subissez des demandes incongrues, médecins qui vous rebellez et répondez des réponses aussi farfelues que les demandes, patients qui demandez à votre médecin de répondre de cette manière (nouvelle catégorie) , envoyez moi vos meilleurs certifalacons !!

Par twitter, en commentaire de cet article ou sur la page contact, je compte sur vous !!!!

Bref, j’ai reçu un labo

J’ouvre la porte. La consultation sans RDV habituellement est cool mais là, c’est la rentrée, c’est la ruée aux certificats et aux diarrhées des retours de vacances. C’est un peu l’apocalypse dans la salle d’attente, il n’y a même plus de place assise.

Mince, plus on en voit, plus y’en a , c’est comme les artichauts. On va jamais pouvoir se faire un resto tranquille avec mon interne 

Plusieurs personnes se lèvent. On va mettre des tickets, comme à la sécu. Mais l’une d’entre elles est plus prompte à se jeter sur moi.

« Bonjour, juste deux petites minutes s’il vous plait »

C’est toujours deux minutes ou « moi c’est juste pour… »  Elle va me dire c’est juste pour un certificat, j’entend encore une fois aujourd’hui la phrase c’est juste pour un certificat, je pète un câble 

-« J’ai vu que vous aviez prescris notre attelle pour le canal carpien et …

-« Euh non j’ai pas fait ça moi »

C’est qui celle là?

-« Ben, vous êtes bien le DocteurMilie? »

-« Euh oui , mais j’ai pas prescris ça… »

Ah, j’ai ptêt prescris une attelle de nuit de canal carpien 

-« Ah, j’ai ptêt prescris une attelle de nuit de canal carpien mais pas de marque. Et c’est très grand, votre attelle, je savais pas que c’était comme ça … »

Mais comment elle le sait que j’ai prescris une attelle d’abord, elle espionne les prescriptions, WTF!!!

-« Ah oui l’attelle bla bla bla  »

-« Ah oui, je ne savais pas , bla, bla , bla  »

Ah, mais c’est intéressant ce qu’elle me raconte, je savais pas que bla bla bla...

-« Vous voulez que je vous en envoie une? »

Oh ben ça c’est cool!

Mais ça va pas la tête!! C’est un labo! 

Ah merde c’est un labo!!! Merde j’étais en train de discuter et de me faire avoir par un labo! 

J’avais jamais reçu de labo jusqu’à aujourd’hui. Heureusement visiblement !! 

Bon, je me reprends, je vais pas accepter un cadeau d’un labo quand-même.

Jvais prendre la plaquette, d’abord parce que je suis incapable de dire non, et puis c’est intéressant quand-même , jvais y jeter un oeil… mais je la prescrirai pas son attelle!! je ne mettrai pas de nom…jmettrai attelle..comme avant, Rien n’a changé!! 

– « NON!!!! Je veux dire non, pas la peine de m’en envoyer mais merci beaucoup. C’est très gentil!! Merci beaucoup c’est très gentil, vraiment jdis ça!!?? Au revoir, madame. »

Ouah, qu’est ce qui vient de se passer, ça a pris en tout et pour tout 1 minutes mais je crois que…

-A mon interne « Je crois que je me suis fait alpaguer par un labo »

Bref, j’ai reçu un labo !

 

 

 

 

Concours de l’été: les résultats

Vous avez été nombreux à répondre à mon article précédent sur les premiers jours de travail/stage que j’ai écrit à l’occasion de la sortie du film Hippocrate.

Le Pacte m’a proposé de faire un jeu-concours de mon choix  et je ne regrette pas d’avoir choisi ce sujet (inspiré par Farfadoc, merci à elle)  car ce fut un plaisir de lire les anecdotes que vous m’avez envoyé .

Je remercie vraiment tous ceux qui ont participé.

On constate que les premiers stages dans le monde médical sont vraiment difficiles. Et on retouve les dysfonctionnements dans vos commentaires… Du stage en radiologie de docdu59 au premier accouchement volé de 10 lunes en passant par l’accueil glacial de Charlotte la kiné ou des stages P2 de Beruthiel, tous ces témoignages sont riches et me parlent…

Il faut s’accrocher, du premier jour où il faut trouver la lingerie au dernier …

Des fois, il y a quand-même des accueils plus joyeux (cf clicadoc), tout du moins quand un patient ne se pend pas le premier jour du stage (cf Petille)

Les soignants n’ont pas le monopole des premiers jours difficiles, ni même du bizutage (cf zythom).  Merci aux non-soignants qui ont témoigné.

Cela a été particulièrement difficile de choisir. Mais comme on n’est pas à l’école des fans, j’ai du choisir mais j’ai quand-même envie de dire « Vous avez tous gagné »

Du coup, the « winners  » are:

– Docokita (dont mon blog refusait pourtant les commentaires) qui a vraiment la poisse pour les premiers jours .

(dans le même genre, j’aurai pu choisir Dzb 17 mais bon il a fallu choisir …)

– Jallorra car son histoire montre bien à quel point notre motivation peut-être sans cesse mise à l’épreuve et qu’il faut s’accrocher malgré les gens qui nous entourent.

-Aude-leme car le café c’est essentiel dans un premier jour de stage. Ne pas aimer ça m’a bien handicapé. Bien joué ..

– Sous la place et son joli texte, en ce lendemain de rentrée scolaire

-et Ultima pour son courage face à ce qui est malheureusement trop fréquent…

Je vous invite  à me laisser vos coordonnées sur le formulaire de contact du blog pour vous faire parvenir les places pour le film Hippocrate.

Et deux prix spécial du jury:

(mais qui ne gagnent pas de place du coup)

– Farfadoc la première à laisser un commentaire mais qui avait mis la barre haute parce que quand-même s’enfermer dans les toilettes un premier jour…voilà quoi …

Mais je voulais pas qu’on m’accuse de conflit d’intérêt alors plutôt je l’invite au ciné !!

-L’eau là, soutenue par Dr Who qui fait du lobbying  (qui a qu’à l’inviter au ciné du coup)  pour sa version SF du concours ! Bravo et merci !!

Et merci à Armance pour avoir relayé le concours sur son blog.

Et donc aujourd’hui c’était la sortie du film Hippocrate. Pour ceux qui écouteraient mes bons conseils, vous me direz ce que vous en avez pensé.

Voici les gagnants mais vous pouvez aller lire tous les commentaires (je vous le conseille) de l’article précédent.

 

DOCOKITA :

Premier jour de P2, malaise vagal pdt la grande visite (eh oui on était une vingtaine dans la chambre et il faisait chaud au CHU mais ça je ne le savais pas encore!)

Premier jour et premier patient en tant qu’interne:j’envoie les externes commencer à interroger un patient arrivé dans la nuit pdt que je lis son dossier « Euh c’est bizarre il répond plus le monsieur! » m’informent-ils rapidement… AH!! au secours mais je sais pas faire moi!! Appel chef, appel réa, transfert en réa… J’étais en diabéto donc plutot des bilans de diabète ou désequilibre, on avait rarement besoin de la réa quoi!

Premier jour en cardio mais j’étais déjà en 4e semestre:on a du masser la premiere patiente pdt la visite! Puis une autre entrée dans l’après midi…
Décidément! je demande aux IDE si c’était courant « Non no nc’est assez rare en fait  » Effectivement je confirme après y avoir passé 6 mois!

Je suis la fille qui porte la poisse quoi!

Et mon premier jour en tant que remplaçante en MG j’ai dû appeler le SMUR ! Ça ne m’est arrivé que 2 fois

 

JALLORA:

Cette fois ça y est, c’est mon premier jour d’internat, dans une toute nouvelle ville. J’ai trouvé sans difficultés l’hôpital, on m’a trouvé une blouse trop grande dans laquelle je nage un peu, j’ai rangé dedans mes stylos, mon petit carnet, et mon stéthoscope.
Flambant neuf, le stéthoscope, c’est mon petit cadeau à moi-même, ma petite fierté de nouvelle future pédiatre : un beau stétho coloré avec un petit pavillon, et un joli badge coloré avec un petit personnage rigolo qui dit « Jallora, interne ». Je l’ai accroché sur la poitrine, sur la poche de devant.
J’ai été sage, j’ai tout bien écouté ce qu’ils disaient à la matinée d’accueil, maintenant ils ont sorti les jus de fruits et les petits fours et je fais poliment tapisserie avec mon verre de jus d’orange à la main.
Un groupe de docteurs discute non loin. Elle là, la dame un peu forte et agée qui parle d’une voix affirmée, elle m’impressionne un peu : elle a le même nom qu’un bouquin super connu (normal m’a-t-on informée, c’est elle qui en est l’auteure…)
La voilà qui lève les yeux, me regarde, me souhaite la bienvenue. Pendant que je bafouille et rougis, ses yeux tombent sur mon joli bagde.
« – Jallora. (Silence) Il va falloir enlever ça.
– Ah ? Ce n’est pas autorisé ? »
Elle prend un air un peu peiné
« – Ma petite, avec la tête de jeunette que vous avez, si vous vous faites appeler par votre prénom, personne ne vous prendra au sérieux. Vous devriez vous maquiller aussi, ça vous vieillira. »

Nous sommes le 3 novembre, j’ai laissé mes parents et mon petit copain à 700 km d’ici, c’est mon premier jour d’interne, j’ai 26 ans, et je regarde le fond d’un gobelet en plastique avec dans la gorge une drôle de petite boule qui me deviendra familière et une curieuse envie de pleurer.

