Premier jour de fac

Jusqu’à maintenant, j’ai principalement écrit sur le présent, j’ai envie maintenant de raconter un peu des moments passés qui m’ont menés jusqu’ici.
J’ai conscience que cela risque d’être d’un intérêt minime et que je le fais plus pour moi, pour la postérité …
J’ai  toujours été un peu l’opposé du carpe diem, j’ai toujours eu le besoin d’écrire, filmer, prendre des photos pour me souvenir, ne pas oublier.
Je me suis calmée avec le caméscope  mais il y a quelques années mes films de vacances duraient des heures, aujourd’hui encore dès qu’il se passe quelque chose d’important, avant même de le vivre, je dégaine l’iPhone plus vite que mon ombre. Relire tout ce que j’ai pu écrire me permet de me souvenir de moments oubliés par ma mémoire défectueuse, capable de réciter mes poésies de primaire mais incapable de se rappeler de souvenirs pourtant récents…
Bref, avant de tout oublier complètement, j’ai décidé de raconter les moments clés de mes études de médecine  en commençant par le début: mon premier jour à la fac!

Je me souviens m’être dit: « Aujourd’hui, je rentre à l’université ». Je trouvais cela solennel et c’est avec la sensation émue de vivre un grand moment que j’ai marché dans la rue de l’école de médecine.
J’avais 17 ans, j’étais la première de la famille à aller en fac de médecine, j’allais à Paris, ce n’était pas rien.

Je n’ai, je le répète j’ai une mémoire complètement défectueuse, aucun vrai souvenir de cette journée. Je me souviens juste de mon état d’esprit de cette semaine là.

Par chance, j’avais fait une pré-rentrée dans un cours privé. J’avais travaillé la moitié de l’été pour me payer des cours l’autre moitié et le reste de l’année. Ces cours privés sont scandaleux mais j’étais trop motivée pour faire ma rebelle contre ce système injuste et discriminant et ne pas m’inscrire. J’étais boursière et mes parents ne pouvaient pas me les payer mais j’avais travailler deux étés et surtout j’ai eu la chance que l’amie d’enfance de ma mère travaille dans un de ces cours privés (un tout petit pas connu qui n’a pas du regretter puisque j’ai fait grimper leurs stats de réussite) et m’a eu des réductions.
On comprend déjà que j’étais à ce stade hyper motivée et que j’avais décidé de tout faire pour réussir et surtout ne pas regretter de n’avoir pas fait le maximum. J’étais prête à rentrer sans réfléchir plus que ça dans le système absurde de la P1. Pas de rébellion contre l’injustice, la stupidité, l’absurdité. J’avais laissé mon cerveau et mon esprit critique déjà peu développé à l’entrée et j’étais prête à faire tout ce qu’on me demandait : apprendre par cœur, apprendre le botin s’il le fallait, arrêter de vivre, bosser 14 heures par jour, disséquer des grenouilles, aller à la bibliothèque le dimanche, ne pas lire de bouquins pendant un an, ne pas avoir de vie sociale, faire la vaisselle en regardant les acides-aminés collés sur le mur, ne même pas imaginer prendre le temps d’aller aux toilettes sans emmener quelque chose à apprendre.
Bref, ce premier jour, je ne savais pas à quoi m’attendre mais j’étais déjà formatée…

Grâce à cette pré-rentrée, je connaissais déjà des gens, heureusement!

Si je dois quelque chose à ce cours privé, c’est les personnes que j’y ai rencontrées. Parmi elles, il y a trois de mes amies les plus chères.
L’une d’elle, en dépit du fait qu’elle n’ait pas continué médecine est l’une des plus belles choses qui me soient arrivées grâce à mes études : témoin à mon mariage, marraine de ma fille, la P1 nous a liées pour la vie. Deux autres de mes amies ont réussi le concours un an après moi et depuis nous avons traversé plus ou moins côtes à côtes toutes les étapes de la vie: études, vacances, mariage, thèse, enfants. L’une d’elle vient d’ailleurs d’accoucher et je l’embrasse très fort.