AUDE_LEME:

Premier jour de stage dans une agence de traduction. Ils ont beaucoup de clients dans le secteur médical/pharma, je suis ravie, parce que la médecine et la pharma, je ne sais pas pourquoi, mais c’est mon dada, et puis parce que c’est dans la ville où j’habite, et que du coup, j’ai pas besoin de quitter mon amoureux pour faire ce stage. \o/

En entretien pré-stage, le directeur m’a demandé : « Pourquoi tu veux faire ce métier ? », puis m’a coupé la parole rapidement : « Oui, bon, trouver le mot juste, la phrase fidèle, faire sens, satisfaire le client et l’utilisateur, gnagnagna, super ! Mais tu sais qu’on est là pour gagner de l’argent, hein ! » Bon…
Premier jour donc. Je suis un peu timide au départ, comme un diesel, il me faut un peu de temps pour que ma vraie personnalité apparaisse, et lui, il aime bien en imposer…
« Aude, t’as rien à faire ? »
« Si, je… »
« OK, y a plus de café. »
« … »
« Y a plus de café ! »

En une demi-matinée, j’avais à peu près cerné le personnage. J’étais là pour faire de la traduction, pas du café, et puis d’abord, je bois du thé. J’ai fait du café, serré le café, un beau goudron que si tu veux tu bouches les nids-de-poule de la rue principale avec.
« Denis, le café est prêt, je vous l’apporte ? »

Retour à ma traduction. Il ne m’a plus jamais demandé de faire le café. (mais en vrai, je sais très bien faire un bon café)

SOUS-LA-PLACE:

Bonjour
Ma première rentrée de jeune « maîtresse » racontée ici :
http://souslaplace.blogspot.fr/2014/02/a-lecole-de-la-vie.html

J’y pense chaque année. Aujourd’hui n’a pas fait exception…
Je souhaite une bonne année scolaire à tous ceux qui sont concernés, parents et enfants et les autres aussi!

ULTIMA:

Premier stage d’externe dans un service de dermatologie-vénéréologie, comme on disait au début des années 80.

En fait, je connaissais déjà les rouages du CHU car, pour vivre et payer mes études, j’y travaillais depuis la première année du PCEM : petits boulots, classement d’archives et de dossiers, brancardage, ménage, toilettes des patients, stérilisation puis, ô promotion, instrumentiste dans un bloc opératoire. Avec le stage d’externe, je changeais de catégorie : sur la poche plaquée de la blouse blanche ce n’était plus « ASH » mais « Etudiant », en lettres noires entourées du monogramme bleu de l’hôpital. Ce n’était pas encore Byzance mais je voyais que les heures de ménage n’avaient pas été vaines, j’avançais dans mon cursus, j’étais enfin externe, j’allais même gagner des sous !

Je connaissais un peu ce service de dermatologie pour y avoir passé quelques jours auparavant à rentrer des données dans un ordinateur du secrétariat ; c’était du Windows 3.1 et je devais compléter une base de données en cours de construction. C’est ainsi que j’ai appris, par exemple, que les religieux, prêtres, séminaristes et autres « bonnes sœurs » cotisent à une caisse particulière. Et qu’il y avait une proportion non négligeable de séminaristes atteints de gonorrhée et de syphilis aux consultations externes de dermatologie. Il faut dire que le séminaire était juste à côté de l’hôpital et que les professionnelles du sexe officiaient juste en face. J’en ai perdu mes derniers atomes de foi, si j’en avais encore…

Mon premier jour de stage coïncidait avec la Grande Visite. Malheur. Du temps où je passais mon balai à frange dans les services chirurgicaux, je maudissais les Visites : d’une part, des crétins boutonneux me regardaient du haut de leur 4ème ou 5ème année de médecine en ricanant, d’autre part les internes et autres chefs de clinique en profitaient pour bien faire voir qu’ils détenait une parcelle de pouvoir : « Comment peut-on travailler correctement, regardez, ce n’est pas propre, ici. Nous sommes dans un hôpital, Mademoiselle, pas dans un hall de gare ». Et tous de rire servilement. Il n’y avait plus qu’à serpiller à nouveau puisqu’ils avaient tout sali. Puis il fallait accorder aux patients quelques mots bienveillants car la Visite n’était pas tendre avec eux non plus. « ALORS, PAPY, ON A FAIT SES GAZ CE MATIN ?  » hurlait un interne. Puis s’en suivait une discussion sur le néo pancréatique du 15-fenêtre, devant ce même 15-fenêtre qui, n’étant nullement sourd, écoutait sans trop comprendre, essayait de poser des questions et se faisait rabrouer s’il interrompait le Professeur qui pérorait sur l’occlusion. Et le 15-fenêtre me demandait plus tard, quand je venais débarrasser le plateau du repas, de quoi ils avaient parlé, il n’avait pas tout compris, qui était le médecin qui le suivait, est-ce que c’était grave, qui étaient tous ces gens ? Moi non plus je ne comprenais pas grand chose mais ce manque de respect me sidérait. Alors je tentais de rassurer en débitant des fadaises : « Monsieur Dupont, vous savez, vous êtes entre de bonnes mains ici, c’est un grand Professeur. J’en ai vu passer des gens entrés gravement malades et sortis guéris… »

Mais je faisais enfin partie de la Grande Visite, je me sentais l’Élue. Les nouveaux externes avait été briffés par le cadre infirmier : nous, lithiase de couloir, nous ne devions pas nous faire remarquer, pas poser de questions, pas gêner le passage du Chef de Service, des Chefs de Clinique, des Internes, des Cadres Infirmiers, des Infirmières, de l’Assistante Sociale, et d’éventuelles Personnalités invitées à la Cérémonie hebdomadaire. Nous étions plus de vingt personnes en plus des externes à attendre au bout du couloir l’arrivée du Chef de Service de Dermatologie. Tout le monde avait des dossiers, des papiers et des carnets, les externes se reconnaissaient au fait qu’on avait les bras ballants. On ne savait pas trop que faire de nos mains : dans les poches ça faisait dilettante, dans le dos c’était pas sérieux, alors on tripotait un stylo ou le coin de la bouse pour faire passer la nervosité.

Ça y est, le Professeur arrive, entouré du premier cercle du pouvoir !

Première chambre, trois lits séparés par des paravents. On se tasse en silence autour du lit, il y a peu de place pour tant de monde. Comme je ne veux pas en perdre une miette -le savoir va tomber des lèvres de celui qui sait- j’enfreins la consigne de transparence et discrétion et je me glisse au premier rang, en face du Professeur. Dans le lit, une dame âgée, dont on ne voit que la tête apeurée ; tout ce monde en blouse blanche debout et elle, figée sous le drap impeccablement tiré. Elle est tellement fluette que son corps dessine à peine un volume. Ses yeux vont de l’un à l’autre mais personne ne la regarde, personne ne la salue, personne ne se présente. Je n’arrive pas à voir le nom de la patiente, la pancarte au pied du lit est trop loin de moi.

Dans un geste auguste, le Professeur prend le drap et le retire entièrement. La dame est complètement nue, elle essaie de couvrir son pubis de ses mains.

Il va parler, il parle : « Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, voici une gale norvégienne ». Je suis atterrée par tant d’impudeur de l’assistance, la femme pleure en silence, sa nudité exposée devant plus de vingt personnes.

Je prends le drap et je la recouvre et je dis en tremblant qu’on est pas au spectacle, que cette femme n’est pas une gale norvégienne ou suédoise ou je ne sais quoi, qu’elle a un nom et une pudeur, qu’aucun de nous n’aimerait que notre mère ou notre sœur soit traitée comme un morceau de viande. Et je me suis offert le luxe de sortir en claquant la porte et en pensant que je vais être lourdée mais je m’en fous, je n’ai de compte à rendre à personne je suis financièrement indépendante.

Mon premier stage a duré 2 heures. J’ai été virée. Game over.

FARFADOC :

Premier jour de stage. Externe en endocrino. J’avais réussi à trouver une blouse, j’avais bien rangé tous mes petits stylos dedans, et mon stéthoscope, et mon marteau à réflexe, et mon petit carnet. Pas mon téléphone parce que c’était y’a longtemps et que j’en avais pas.
J’avais fait bien attention à pas marcher dans le mouillé.
J’avais dit bonjour, j’avais été polie juste ce qu’il faut, pour pas me faire remarquer.
Avant de commencer la visite, j’ai fait un saut aux toilettes. à gauche c’était un peu sale, alors j’ai été dans les toilettes de droite.
Ce n’est qu’une fois assise sur les toilettes que j’ai réalisé qu’il n’y avait pas de poignée à l’intérieur. C’était les toilettes du personnel, et c’était fait exprès pour que les patients n’y aillent pas (dans une logique qui m’avait parue logique quand on m’avait expliqué à l’époque, mais qui m’échappe aujourd’hui). Pas de poignée, mais par contre la porte était bien bien fermée…

Voilà comment le premier jour de stage, je me suis retrouvée à tambouriner à la porte pour qu’on vienne me libérer des WC.
Au moins après, les infirmières et aide-soignantes voyaient très bien qui j’étais.