Ce jour là, je ne me doutais pas encore de tout ça, nous étions un petit groupe d’ une dizaine, et c’était providentiel pour moi qui suis timide et pas très sociable quand je ne connais pas les gens. J’aurai pu passer des mois sans parler à personne dans cet amphi de 500 personnes ( pour preuve ma deuxième année où j’ai mis beaucoup de temps à m’intégrer).  Heureusement, il y avait les Travaux Dirigés en petits groupes et j’avais donc ma copine de TD mais si ma P1 est un excellent souvenir, c’est grâce à l’ambiance créée dans ce petit groupe de mon cours privé.

J’ai toujours rêver d’un campus comme dans les feuilletons américains (et de leur remise de diplômes ): cette semaine là, je n’avais qu’une envie, qu’un réconfort: rentrer chez moi le soir, dans mon petit chez moi, voir ma maman, mon papa, mon chien. J’ai plaint mes copines qui avaient un appart à Paris ou étaient dans un foyer, j’étais tellement contente de prendre mon RER le soir et de retrouver ma vie.

J’avais peur, je me sentais petite, dépassée. Les doublants (espèce particulière qui, à l’opposé des petits primants innocents et stupides que nous étions, débutait sa deuxième première année, connaissait tout, prenait les meilleures places, avait la maîtrise de rites un peu tribaux genre sifflements et cris sauvages tels que « micros » ) me faisaient peur.
Dernière nous dans l’amphi Farabeuf: il y’ avait toujours la même fille exaspérante, une amie maintenant, qui avait mille longueurs d’avance sur nous et qui se plaignait sans cesse d’être en retard dans ses  révisions. Pendant que nous étions en train d’essayer laborieusement de prendre des notes sur le chapitre 2, en ne comprenant qu’un mot sur quatre, après avoir passé des heures la veille à essayer de comprendre le chapitre 1, elle racontait d’un air désespéré qu’elle n’avait pas eu le temps de finir le chapitre 1278.

Ce jour là, je suis rentrée pleine de solennité et d’espoir à la faculté de médecine, j’en suis ressortie avec l’envie de me mettre au fond de mon lit et de ne plus en bouger.

Cette angoisse et cette peur n’ont pas duré. J’ai  passé une année difficile mais qui reste un excellent souvenir: apprendre des choses, les heures à la bibli avec les copines, les pauses à la cafèt (courtes pauses bien sûr et planifiées à l’avance), ma salade tomate-fêta quotidienne de mon régime du mois de juin, les salades au poulet qui furent la seule nourriture de ma copine L. pendant deux ans, les cours privés le soir ou pendant les vacances. Je suis toujours restée un peu nostalgique finalement de cette émulation et de ce rythme de la P1, que je n’ai pas retrouvée par la suite parce que j’ai eu plutôt tendance à passer le reste de mes études à réviser dans mon lit.

Par contre, la certitude de très grande probabilité d’échec et de ne pas être à la hauteur ne pas quittée  jusqu’à la découverte en janvier de mon classement intermédiaire qui,  même s’il n’était pas classant, était meilleur que ce à quoi je m’attendais et m’a fait entrevoir pour la première fois la perspective de réussir la deuxième fois comme envisageable ….

Juste mon image du jour

Je n’ai pas le temps d’écrire un article en bonne et due forme, profond etc. Mais rapidement entre deux patients je vais juste vous faire partager mon image du jour!

Je n’ai pas pris de photo mais je garde cette image  dans ma tête, l’image de cette petite fille avec des tresses et des élastiques de toutes les couleurs, non seulement enroulés autour des tresses mais aussi des petits élastiques ronds entiers attachés comme des boules de noel de toutes les couleurs au bout des tresses, un grand sourire espiègle et des baskets avec des lacets roses et jaunes fluos.