PS : c’est pas pour gagner les places, hein, c’est juste parce que j’aime bien le principe du concours :-)

L’EAU LA:

C’était il y’a approximativement un siècle ou deux. J’habitais alors sur Mars où j’occupais la fonction d’espionne pour le compte des services secrets vénusiens. Un beau matin d’une nuit étoilée, je fus contactée par monsieur le ministre des affaires interplanétaires, en personne (à l’époque Monsieur Rnfecrxbegrk). Satisfait de mes services rendus à la Planète, il souhaitait me missionner pour « un stage extra-orbital ». Quelques décennies plus tard, je reçus ma fiche de poste (Lieu de stage : Planète Terre/ Durée : Non Communiqué/ Mission : Rédaction d’une thèse sur le romantisme des dauphins au XIXe siècle et leur impact sur la société animalière sous-marine). J’avais comme point de départ la France où j’effectuai mes premières investigations. C’est ainsi que lors de mon premier jour de stage je me suis retrouvée par un beau matin ensoleillé, au large des côtes armoricaines, en pleine mer… encerclée par une bande de dauphins mafieux ! (Si si, c’est vrai.) Ils appartenaient à la pègre dauphine du Breizh aquatic land (groupuscule bien connu des services de répression du grand banditisme et du terrorisme océanique). Bref ! J’ai bien tenté de me défendre contre cette bande de malotrus mais ce fut peine perdue. Je tombai KO après un Uchi Oroshi foudroyant que m’infligea le chef de clan aux nageoires pectorales fièrement bombées (c’te branleur). C’est dans un semi-coma flottant que s’acheva ma première journée de stage. Le lendemain, au large côtes bretonnes, le soleil était tout aussi souriant que la veille, les mouettes riaient, les algues dansaient (genre c’est trop l’paradis quoi)… Je me suis réveillée au sein de ce beau tableau ensoleillé, les yeux rivés vers le ciel… heureuse.

et DR WHO:

Un jour, j’avais été embauché par l’office de tourisme de Bretagne pour me déguiser en mouette rieuse pour faire croire aux touristes que les mouettes existent encore. Alors que je rigolais connement en me racontant pour la 3248 ème fois la fameuse blague :  » C’est une copine d’Angelina Jolie qui la croise et qui lui demande à qui est le bras passé autour de son épaule et que cette dernière lui réponds : « Ben , c’est le Brad Pitt!! », c’est alors que je vis débarquer la fameuse super- héroïne L’eau là (si si , c’est vrai!). Elle pionçait sur le sable avec une nageoire pectorale dans la main droite, rien dans la main gauche et avec également un bazooka SR-327 à tir hélicoïdal (modèle breveté par le bureau des espions de Mars, comme chacun le sait…) dans la main droite parce qu’elle avait de grandes mains . Je peux donc certifier que son témoignage est correct.

 

 

Concours de l’été

Un sous-sol d’hôpital, un nouvel interne visiblement perdu qui cherche le chemin de la lingerie….

Ce sont les premières secondes du film Hippocrate. C’est un peu comme la madeleine de Proust de la recherche de la blouse…Tout de suite, des souvenirs rejaillissent. Je ferme les yeux et je me retrouve dans une blouse trop grande pleine de tâches propres à dire « Bonjour, je suis la nouvelle interne »

Tant de souvenirs de premier jour de stage..Il faut dire que l’on en a eu beaucoup des stages, du petit étudiant à l’externe et l’interne. Pas facile les premiers jours, pas facile quand on est timide et qu’ en plus on n’aime pas le café.

Je ne vous dévoilerai pas plus de ce film que je vous conseille d’aller découvrir.

Ce film, c’est comme lire le livre de Jaddo, ça parle, ce sont des moments vécus. Et ça va au delà, c’est un beau film je trouve. Il rappellera des choses aux médecins mais aux autres soignants aussi. Et pour les autres, vous verrez un peu l’envers du décor, ce que nous, nantis, avons vécu. Et puis, vous verrez peut-être les médecins étrangers qui font tourner les hopitaux d’un autre oeil…

Hippocrate, réalisé par Thomas Lilti, lui même médecin, sort au cinéma le 3 septembre.

Après, le quizz de l’été, voici le jeu-concours de l’été (oui parce que l’été n’est pas fini).

Je vous propose 5 invitations de deux personnes (offertes par LE PACTE avec qui je n’ai aucun conflit d’intérêt)  pour aller voir Hippocrate, le film, valable dans tous les cinémas de France.

Pour participer, il faut me raconter une anecdote ou tout simplement un récit concernant un premier jour de stage ou de travail. Tout le monde peut participer du coup évidemment, médecin ou non médecin. C’est pour vous faire replonger dans vos souvenirs, je suis sûre que vous avez des tas de choses à raconter.

Vous pouvez me laisser le récit en commentaires de cet article ou si vous êtes timides en privé par le formulaire de la page contact.

Vous avez jusqu’au 2 septembre.

Je sélectionnerai arbitrairement les 5 gagnants comme il me le plaira.

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3 ans

J’étais bien tranquille, bien peinard, en vacances, fière de m’être rappelée toute seule que l’on était le 17 et je m’apprêtais comme d’habitude à vous entuber avec quelques mots rapides écrits en cinq minutes, quand je me suis rendue compte que, sacrebleu, aujourd’hui c’était la célébration annuelle! Merdouille!!

Que dire?

Les années se suivent et se ressemblent un peu. Je suis à nouveau en vacances et hier j’étais à nouveau en panne de voiture, un mois d’aout classique quoi! Je me délecte de la vie et de ses douceurs, notamment de ma famille même si mes filles et la douceur ça fait deux…

Il y a deux ans, j’écrivais ça (un an)

Il y a un an, j’écrivais ça (deux ans)

J’y faisais le bilan de tout ce que twitter et ce blog m’ont apporté au niveau personnel et professionnel ( tellement, tellement de choses ) et je concluais l’année dernière par  « Je ne vois pas ce qui pourrait arriver de plus? »

Et bien des choses de plus sont arrivées.

Au niveau professionnel, toujours de plus en plus d’enrichissement. Toujours des rencontres professionnelles passionnantes (j’ai notamment adoré Les Rencontres Prescrire avec twitter en force), toujours une remise en question permanente, toujours une amélioration constante par la bonne influence de mes confrères ( mais pas que: patients, autres soignants …). Par exemple, j’ai trouvé le courage de poser des (enfin pour l’instant un) stérilet, j’ai même fait un examen à l’anglaise. J’étais déjà maitre de stage mais motivée par une twittos avec qui j’ai fait la formation, j’accueille maintenant des internes. J’ai eu deux twittos comme remplaçante (et les meilleures).Grâce à deux autres twittos, j’ai, et je vais continuer j’espère, animé des séminaires de Formation Médicale Continue. Et puis il y a le groupe de pairs 2.0 avec quelques participants de twitter.

Et au niveau personnel. Pareil:des rencontres! et des re-rencontres. Des amitiés, des vraies. Du bonheur! Un mariage, magnifique: du bonheur encore!! Je suis tellement riche de toutes ces personnes que j’ai eu la change de connaitre…

Et puis quand-même!! Je suis actuellement en vacances en Provence dans la maison des plus agréables d’une twittos. Il y a quelques mois, j’ai écrit un tweet « Qui veut échanger sa maison avec moi en aout ». Et oui, quelqu’un a voulu aller en Seine-Saint-Denis, j’entends vos remarques d’ici, et je suis sûre qu’elle se délecte avec ses deux filles du même âge que les miennes (ça c’est trop top niveau infrastructure) à visiter Paris pendant que moi je visite le Pont du Gard. Et même que c’est génial un échange de maison quand on tombe en panne de voiture en vacances un 15 aout,  parce qu’il y a le papa de la twittos qui vient à la rescousse. Donc je me félicite de cette brillante idée d’échange de maison (si quelqu’un est motivé pour les prochaines vacances) et je me répète encore: Twitter, c’est génial et sans limite!!!

Donc, merci à tous, je vous aime!

Oui j’ai fait court, c’est un peu décevant. Mais bon, tout à été dit dans les 2 articles cités, et puis jsuis crevée…

 

 

Mes pair(e)s à moi que j’aime

Un petit article pour vous raconter une expérience, parce que c’est une chose qui m’apporte beaucoup et que du coup, je me dis que ça peut donner des idées à d’autres.

Chez les médecins, (comme probablement dans d’autres professions), il existe ce que l’on appelle des groupes de pairs (les pairs étant les semblables) ou groupe d’échange de pratiques.

 » La Haute Autorité de Santé  a défini ces groupes comme ayant pour but d’améliorer les pratiques médicales, en analysant ses pratiques et en les comparant aux référentiels existants lors de séances de discussion et de réflexion entre pairs . Un Groupe d’Analyse des Pratiques entre Pairs est composé de 6 à 10 médecins de même spécialité, exerçant dans une même zone géographique. Ces médecins organisent des séances de travail régulières (6 à 10 par an), qui leur permettent de présenter à tour de rôle des dossiers de patients choisis de façon aléatoire, et de porter un regard critique sur la prise en charge, à la lumière des recommandations de bonne pratique . »

En gros, on se réunit entre médecins de manière régulière et un peu structurée et on parle de cas vécus dans le but de nous améliorer.

A noter qu’il existe aussi les groupes balint où des médecins se réunissent entre eux pour parler non pas du contenu médical de la consultation mais de tout ce qui se joue au niveau de la relation entre médecin et malade.

J’ai participé à de tels groupes à la fac pendant 6 mois lors de mon stage en cabinet de médecine générale et c’était chouette. J’ai toujours voulu y participer. Quand j’étais interne, j’ai eu l’occasion de participer à celui de mon maître de stage, près de chez moi, mais ma vie personnelle de l’époque m’en a empêché .

En règle générale, les obstacles que je vois à ces groupes d’échange de pratiques sont:

– Etre disponible une soirée. Certes une soirée par mois, ce n’est pas beaucoup, mais quand-même, quand l’emploi du temps est déjà bien rempli, ça peut être un peu compliqué, il faut s’organiser, les enfants toussa, et puis après une journée de travail, on est peut-être moins motivé.

-Il faut trouver un groupe déjà et que ce soit avec des personnes avec qui l ‘on s’entend. Il n’y a pas de groupes partout et la plupart du temps, c’est par secteur/quartier. A la fois, ça peut-être très chouette de prendre plus de temps pour connaitre et travailler avec ses collègues ou les médecins du coin, cela peut également être des spécialistes, des paramédicaux, et avec les maisons et pôles de santé, cela va être de plus en plus intéressant, à la fois, il se peut que l’on ne s’entende pas avec eux ou que l’on n’ait pas le même type de pratique. J’entends tellement de médecins qui ont des problèmes avec leurs associés …

– Parfois (souvent?) ces soirées sont organisées par des labos…Pas toujours évidemment mais je pense que traditionnellement c’était un peu comme ça .

Donc, pour allier cette envie de faire partie d’un groupe d’échange de pratiques et ma paresse naturelle, enfin disons pour l’adapter davantage à mon mode de vie et mon type de fonctionnement, j’ai eu l’idée de créer un groupe de pairs en ligne.

Du coup, avec des copines médecins généralistes qui ne faisaient pas parties d’un groupe de pairs  mais qui étaient comme moi motivées, nous avons crée le (premier?) groupe d’échange de pratiques 2.0 en ligne.

Nous sommes huit (bientôt neuf!!), que des filles entre 25 et 35ans (c’est pas un choix délibéré, ça s’est fait comme ça), des internes, des remplaçantes et des installées, de tous les coins de la France, des twittos et des pas twittos. Comme c’est un peu moi qui ait fait le casting qui va de mes copines de fac à mon ultime héroine de twitter, je peux vous dire que y’a du lourd. J’ai la chance de faire partie d’un groupe de pairs où il n’y a que des médecins que j’admire réellement, qui sont vraiment très compétentes et qui pourtant cherchent constamment à s’améliorer et qui en plus sont drôles et funs!

Donc, premier avantage du groupe de pairs en ligne:le casting: des médecins avec qui on a des pratiques qui se rejoignent, la même vision de la médecine (ce qui n’est pas forcément le cas, loin de là dans un groupe de pairs local) et que du point de vue géographique, on n’aurait jamais eu la chance de pouvoir faire ça ensemble.

Côté pratique, on est peut-être entre copines, mais croyez pas qu’on parle de cup toute la journée (enfin pas toute la journée mais bon y a gécé dans le groupe alors…), on a mis en place un agenda rigoureux.

Chaque mois, il y a deux personnes qui présentent un cas

-un cas clinique aléatoire: la 3ème consultation de la journée

ce qui a l’avantage comme dans les groupes traditionnels de parler de tous les sujets même ceux qui paraissent peu intéressants mais faire une revue EBM des traitements de la gastro, c’est aussi très intéressant.

-un cas complexe qui est un cas vécu en consultation qui pose problème et sur lequel on peut avoir besoin de l’avis d’autres personnes.

Une troisième personne joue pendant ce mois-là le rôle de modératrice/dictatrice.

Une fois le cas exposé le premier samedi de chaque mois, les autres participantes ont jusqu’au mercredi pour répondre (sans lire ce que les autres disent) ce qu’elles auraient fait , ensuite la personne qui a rédigé le cas dit ce qu’elle a fait, ensuite on discute, on discute (mais sur plusieurs jours, du coup chacun vient quand il a le temps) et on dégage après une semaine environ (cela dépend des remplaçantes ces nanties qui sont toujours en vacances ou de l’efficacité de la modératrice) des thèmes/pistes de réflexion (environ 3/cas) sur lesquelles on discute ensuite pendant une quinzaine de jours avec des recherches bibliographiques à l’appui.

Exemple:

-cas complexe: démence débutante, anosognosie, continue à conduire               .discussion: que peut-on faire? Comment chacune fait habituellement (réseaux, correspondants, tests etc ) et comment peut-on faire dans ce cas précis.                  .pistes de réflexion:                                                                                                           .les tests de dépistage de la démence en cabinet de MG : (le codex par exemple que je ne connaissais pas)                                                                                                                .la conduite automobile: les règlementations, notre rôle etc (que je ne connaissais pas du tout !!)                                                                                                                              .gestion du secret médical et rapports avec la famille

 

-cas aléatoire: une épicondylite                                                                                   exposition du cas, chacune dit sa prise en charge et rédige son ordonnance (normalement en tout cas..), discussion sur le cas                                                                                 .pistes de réflexion                                                                                                    .traitement de l’épicondylite (à base de recommandations et d’études sur le sujet: en tout cas on essaye, moi en recherche biblio je connais que google)                                    .examen clinique du coude et de l’épaule : les tests, les études sur leur intérêt etc .maladies professionnelles

Et à fin de la session mensuelle, petite synthèse par celles qui ont fait le cas.

Tout ça se passe sur un forum crée par la brillante docteurgécé.

Capture d’écran 2014-08-03 à 15.40.33

Du coup, ça n’envahit pas nos boites mails et c’est super ergonomique .

Et on a ajouté des catégories sur le forum pour discuter en dehors des discussions officielles:

-le coin des geeks: tout ce qui est technique sur le forum en lui-même

-le bistrot du coin: où on peut parler de tout et de rien , par exemple pour souhaiter les anniversaires (ça c’est souvent moi, vous aviez deviné) ou raconter nos vacances, discuter de choses médicales qui n’ont rien à voir ou de questions qu’on se pose , par exemple j’ai lancé un sujet sur l’examen gynéco systématique ou qq d’autre pour parler de ses soucis avec son interne.

Et puis, il y a le « post de la honte » où on peut poser toutes les questions cons qu’on n’ose pas poser.

On va bientôt finir le premier tour (8 mois donc) et le bilan est super positif. J’ai appris plein de choses (tout reste d’ailleurs accessible et je peux donc m’y référer très simplement) et ces échanges m’ont enthousiasmé. C’est très enrichissant sur le plan médical et personnel. C’est vraiment bon pour le moral. C’est le principe de ces groupes, cela rompt l’isolement du médecin généraliste et c’est vraiment stimulant. Et en plus, mes paires à moi, elles sont trop géniales et je les aime.(et j’en profite pour les remercier pour celles qui me lisent d’avoir accepté de faire ça avec moi <3)

Après la discussion il y a quelques temps sur le mededfr sur l’interprofessionnalité, j’ai pensé que l’on pourrait faire des sessions ponctuelles avec d’autres professionnels de santé, des kinés, des IDE/AS, ou des spécialistes.

Bref, le champ des possibles est très grand avec le 2.0…

Du coup, si je raconte ça, c’est pas pour vous dire que ce que je fais c’est génial (bon oui c’est trop génial mais bon:-), c’est pour partager cette expérience parce que je crois qu’elle peu être une bonne idée pour d’autres. De la même façon que je pense que la médecine 2.0, twitter, les blogs sont une vraie Formation Médicale Continue à prendre en compte et à faire connaitre, je pense que ce concept peut plaire à d’autres. Ou pas…

Qu’en pensez-vous?

 

2 ans 11 mois

On est le 17!

Bilan du mois, plein de choses que je vous épargne, je vais me contenter de parler d’un livre/un film/une chanson

Un livre: « les nymphéas noirs » de Michel Bussi, rien d’extraordinaire, juste que je viens de finir et que j’ai beaucoup aimé.