J’étais depuis cinq bonnes minutes en train de discuter avec l’infirmière de l’âge possible de cette enfant. Elle vient d’arriver au foyer de l’ ASE. Selon  l’ordonnance de placement du juge, elle aurait 2 ans et 3 mois.  D’après une lettre d’un médecin de PMI, elle aurait trois ans. Quand on lui demande,elle dit qu’elle a 3 ans, mais peut-être que son anniversaire est passé inaperçu et que personne ne lui a dit qu’elle avait eu 4 ans. D’après sa taille et vue comment elle est dégourdie, je pense qu’elle en a 4 mais je ne suis pas sûre. Dans ce cas, le langage serait pauvre mais le français n’est pas sa langue maternelle, elle vient d’arriver en France.

Bref, après l’examen , j’en étais là de mes réflexions quand ce petit bout de chou avec des tresses de toutes les couleurs est allée sans qu’on lui demande mettre ses chaussures, a pris ses lacets rose et jaune fluos a fait un noeud et des boucles, s’est levée et est sortie de la pièce….

Pour ceux qui n’ont pas de notion, il n’est pas fréquent qu’un enfant de 4 ans fasse ses lacets tout seul, cela fait partie des acquisitions de grande section , vers 5-6 ans mais il n’est pas rare que ce soit plus tard non plus.

Je ne pense pas avoir le talent pour bien retranscrire cette image et mon ressenti à ce moment là mais tant pis, moi quand je me relirai plus tard, l’image de cette petite fille pleine de couleur et de vie me reviendra.

L’image de cette petite fille, d’âge indéterminé,avec ses tresses multicolores qui a transité d’Afrique en passant par le Brésil , qui se retrouve seule dans un foyer du 93, s’adaptant parfaitement et qui se met à faire ses lacets fluos, je la trouve extraordinaire!

Cent balles et un mars: ma version

J’espère que Dr Foulard ne m’en voudra pas d’avoir emprunté le titre de son dernier article. Il sait que j’adore son blog et que je me retrouve beaucoup dans ce qu’il écrit.

Pour le coup, j’ai plus de mal que lui à réclamer le règlement des consultations, c’est pour ça qu’en dépit du fait que je ne quitte jamais mes chaussettes, j’ai un peu du mal à renouveler mon stock et que je suis obligée ces temps-ci de mettre des collants rose fuschia. (je me rends bien compte que cette phrase semble n’avoir ni queue ni tête, c’est parce que Dr Foulard utilise sa paye pour acheter des chaussettes, enfin, bref je me comprends).

Donc!

Donc, je ne ferai pas l’énumération de toutes les situations où je donne cents balles et un mars à mes patients!

Attention, je ne suis pas complètement conne, et je ne me laisse pas faire: j’ai mes principes!

Je prendrai juste l’exemple de Mr M, 38 ans.

Je le connais depuis plusieurs années, c’était un patient de mes remplacés qui étonnamment m’a suivi dans mon cabinet!

Il travaille le matin jusqu’à 15h, je pense, donc il vient directement après chez le médecin!

Sans rendez-vous! Jamais!

Le matin, c’est sans rendez-vous, mais il travaille, et je crois, après réflexion, qu’il est pour des raisons obscures, incapable de prendre son téléphone et de prendre un RDV. C’est vrai qu’il parle un français incertain, je ne sais pas quelle langue il parle parce que c’est un mélange assez inaudible. Pourtant, il est d’origine malienne, en France depuis des années et tous les maliens de son foyer parlent correctement le français, je ne sais pas, peut-être un problème neuro sous-jacent en fait! Bref, je crois qu’il ne peut pas (ou qu’il se fout de ma gueule pensez-vous tout fort!). J’ai tout essayé, j’ai même écrit le numéro de téléphone dans son calepin!