Un film: « Hippocrate » de Thomas Lilti que j’ai eu la chance de voir en avant-première. Un film qui raconte l’histoire d’un interne en médecine, réalisé par un médecin, que j’ai beaucoup aimé et qui m’a rappelé des souvenirs. Il sort le 3 septembre et je vous recommande d’y aller.

Une chanson « La manif » d’Agnès Bihl (pour changer) parce que (outre qu’Agnès Bihl est géniale mais ça je l’ai déjà dit) je suis hyper fière parce que ma fille est dans le clip!

Voilà

Et on est jeudi également

et jeudi c’est #MededFr

Merci de me le rappeler que je n’oublie pas cette fois encore

Le MededFr c’est un tchat sur l’enseignement en santé sur twitter tous les jeudis de 21 h à 22h. C’est ouvert à tous et c’est très intéressant.

Tous les renseignements sur le site http://mededfr.wordpress.com

Et une fois de plus, merci au super parrain de ma fille de m’avoir rappelé que c’est sa fête aujourd’hui.

 

Remerciements…

« Et enfin, à ma mère, pour l’amour immense dont elle m’a toujours entourée et qui m’a permis de m’épanouir et de devenir ce que je suis. Source inépuisable d’apprentissage au quotidien, les moments difficiles passés ensemble de l’autre côté de la barrière ont sans aucun doute contribué à faire de moi un meilleur médecin.Son courage est pour moi une leçon de vie.  »

Voilà comment je concluais les remerciements de ma thèse il y a quelques années.

Aujourd’hui, cela fait 2 ans que ma mère n’est plus là. Je me surprends parfois à prendre du recul, me regarder et me dire « mince jsuis une adulte, je n’ai plus de maman, je suis moi-même maman, je suis médecin » Ca me fait un drôle d’effet. Ma mère me manque chaque jour de ma vie, mais à chaque consultation, je sais que je suis le médecin que je suis grâce à elle.

Etrangement, sa maladie, n’a, je pense, pas été la raison de mon envie de faire médecine, mais par contre elle a façonné le médecin que je suis.

Déjà, j’ai appris la médecine en la regardant. Elle avait toutes les maladies du monde, mieux qu’une encyclopédie de médecine. Et puis, vivre la maladie est la façon la plus efficace de savoir de quoi on parle .

Grâce à ma mère, je connais la forme et la couleur de la plupart des médicaments et c’est hyper pratique (l’actiskenan rouge? ah oui le 10mg quoi!) , je sais reconnaitre les premiers signes d’hypercapnie, je connais plein de choses sur les pansements et pourrais presque être stomathérapeute, je connais des maladies rares que je ne reverrai jamais (à part peut-être sur moi), je connais aussi des maladies fréquentes et ça c’est plus utile, je sais gérer l’oxygène, les aérosols et la VNI au domicile, je sais tout ce qu’il faut savoir sur les aides à domicile, les structures, les modalités, je connais des trucs administratifs que peu de médecins connaissent je pense, la MDPH est mon amie, la CRAMIF aussi.Je connais les effets indésirables de pas mal de médicaments, le gout du pain sans sel aussi. Je sais dans quelle pharmacie envoyer mes patients pour trouver les nicorettes les moins chers ou pour louer un fauteuil roulant,je connais absolument tout de l’hôpital d’à côté où elle a fait à peu près tous les services, et je les connais de manière différente que pour y avoir travaillé, et puis plein d’autres hôpitaux aussi (Pour aller à la fondation rotschild,prenez le bus 26 à gare du nord me suis-je entendu dire la semaine dernière), je sais à qui j’adresse mes patients et je sais ce qu’ils y vivent.

Et c’est surtout ça…grâce à ma mère, je connais plein de choses médicales et pratiques qui m’aident beaucoup, un peu comme si j’avais pris des cours du soir en plus (des cours du soir intensifs, de nuit et de week ends aussi :- ) , mais ce n’est pas ça qui fait de moi le médecin que je suis.

Je sais tellement d’autres choses aussi…Je sais combien de temps le SAMU met pour venir, et je sais même les raccourcis pour aller plus vite que lui, je sais ce que c’est la peur, l’angoisse, le désespoir, je sais ce qu’est que de vivre au jour le jour, et de vivre jour après jour avec la maladie, la douleur. Vivre des choses que personne ne sait, ni ne peut même imaginer. Je sais la dépression, je sais ce qu’on ressent quand on signe un ordre de ne pas réanimer. Je sais l’enfer…

Je sais aussi le courage, l’envie de vivre, l’espoir, l’entraide, le soutien, le plaisir des choses simples, le bonheur d’un rien, le pouvoir d’un rire, je sais l’amour…l’amour par dessus tout…

Ce que je sais trop bien malheureusement, ce sont les médecins et les soignants.

Je suis un bisounours et trouve toujours des circonstances atténuantes aux gens mais je pourrais écrire un livre entier sur ce que nous avons vécu, le parcours du combattant, le dysfonctionnement de tout. J’ai vu tellement de médecins, de soignants, été dans tellement d’hôpitaux, de services, je pourrais citer des centaines de situations horribles, choquantes, de soignants maltraitants, d’incompétence, de mise en danger. Je sais la iatrogénie et que nous aurions pu gagner plusieurs procès. Je sais qu’il y a eu des gens merveilleux mais tellement peu. Je sais aussi que la complexité de la pathologie et du caractère de ma mère a cristallisé tout ce dysfonctionnement.  Mais quand-même. Je sais la lutte permanente et l’abandon de l’espoir d’obtenir une quelconque aide de quelqu’un, du corps médical. Je sais la solitude et l’abandon. Je sais que les médecins que je respecte parmi tous ceux que j’ai rencontré se comptent sur les doigts d’une main (et je tiens à remercier MonMédecinCeHéros pour avoir été un de ceux-là) et que je me suis jurée quand j’ai eu mon concours de ne jamais oublier… Je sais que nous avons lutté seuls et que je ne dois jamais oublier.

Je me suis jurée de ne pas être ces médecins que j’ai détesté, que même si je n’étais pas la meilleure et la plus compétente, je serai toujours humaine, à l’écoute et que je prendrai toujours le temps qu’il faudrait, que j’essaierai d’aider au maximum les patients dans une prise en charge globale, qu’ils n’aient pas à se débrouiller seuls, qu’ils ne se sentent pas abandonnés.

Je pense que la base de tout ça c’est l’empathie. L’empathie, c’est la base de la relation médecin-malade, la capacité de se mettre à la place de l’autre. Il n’est pas nécessaire d’avoir vécu ce que l’autre vit pour ressentir de l’empathie, au contraire on risque de basculer dans la sympathie, mais quand-même…

Quand on a passé des heures aux urgences, quand on a passé des jours et des nuits entières à l’hôpital, quand on s’est occupé d’un malade au domicile, quand on a assisté au dernier souffle de quelqu’un, ben quand-même, je pense qu’on voit les choses un peu différemment et que ça aide pour l’empathie.

Et puis surtout, avoir eu une mère chiantissime qui était la pire des patientes du monde, ça aide à être emphatique avec les patients pénibles ou non observants.

J’ai tellement essayé de comprendre ce qu’il pouvait y avoir dans sa tête pour expliquer ses mauvaises décisions et comportements pas toujours très aimables dirons-nous que je sais la complexité de l’être humain, en particulier face à la maladie.

Le patient qui se pointe un jour férié aux urgences pour un problème qui dure depuis des semaines, le patient qui ne prend pas un médicament qu’on lui a prescrit, le patient qui attend d’être dans le coma pour quitter sa maison, le patient qui refuse les gazs du sang en réa pour décompensation respiratoire et qui descend fumer en bas, celui qui n’arrêtera de fumer que quand il aura de l’oxygène à domicile, celui qui ne met pas sa VNI, celui qui insulte le personnel, même celui qui les insulte très fort, et puis ses proches aussi, celui qui s’en prend à ceux qui l’aident, celui qui fait le tour des médecins et des pharmacies pour avoir sa dose d’anxiolytiques, tous ces patients j’ai presque une tendresse particulière pour eux. Je cherche à comprendre ce qu’il y a derrière, et je sais que l’être humain est complexe et que derrière se cache peut-être une personne qui vaut la peine que l’on aille voir au delà.

Du coup, c’est pour ça que je suis un bisounours et que j’aime tout le monde, parce que je pense à ma mère qui était tellement compliquée comme patiente (et comme personne) et pourtant tellement quelqu’un de merveilleux.

Alors, voilà. Je parle finalement très peu de tout ce que j’ai vécu auprès de ma mère, je n’aime pas faire ma causette, je le fais déjà trop à mon goût. Mais aujourd’hui particulièrement, je pense à elle. La vie est tellement simple aujourd’hui mais elle n’est plus là. Mais ça me réconforte de me dire qu’elle est là avec moi dans chaque consultation, que je suis le médecin et la personne que je suis en partie grâce à elle et j’avais envie de parler d’elle…et des remerciements que je lui dois..

 

forever young

Money Money Money 2

J’ai déja parlé du tiers payant (money money money), avant que l’on ne parle du tiers payant généralisé. Comme c’était évidemment hyper intelligent , je vais remettre après ce que j’avais dit mais étant donné l’actualité, je voulais faire un petit point.

Pour résumer, mon avis personnel et qui n’engage que moi (et dont on se fiche surement)  c’est que je suis très favorable au tiers-payant que je pratique de manière quasi-systématique. C’est un point de vue idéologique d’une part et pratique d’autre part. Je suis convaincue et les études le montrent que le tiers-payant n’est pas inflationniste, et que la surconsommation de soins ne vient pas du patient mais du médecin et de son éducation des patients et je suis surtout convaincue que les patients ne sont pas moins respectueux s’ils ne payent pas, les miens sont très respectueux en tout cas . Je ne pense pas que le fait de payer change quelque chose.

Je pense également que le tiers-payant est réellement utile et même nécessaire pour beaucoup de patients pour qui le paiement est réellement un frein et entraine un retard de soins. Penser le contraire est être à en dehors de la réalité.

Par contre, je ne pense pas que le tiers-payant généralisé soit une bonne idée. Et la tournure que prennent les choses me rend triste et dépitée.

On part d’une situation où le tiers-payant est relativement peu pratiqué et on veut arriver au tiers-payant généralisé tout d’un coup! Mais pourquoi??

Tout le monde se rend bien compte qu’au niveau pratique, le tiers-payant sur la part de la mutuelle, ça va être le bordel total, et ça va surement pas marcher, être retardé plein de fois et même si ça marche, ça va être chiant.

Pourquoi aussi le rendre obligatoire? Obligatoire est le mot qu’il ne faut pas prononcer à des médecins libéraux. C’est juste pour braquer tout le monde et foutre le bordel? Alors certes, si on ne rend pas obligatoire, il risque d’être peu pratiqué mais je pense qu’il y a d’autres moyens que de rendre obligatoire pour promouvoir quelque chose. Et de plus je peux comprendre que tout le monde ne soit pas de mon avis et ne veuille pas se laisser imposer une pratique dans laquelle il ne se reconnait pas.

N’aurait-on pas pu dans un premier temps imaginer de promouvoir et d’étendre le tiers-payant sur la part obligatoire. Actuellement, il y a encore des caisses qui réprimandent les médecins qui le pratique. On aurait pu promouvoir largement le tiers-payant auprès des médecins et des patients, peut-être même rendre obligatoire aux médecins  le tiers-payant social, ou imaginer des primes ou que sais-je et puis éventuellement un jour le généraliser.

Et/Ou dans un premier temps, le limiter à la part obligatoire. Déjà ça aurait été déjà une grande étape. Honnêtement, en faisant le tiers-payant comme je le fais, il reste peu de situations où le paiement est vraiment un problème et dans ce cas, je ne fais pas payer la part de la mutuelle. Oui je préférerai que personne ne paye mais ça va être un casse-tête pas possible de jouer avec toutes les mutuelles et les avantages qui vont être obtenus (et qui existent vraiment) ne valent pas dans l’état actuel des choses le bordel que ça va être. Même moi,ça m’emmerde, c’est pour dire.

Et puis c’est se mettre à dos tous ceux (qu’ils aient raison ou tort) qui ne veulent pas du tiers-payant et je ne pense pas que ce soit judicieux .

Donc je suis triste parce que j’entend des choses qui me font mal, parce que je lis des phrases comme « ce sont les bénéficiaires de la CMU qui oublient le plus d’annuler des RDV » que je trouve aussi fausse que choquante, parce que tout le monde se lâche sur le sujet et que je sens que ça peut déborder vite, parce qu’on stigmatise des populations qui ne le méritent pas. C’est étonnant d’avoir si peu de considération pour les patients. Je suis dépitée de voir ce que certains de mes confrères pensent, même certains que j’apprécie. J’essaye de comprendre pourquoi le tiers payant fait peur et je me rend compte une fois de plus que mes idées sont minoritaires. Cela m’afflige et me rend triste comme souvent quand je regarde le monde qui m’entoure.

Et du coup, je suis déçue de cette mesure que je trouve contre-productive. Peut-être que dans quelques années, le tiers-payant sera en place et que tout roulera, et que je me dirais que finalement Marisol Touraine a eu raison et que la vie sera belle. Mais comme je n’y crois guère et que je ne vois sur ce sujet que des problèmes se profiler à l’horizon, je me dis que pour l’instant, au lieu de promouvoir le tiers-payant, cela donne l’effet contraire. Non seulement on ne parle que du tiers-payant et du coup on ne parle pas de tout le reste mais en plus on en parle en mal alors que LE TIERS-PAYANT C’EST TROP BIEN EN FAIT!!!!

ET LES BENEFICIAIRES DE LA CMU SONT AUSSI RESPECTUEUX QUE LES AUTRES!!!

Pour les courageux:voici ce que disais il y a un an :

Money,money,money

Cela fait longtemps que je voulais parler du tiers payant mais je sais que cela va surement faire débat.A plusieurs reprises et aujourd’hui encore, j’ai aperçu sur twitter des discussions sur le tiers payant. Du coup, voilà, j’ai eu envie d’en parler, plus exactement de reprendre un brouillon laissé à l’abandon (oui en même temps c’est pas un sujet hyper fun).Encore une fois, ces propos n’engagent que moi et je donne juste mon avis et mon ressenti sur ce sujet.

J’ai, dès mes premiers contacts avec la médecine générale connu le tiers payant et j’ai été étonnée en discutant avec des médecins ou des personnes de mon entourage de voir que cette pratique était finalement rare. Dans le 93, elle est beaucoup plus répandue qu’ailleurs même si tous les médecins du 93 ne la pratique pas. J’ai appris ensuite que la CPAM du 93 tolérait le tiers-payant  mais que ce n’était pas le cas d’autres caisses comme à Paris par exemple. Désormais, les textes font entrer la pratique du tiers-payant comme possible au niveau national « si la situation le justifie ».

D’abord: qu’est ce que le tiers-payant?

Le tiers-payant comme son nom l’indique est le fait que les honoraires soient réglés par une tierce personne.Cela revient à ne pas faire l’avance des frais.

Dans un acte médical ou infirmier ou examen complémentaire: il y a une part qui est prise en charge par la sécu qui est de 70% (la part obligatoire) et le reste, la part complémentaire qui est à la charge du patient ou le cas échéant réglée par la mutuelle.

Par exemple, sur les 23 euros de la consultation du médecin généraliste, il y a 16.10 de part obligatoire remboursée par la sécu (moins les 1 euro de franchise mais là c’est autre chose et ça devient compliqué) et 6.90 de part complémentaire.

Quand le malade est prise en charge à « 100% » (certaines maladies que l’on appelle affections longue durée,invalidité,infertilité, accident de travail,certaines consultations chez la femme enceinte et l’enfant), la part obligatoire remboursée par la sécu est donc de 23 euros pour une consultation de médecine générale (26 ou 28 pour les enfants,33 pour les visites etc)

Faire le tiers payant revient à ne pas faire l’avance des frais.

A la pharmacie ou pour certains examens complémentaires, en général se pratique le tiers-payant systématique (sauf pour ceux qui veulent pas les génériques ouhhh) et intégral:c’est à dire:le patient ne règle rien, la pharmacie ou le labo etc, sont remboursés par la sécu pour la part obligatoire et par les mutuelles pour la part complémentaire.

Chez le médecin, je ne sais pas pourquoi d’ailleurs, le tiers-payant intégral est très peu répandu, sauf conventions avec certaines mutuelles et dans ce cas c’est pareil, le patient ne règle rien, c’est le cas notamment dans beaucoup de centres de santé municipaux ou mutualistes.

Le tiers-payant est le plus souvent un tiers-payant sécu:c’est à dire le patient ne règle pas la part obligatoire (70%) qui est payée directement au médecin par la sécu, mais il règle la part complémentaire qui lui est le cas échéant remboursée ensuite par la mutuelle.

Quand il y a une prise en charge à 100%, le patient ne règle donc rien.

Quand ce n’est pas le cas, le patient règle ce qu’on appelle le ticket modérateur: 6.90E pour une consultation à 23E (7.80 et 8.40 pour les enfants)

Il est obligatoire (c’est peut-être un grand mot mais je crois bien que c’est le cas ou devrais je dire il est habituel?) pour le médecin de faire le tiers-payant au patient dans 3 cas me semble-t-il: accident de travail (sous réserve de présenter la feuille), CMU (dans ce cas la sécu prend en charge la part obligatoire et la part complémentaire) et dans le cadre du tiers-payant social je crois que ça s’appelle, c’est la sécu qui donne une attestation de droit au tiers-payant notamment 1 an après l’arrêt de la CMU ou dans le cadre de l’aide à la complémentaire santé)

Pour les autres cas, c’est au choix du médecin.