Du coup, à chaque fois que je le vois, c’est la bataille, je m’énerve, lui fait la leçon, lui dit que non je ne le prends pas cette fois-ci, qu’il se moque de moi… je ferme la porte…et je la rouvre et lui dis: « Bon, je vais vous prendre mais c’est la dernière fois!! »

Pourquoi? Cela m’est arrivé une ou deux fois de le refuser quand j’avais beaucoup de monde mais il réussi le tour de force de toujours, à chaque fois, venir au moment où il n’y a personne dans ma salle d’attente, il vient alors qu’on m’a posé un lapin et que je suis bien à l’heure. C’est quand-même plus difficile de refuser quelqu’un dans une salle d’attente vide!

Les principes? Oui mais il n’est pas méchant, il n’a pas la vie facile, et on ne sait jamais il a peut-être vraiment la maladie du « je suis incapable de prendre RDV  » Dans le doute..

Bien-sûr, il ne faut pas faire ça avec tous les patients mais lui de toute façon, je ne le changerai pas…c’est presque amusant finalement.

Ensuite, encore plus drôle, à la fin de la consultation, il ne me paye jamais, non jamais!

Il a payé une fois ma collègue qui l’a forcé à revenir le lendemain. Pourtant, je lui fais le tiers-payant, il est remboursé par sa mutuelle des 6.90 euros qu’il ne paye pas. Pourtant, j’ai tout essayé, y’a rien à faire, il ne paye pas, il raconte des histoires toutes plus acadabrantesques les unes que les autres, c’est son frère qui prend tout son argent etc

Maintenant, je lui fais une facture pour son frère: 7 consultations (depuis que je suis installée, avant tant pis) x 6.90  et à chaque fois je rajoute …

Dans le dossier, j’ai écrit des dizaines de fois: vient sans RDV et ne paye pas …comme d’hab!

Je sais qu’il profite un peu de moi, je sais qu’il faut des limites, mais je ne suis pas sûre quoi qu’il arrive, même avec quelqu’un d’autre qu’il soit capable de se plier à ces limites, il faut parfois savoir s’adapter et au moins cela lui permet d’être soigné.

Mr M. est ma bonne action.

Et à la fin de la consultation, je fais la méchante pas contente du tout!

Et je lui propose un chocolat….

 

5 mois

Mince, je viens de me rendre compte que nous sommes le 17 du mois!

D’abord, je me dis, chouette, dans un mois, je vais voir Mamma Mia avec la boutonnologue!

Et ensuite, mince, comme je ne peux pas, même si je le voulais, c’est plus fort que moi, déroger aux traditions même si je les ai moi-même instaurées, il faut que j’écrive l’article mensuel sur mon blog!

Oui, c’est comme ça, c’est comme des Tocs, il y a des choses contre lesquelles on ne peut pas lutter, les célébrations, je l’ai déjà expliqué, en font partie mais il y a en a d’autres, beaucoup d’autres malheureusement!

Mais bon, il n’y a pas de fatalité dans la vie, et il y a toujours une possibilité de lutter contre une partie de soi que l’on doit parce que parfois il le faut, faire taire. C’est ma mission pour 2012.

Hier soir, j’ai réussi un exploit: tous les jours, je passe à un endroit où il y a un panneau stop inutile parce que la route qu’il croise est en sens interdit donc personne ne peut en venir, bref, tous les gens que je connais le grillent, et bien moi ça fait des milliers de fois que j’y passe et je m’arrête! Et bien, hier soir, bon d’accord il faisait nuit et bon d’accord il n’y avait personne, j’ai grillé le stop! Je suis fière de moi!

Symboliquement, cela veut dire, que même si parfois j’ai l’impression de me trahir moi-même, on peut changer ce que l’on est !

Mais j’ai fait trop de compromission avec moi-même pour renoncer à ma célébration mensuelle, donc je me trouve obligée d’écrire cet article alors que je n’ai clairement, tout le monde l’a sûrement remarqué, rien mais absolument rien à dire!

Et le pire, c’est que le nombre de visiteurs augmentant, avec des gens sérieux et tout et tout, il va y avoir plusieurs milliers de  personnes qui vont lire mes élucubrations et mon histoire sur le stop! Et bien, non, cela ne m’arrête même pas!

Aujourd’hui, ce n’est l’anniversaire, la mort ou la fête de personne, pas de message personnel!

Bref, ça fait 5 mois!

 

Permis de tuer

En dehors du fait que si l’on y réflechit bien, on a quand-même un peu la vie des gens entre nos mains, quand on devient médecin, on acquiert entre autres responsabilités celle de la prescription.

On nous donne un ordonnancier à notre nom, grande fierté, au début, on a en envie d’encadrer sa première ordonnance ( ma mère a encadré un dessin de ma fille fait sur une de mes premières ordonnances) et puis après, on s’en sert pour écrire tout et n’importe quoi parce qu’il y a toujours un bloc qui traine: la liste des courses, un petit mot d’amour avec PS:n’oublie pas de vider le lave-vaisselle, des cartes d’anniversaire…

Mais quand on y réflechit bien ( heureusement, ce n’est pas mon truc habituellement de réflechir aux choses profondes de la vie ), ça donne quand même des sueurs froides! On a le plein pouvoir d’écrire ce qu’on veut sur cette ordonnance et il n’y a presque personne qui nous surveille. Si je pête un câble là tout de suite, il me suffit d’écrire quelque chose sur mon bloc à tout faire et demain, la personne serait morte! (Ouh comme c’est tentant parfois). Mais non rassurez-vous, quand j’étais en sixième année de médecine, un médecin hospitalier que je ne connaissais pas a fait un certificat disant que j’étais apte psychologiquement à exercer la médecine ( lire à ce sujet ce qu’en a dit Jaddo ici )  Ouf! Je ne pêterai donc pas de cable!

Mais, il me reste quand-même la possibilité d’écrire avec une bonne intention quelque chose sur mon ordonnance et que cela mène à la mort de quelqu’un, pas forcément demain… mais aussi dans des décénnies! Ouille, encore plus flippant!

Heureusement encore une fois que je ne réféchis pas aux choses profondes de la vie, aux responsabilités et tout, et d’ailleurs je ne suis pas la seule! J’ai des sueurs froides dès fois quand je lis les ordonnances de mes confrères ou quand je fais des FMC.

Il faut un peu de temps et d’expériences je pense pour prendre conscience du fait que chaque médicament a des potentiels effets secondaires.Il faut voir ou expérimenter soi-même les effets secondaires des traitements. J’ai la grande chance d’avoir les effets secondaires même les plus tordus de tous les traitements que je prends et je me suis rendue compte que j’avais changé ma prescription après avoir expérimenté moi-même certains médicaments. J’essaye même de limiter mes prescriptions d’ibuprofène (mon externe doit se dire « ben qu’est ce que ça devait être ») depuis mon « ulcère », en tout cas j’en prends plus tous les jours comme avant.

Je sais que je prescris trop et trop mal mais c’est difficile d’atteindre la sagesse de la décroissance de Borée. Je résiste encore, je pense toujours que le rhinofluimucil débouche le nez, que l’ibuprofène ça soulage et que ce n’est pas dramatique de prescrire un sirop pour la toux ( et mince alors mais jusqu’ici je prescivais sans interrogation particulière de l’exacyl). Je pense encore parfois que Prescrire est un peu excessif mais je fais des efforts au quotidien pour prescrire moins: moins de choses inutiles, moins de traitements avec des effets secondaires, moins tout court! Mais, même si je sais que j’ai des progrès à faire sur ce point, je sais que ce n’est pas très grave.

Ce qui m’inquiète le plus et surtout ce qui me donne le plus d’interrogation en ce moment: ce sont les nouveaux médicaments, le manque de recul! Pour moi , c’est un vrai souci. Après le scandale du médiator, les médicaments retirés du marché, je suis perdue!