Il faut bien-sûr dans tous les cas présenter la carte vitale ou au moins son attestation (mais là,ça devient chiant parce qu’il faut remplir une feuille de soins papier et le remboursement est plus long)

Voilà, ça c’était la partie chiante (quoi que après c’est ptet guère mieux)

Ce que je fais moi

D’après mon SNIR, (relevé annuel de la sécu), j’ai un taux de tiers-payant de 86.7%.

Le taux national était de 36.4% en 2008 pour les généralistes de secteur 1 (bon j’ai pas de chiffres plus récents, j’ai tiré celui-là de ma thèse)

Bref, ça fait beaucoup.

D’abord, j’ai pas mal de CMU et d’Aides Médicales d’état.

Ensuite, je pratique le tiers-payant systématique.

A mes patients,aux patients à qui mes collègues ont l’habitude de le faire, à beaucoup de patients que je vois pour la première fois,selon leur âge, leurs habitudes avec leur médecin habituel, leur niveau de vie évalué grosso modo.

La question est plutôt: »A qui je ne le fais pas? »

Aux patients de mes collègues qui ne le font pas (notamment l’une d’elle le fait peu), ou aux miens mais qui n’étaient pas les miens avant et qui avaient l’habitude de tout payer,encore que je ne peux pas m’en empêcher quand je vois trois personnes de la même famille, à certains patients de passage occasionnel…et voilà.

Quand les patients sont à 100%, c’est pratique ils ne règlent rien et pour les autres, ils règlent les 6.90E et du coup,ils me donnent tous 10E et jsuis toujours en rade de pièces mais comme ça je gagne 10 centimes facilement à chaque fois car quand je leur propose mes 10 centimes en pièces rouges, ils me disent à tous les coups « Non gardez les »

Et comme je le disais plus haut: je connais plein de prises en charge à 100% cachées, pour faire payer les gens le moins possibles:invalidité,infertilité,et surtout maternité:

-pendant la grossesse, il y a 7 consultations prises en charge à 100% si je dis pas de bêtises, et à partir de 24 SA. Les femmes reçoivent un « guide de surveillance »

-pour les enfants:il y a 9 consultations « obligatoires » entre 0 et 2 ans puis 2 fois par an jusqu’à l’âge de 6 ans qui sont prises en charge à 100%.Là encore, les parents reçoivent un guide de surveillance et c’est noté dans les premières pages des dernières versions des carnets de santé.

Il faut cocher la case maternité et noter la date de début de grossesse ou la date de naissance pour les enfants et hop, c’est facile!

Du coup, pour tous les suivis d’enfants, les visites systématiques (dont j’ai parlé ici), les vaccinations, je ne fais pas payer. Si c’est une pathologie intercurrente, je fais payer (le ticket modérateur en général).

Pourquoi je fais ça?

Parce que je suis un bisounours pensez-vous?

Oui bien-sûr mais pas seulement.

Je fais ça:

-Parce que mes patients pour beaucoup d’entre eux ont des revenus très modestes et que même s’ils ont une mutuelle, avancer l’argent, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’une consultation pour plusieurs personnes de la famille, est un réel problème. On me demande souvent d’encaisser le chèque en début de mois, même lorsqu’il s’agit d’un chèque de 6.90 (dans ce cas jdis oui oui et je le déchire parce que de toute façon jdépose les chèques tous les 36 du mois alors ça serait trop compliqué de tomber au bon moment) Et d’ailleurs, de manière très occasionnelle quand je vois que les patients ont de réels problème d’argent, je laisse tomber les 6.90E.

Donc voilà,je fais ça parce que cela aide les gens qui ont des problèmes d’argent…

Mais pas que…

Même pour ceux qui n’ont pas de problèmes d’argent spécialement, je le fais parce que

-C’est pratique.

Oui c’est pratique pour les gens, même sans problème d’argent,c’est toujours mieux de pas payer que de payer (D’où la réponse quasi unanime à ma question habituelle: »Vous préférez payer 23E ou 6.90E? »). Moi-même, quand je vais chez le médecin, je paye en espèces parce que je sais qu’il fait le tiers-payant quand on paye en espèce.

Et c’est surtout pratique pour moi.

L’argent arrive direct sur mon compte en 48 heures.

Pour les cartes bleues,c’est pareil,ça arrive sur le compte,c’est cool.

Mais les espèces, je les mets dans mes poches (mais je les déclare aux impôts hein évidemment) et je les dépense…sans m’en rendre compte…

Et les chèques, c’est affreux, y’en a qui trainent partout, je fais les remises pas assez souvent, genre vraiment pas, du coup,c’est chiant, faut mettre l’ordre, les endosser, faut compter, recompter, rerecompter parce que ça tombe pas pareil,ça prend des plombes aller les déposer à ma banque qui est pas du tout sur mon chemin, la banque rappelle tout le temps parce que j’ai mal compté ou que y’a un chèque pas signé.Des fois je retrouve des enveloppes de chèques d’il y a 3 mois…Et les gens doivent pas comprendre et dès fois ça doit pas les arranger que j’encaisse leurs chèques un mois et demi après..en fin de mois…

Bref, les chèques,c’est chiant…le tiers-payant,c’est bien! Y’a tout le temps des sous qui arrivent sur mon compte, ça donne le moral!

Et puis, j’ai beau réfléchir, je vois pas l’interêt que la sécu paye les gens et que les gens me payent, non vraiment je vois pas, autant que la sécu me paye, ça évite de tourner en rond.

Et puis,c’est pratique, quand les gens ont pas de sous du tout,comme mon patient foutage de gueule, j’ai au moins 70%…

Et quand la famille débarque en septembre à 4 ou 5 pour leur certificat de sport ou pour des vaccinations avant un départ à l’étranger et que l’on fait 4 ou 5 vraies consultations, j’ai déjà eu des discussions à ce sujet, beaucoup ont des scrupules par exemple à faire payer 5 consultations et en font souvent payer une en moins, en faisant le tiers-payant aucun scrupules on fait payer 5 consultations sans avoir l’impression de devoir justifier les 118 euros.

Donc le tiers-payant, c’est pratique, vraiment!

Mais pas que…

Au delà de ça, il faut l’avouer je pense que j’ai quand-même un vrai problème avec l’argent…C’est difficile quand on arrive en libéral de faire entrer la question d’argent à la fin de la consultation. Cela fait entrer un nouveau paramètre en compte avec toutes les représentations que cela implique.C’est un sujet complexe qui pourrait à lui seul être un sujet à part entière mais en gros, je n’aime pas demander plein d’argent à un patient (genre 3 consults d’enfants à genre 75E, je suis physiquement incapable de les demander) .Pourquoi? parce que je sais que pour les gens c’est énorme, parce que je sais ce que c’est que de manquer d’argent, parce que je gagne bien ma vie et que peut-être une partie de moi en est gênée et culpabilise, parce que plus c’est cher, plus j’ai l’impression que je dois justifier par mes actes le prix de la consultation et que du coup même si ça n’a aucune pertinence, je me sens obligé par exemple de lever mes fesses et de prendre la tension, j’ai plus de mal à ne pas faire d’ordonnance à la fin de la consultation ou à dire devant une grippe d’homme « prenez du doliprane » notamment en garde « et ça fera 65.5 euros s’il vous plait » notamment à des gens ayant peu d’argent.Bref, je me sens plus à l’aise quand les gens ne payent pas ou peu, et même si ça mériterait une psychanalyse,et bien du coup,ça fait un argument de plus pour le tiers-payant…

Donc, le tiers-payant, ça m’arrange…

Mais pas que…

-En fait il faut l’avouer, d’un point de vue plus profond, par principe, je trouve que c’est bien. Je pense que la santé est un droit et qu’elle devrait être gratuite pour tout le monde (d’ailleurs, ça ferait des économies si on enlevait tous les frais de gestion, de paiement et de remboursements etc,ça serait plus simple, plus juste). Donc,ça ce sont mes idées à moi et je sais que je ne vais pas faire l’unanimité (ou alors contre moi) mais cela n’engage que moi et je ne vais pas m’étaler la dessus…

-Enfin, la raison principale si je fais le tiers-payant (et l’on remarquera que dans l’ensemble,c’est donc plus pour moi que pour les gens que je le fais), c’est, comme je l’ai expliqué plus tôt, pour gratter 10 centimes à chaque consult. Vous m’aviez pris pour un bisounours!!

Les objections que vous allez me faire, je vous vois venir

-On n’est pas bien remboursés.

Et ben si ..

Autre question?

Je développe peut-être…

Ben, si, c’est tout, on est remboursés systématiquement en 48h avec la carte vitale, plus longtemps, c’est vrai avec une feuille papier. En tout cas, en Seine-Saint-Denis, pour ne parler que de mon cas, on est parfaitement remboursés.

Et pis heureusement d’ailleurs parce que avec mes 86.7% de tiers-payant, je mangerais pas à ma faim sinon…

Vous allez me dire, s’il n’y a pas de médecin traitant déclaré, on est moins bien remboursé.C’est vrai,mais c’est rare, et puis en cochant la bonne case,c’est bon, et puis au pire, il suffit de le faire que pour les patients dont on est le médecin traitant.