Je ne sais pas à qui me fier. J’écoutais jusqu’ici bêtement les recommandations officielles, me reposant sur le principe naif que des gens compétents avaient réfléchi à la question et fait la part des choses et qu’il suffisait d’appliquer .

Force est de constater que les autorités compétentes ne sont pas dénuées de conflits d’intérêts.

Entre la thèse de Louis-Adrien Delarue, les informations pertinentes de Dominique Dupagne sur Atoute, les synthèses de qualité du Dr du 16 ( comme par exemple cet article sur le vaccin sur la méningite C qui m’a beaucoup contrariée moi qui suis pro-vaccin à fond ), je regrette le temps jadis pas du tout lointain où je ne connaissais pas la blogosphère médicale et où je vivais dans l’obscurantisme .

Moi qui n’aie jamais aimé les lectures critiques d’article, qui n’aime pas réfléchir longtemps, qui aie un esprit critique peu développé, je voudrais simplement qu’il y ait quelqu’un qui réfléchisse pour moi et qui me dise quoi prescrire. Quelqu’un en qui je pourrais avoir toute confiance et qui serait indépendant et dénué de conflit d’intérêt.

Et oui, je ne suis pas une lectrice émérite et ils m’énervent parfois mais heureusement que La Revue Prescrire existe.

Maintenant au quotidien j’ai peur, j’ai peur qu’un jour on me reproche d’avoir prescrit un médicament qui bien qu’ayant l’AMM et étant recommandé par l’HAS aura tué des gens. Je me sens seule et je ne sais pas à qui me référer.

Mon problème concret actuellement, ce sont les nouveaux traitements du diabète.

Mon dernier stage d’interne était en diabétologie il y a cinq ans. J’étais contente, je me suis dit que si il y a au moins un sujet que je maitriserai, ce serait le diabète. Or, en cinq ans, une classe entière d’antidiabétiques oraux à été retirée du marché parce qu’on s’est aperçu qu’il y avait des effets secondaires graves, de nouveaux médicaments sont arrivés sur le marché et tout le monde semble les prescrire sans plus d’états d’âmes que ça!

Je ne connaissais pas bien cette nouvelle classe médicamenteuse que sont les incrétines et l’afflux de tous nouveaux noms de médicaments. Comme je ne reçois pas les labos, j’étais un peu dépassée, j’ai demandé l’avis de mes anciennes chefs diabéto qui sont des médecins que j’estime et des consultations desquelles tous les patients ressortent sous januvia ou Byetta. J’ai lu prescrire. J’ai fait une FMC le mois dernier qui m’a mis les idées au clair sur les différentes molécules, leur mode de fonctionnement, leurs indications éventuelles, les études etc …Et bien, je suis toujours aussi perdue!

Les études ont prouvées une baisse de la glycémie avec ces médicaments, mais aucune étude à ce jour n’a prouvé une baisse de la morbi-mortalité. Les études devraient arrivées en 2014. Il n’y a en outre pas de recul et rien de permet de dire qu’il n’y aura pas d’effets secondaires à moyen ou long terme.

Donc, après le scandale du médiator et après le retrait des glitazones, la conclusion s’impose d’elle même! Personnellement, je ne me sens pas du tout de prescrire ces nouveaux médicaments pour le moment.

D’autant plus que la promotion de certains qui est pourtant une injection comme l’insuline se fait sur le fait que cela fait perdre du poids ….inquiétant …

Oui, mais…

– D’abord, cela ne semble gêner que moi!

Les diabétologues ont semble-t-il tous adopté ces nouveaux traitements.

Les généralistes un peu moins mais je pense que pour la plupart c’est plutôt par méconnaissance. Lors de la FMC, une fois que l’expert a fait son topo, presque tout le monde a prescrit ces nouvelles molécules lors des cas cliniques. J’ai fait ma rebelle et pourtant ce n’est pas du tout mon genre. Je n’ai pas arrêté de poser des questions embarrassantes. L’expert était pourtant mesuré et a bien dit qu’il fallait privilégier les molécules anciennes et ayant fait leur preuve et a surtout fait la promotion de la metformine mais à la fin, il nous a présenté la conférence de consensus de 2007 en remplaçant tout simplement les glitazones par les incrétines, ben oui pourquoi pas?