-Il y a des impayés et à la fin de l’année, ça fait une sacré somme…

Pas moi…ou si peu…c’est pas grave

-Après, faut réclamer à la sécu, c’est épuisant…

Je sais pas, je fais pas…

-Il faut pointer les paiements pour vérifier que la sécu nous a payé, ça prend un temps fou…

Ou pas, je fais pas….

C’est sûr que si on a un caractère obsessionnel, ça va pas.

Mais comme c’est pas mon cas.

Alors, d’abord, les logiciels le font tous seuls

Et puis je l’ai fait au tout début, j’ai remarqué que tout était payé, j’ai arrêté de vérifier. Ma collègue a longtemps tout pointé (elle a arrêté aussi d’ailleurs je crois), le taux d’impayés était faible, ça vaut vraiment pas le coup de se prendre la tête… Et puis, si j’ai des impayés, je le sais pas alors ce n’est pas grave, le principal, même si j’ai un peu moins de sous,c’est que je suis heureuse non?

-Certaines caisses de sécu ne veulent pas.

C’est vrai, notamment à Paris je sais…Mais maintenant je crois que ça a changé, faudrait que je cherche les textes de lois mais j’ai pas le courage…

Et cela n’empêche pas le tiers-payant occasionnel (ou même systématique pour les rebelles)

Voilà, j’ai pas d’autres idées pour les objections pratiques mais je suis toute ouie.

Maintenant, l’objection suprême, éthique:

-IL FAUT QUE LES PATIENTS PAYENT POUR QU ILS SE RENDENT COMPTE DE LA VALEUR DES CHOSES!!!

Et bien, moi je ne pense pas. C’est juste mon opinion…

Je ne pense pas que le fait que les gens payent change leur mode de fonctionnement.

On dit que si les gens payaient plus cher, ils ne consulteraient pas pour rien, genre pour un rhume.

Je réponds:

Si quand les gens viennent pour un rhume,si le médecin, au lieu d’encaisser l’argent et de prescrire de la poudre à perlimpinpin, leur explique pourquoi il est inutile de consulter pour un rhume et se contente de prescrire du doliprane, les gens consulteront peut-être moins pour un rhume.

Deux cas de figure:ou la personne a vraiment un problème d’argent, et dans ce cas là, le fait de ne pas avancer les frais l’aide vraiment et évite un retard de soins parce que la personne ne vient pas pour des raisons financières, ou la personne n’a pas de soucis pour payer, a une mutuelle et s’en fiche de payer 23E, et si elle veut consulter pour un rhume, ce n’est pas ça qui l’arrêtera…

J’avais rencontrer un médecin secteur 2 pour ma thèse qui me disait ceci

« -Je pense que le fait de payer plus cher sélectionne positivement les patients et
que les patients qui ne payent pas sont plus exigeants et multiplient les consultations
inutiles.Ils sont plus exigeants, on leur doit .Ils payent pas mais on leur doit .-
Et ceux qui payent avec dépassement d’honoraires, ils n’ont pas cette attitude?
-Non, pas du tout. Ce sont des patients en général bien élevés .Parce
que quand les patients viennent en se disant je paye rien… y’a des patients viennent pour une boite de Doliprane ou un tube de Dexeryl .Le fait que les gens payent , qu’ils vous donnent un petit peu plus , d’abord vous avez l’impression qu’il faut en faire un petit peu plus et puis les gens ,comment dire ,viennent pas pour un rien , viennent moins pour un rien. Les gens ils viennent autant qu’ils veulent .On voit une mère qui vient parce que son enfant a le nez qui coule , elle vient chez le docteur ,elle fait la queue , bon chez moi elle attend moins , pourquoi , parce qu’il a le nez quicoule .Bon ben quand vous payez 30 euros ou même 22 euros et que vous les sortez , vous allez pas chez le médecin pour un nez qui coule -Vous ne vous sentez pas gêné quand ils payent 30 euros de leur donner seulement du Doliprane par exemple?-Non parce que c’est leur choix. Il y a des mamans qui ont une bonne mutuelle, elles vont venir trois fois dans le mois pour des rhinos,c’est toujours Pivalone et Maxilase et Doliprane mais elle a besoin d’être rassurée, elle s’en fout de payer 30 euros .-Ce n’est donc pas une question de CMU…
- …Si…enfin…,non…,voilà…,bon… il y a certaines personnes qui raisonnent un peu comme la CMU .Mais c’est beaucoup plus rare…. »
Si on veut éviter les consultations inutiles, il faut éduquer le patient, c’est tout. C’est le médecin qui est responsable de la prescription et de la consommation de soins, pas le patient.
On dit effectivement souvent que les patients avec la CMU (qu’est ce qu’ils prennent ceux-là) viennent pour rien et demandent beaucoup de dexeryl…
Alors oui ils demandent surement plus de dexeryl que les autres parce que les autres souvent ils achètent de la bonne crème de marque à la pharmacie, ensuite dans plein de cas c’est bien qu’ils s’hydratent la peau quand elle est sèche, les pieds quand ils sont diabétiques..Après, s’il juge non justifié le médecin n’a qu’à pas le prescrire ce dexeryl responsable du trou de la sécu (contrairement aux trafics sur les transports médicalisés, aux cures thermales ou aux nouveaux médicaments inutiles voire dangereux et hyper chers prônés par les labos, non c’est évident,c’est le dexeryl et les patients CMU qui sont responsables de tous les maux de la sécu) mais moi je me dis que quand bien même mon pauvre patient qui a vraiment mais vraiment une vie difficile et qui me demande du dexeryl alors qu’objectivement médicalement il en pas besoin, si c’est son seul plaisir de se mettre un peu de dexeryl hein….
Mais je m’égare…

On dit que les gens vont aux urgences parce qu’ils ne paient pas.

Je réponds donc: s’ils ne payaient pas non plus chez le médecin généraliste, ils n’iraient pas aux urgences…

Je pense surtout que c’est décaler le problème. C’est sûr qu’il faut que les gens se rendent comptent de la valeur des choses mais ce n’est pas le tiers-payant le problème. C’est un problème d’éducation à la santé, global, sur le système de soins, sur le parcours de soins, sur le coût des choses, qui est je pense assez propre à notre pays…

Il y a des gens pénibles partout, chez les patients bénéficiaires de la CMU, comme chez ceux qui sont aisés. On peut entendre tout autant « Je m’en fiche, je ne paye pas » que « je paye, j’y ai droit » ..

C’est à nous de leur expliquer les choses et de toute façon qu’ils s’en fichent parce qu’ils ne payent pas ou qu’ils y ait le droit parce qu’ils payent, c’est le médecin qui prescrit ou non.

Voilà, mes patients payent peu, souvent pas. Ce n’est pas pour ça qu’ils viennent tout le temps ou pour un rien (s’ils le font, c’est parce que je ne leur ai sans doute pas bien expliqué les choses), ce n’est pas pour autant qu’il y a la queue devant chez moi, ce n’est pas pour autant qu’ils sont exigeants ou pénibles (je vous l’ai déjà dit, mes patients sont adorables), mais c’est plus pratique, je me sens mieux comme ça et surtout, je sais que il y en aura moins (car il y en a quand-même, même pour 6.90E) qui ne viendront pas alors que c’était nécesaire parce qu’ils ne savent pas comment payer…

C’était mon avis bien-sûr, je sais bien que beaucoup ne seront pas d’accord (et encore je ne publie pas sur egora) et ça tombe bien chacun fait comme il veut.

Mais peut-être que quelques uns seront d’accord, que certains, patients ou médecins, ne savaient pas tout ça (comme moi quand j’étais jeune, notamment les consultations pour les enfants qui sont très méconnues) et que mes élucubrations nocturnes me sembleront moins soporifiques au réveil…qui sait ?

Pour en rajouter une couche:voici une étude de l’IRDES  « Le tiers-payant est-il inflationniste? »

Capture

et puis une autre

bref, le tiers-payant n’augmenterait pas la consommation de soins..on m’aurait menti

2 ans 10 mois

Au fait, c’est qui qui a eu cette idée à la con d’écrire un truc tous les 17 du mois?

Mois après mois, je ne sais vraiment plus quoi dire (comment ça, ça se voit?) et ai de plus en plus de réticence à raconter ma vie qui pourrait meubler facilement mais dont tout le monde se fout un peu.

Et puis quand je cherche ,à 23h quand on me rappelle (merci d’ailleurs ..ou pas…) qu’on est le 17, quelque chose d’intelligent à dire, j’ai du mal…

Et puis de toute façon, plus je dis des trucs cons, plus ça plait..

Mon dernier article, écrit à l’arrach en garde, et qui n’est quand-même pas le plus profond du monde a eu un nombre de vues totalement inhabituel…comme à l’époque l’article philosophique « je me coucherai moins bête et plus petite »

Le certifàlacondor j’en parle même pas …

Les histoires de sans papiers, ça par contre:-)

du coup ce soir j’ai rien à dire , encore du foutage de gueule hein opale mais je vous fait de gros bisous à tous !