Timidement, je demande: » Excusez-moi, mais dans votre tableau, ce sont les recommandations officielles ou c’est niveau de preuve vous-même ? »

Et quand l’animateur demande si on veut que l’expert donne plus de niveaux de preuve et qu’un participant répond « Non moi tout ce qui m’intéresse c’est son expérience personnelle », je m’inquiète …

– Ensuite, qu’est ce que je fais de mes patients, ceux qui ont un diabète totalement déséquilibré, qui refusent catégoriquement l’insuline et qui ont une hémoglobine glyquée toute pourrie à 9, 10, 11%. Parce que en pratique, c’est ça. S’ils ne veulent pas faire d’injections d’insuline, je ne peux pas leur faire de force. Si je parviens à les envoyer chez le diabétologue, ils ressortiront de toute façon avec ces nouveaux médicaments et dans ce cas là, qu’est ce que je fais? Je renouvelle hypocritement, je refuse…Ceux qui ne vont même pas chez le diabéto, n’est-ce quand-même pas un moindre mal de leur prescrire ce médicament même sans le recul qu’il faudrait que de laisser les complications du diabète s’installer.

Ce n’est pas si simple, ce n’est pas tout blanc ou tout noir..

Et à mon grand désarroi, il n’y a rien de vraiment tangible à quoi se rattacher et en fin de compte, je suis seule devant mon ordonnancier, le stylo à la main …

Grosse pression, grosse responsabilité…Heureusement que la plupart du temps, je ne réfléchis pas :-)

Des enfants parmi d’autres

Il a 8 ans, je le vois pour un certificat de hand-ball. Tout va bien. Je lui demande si vraiment il n’a rien à signaler. Il me dit qu’il a un peu mal au coude depuis une chute pendant les vacances de la toussaint. Effectivement, en y regardant bien: le coude est très gonflé…

Elle a 10 ans, elle veut faire de la danse orientale. Le dossier est rempli de problèmes plutôt lourds mais aujourd’hui, elle ne se plaint de rien.

Il a 7 ans, des dents dans un état catastrophique, mais il est mignon comme tout. Il a également besoin d’un certificat du sport. Il a un retard de langage important pour lequel un bilan est en cours. Depuis trois mois, la recherche d’un orthophoniste est vaine. Un énorme merci à celle qui a accepté de le prendre en charge.

Sa soeur de 10 ans veut également faire de la danse orientale. Elle va bien mais à l’air contrariée d’être là.

Je vois trois frères et soeur entre 5 et 7 ans. Les deux frères sont des copies l’un de l’autre. Ils passent leur temps à se taper dessus parait-il. La petite fille a un abcès dentaire en cours de traitement, elle ne se plaint pas. « J’ai peur » me dit-elle à chaque fois que je fais un geste de l’examen. Son coeur bat la chamade, j’entends à peine le petit souffle tellement il bat fort. Chez son grand frère, je découvre également un souffle au coeur. Deux sur trois: bon rendement…

Il a 8 ans, il veut faire du karaté.Il a un sourire craquant mais ne comprend pas tout ce que je lui dis, il n’est en France que depuis quelques mois.

Il a 12 ans, vient car il a une bosse sur le genou. Il est très gentil, son traitement neuroleptique est bien équilibré. Il serait tombé mais malheureusement je pense qu’il s’agit plutôt d’une inflammation du cartilage de croissance qui impose une contre indication au sport chez ce jeune footballeur …

Il a 14 ans, visite de contrôle, tout va bien, je n’ai pas vraiment réussi à établir un contact mais bon.

Elle a 7 ans, elle ne parle pas, l’examen fait de manière systématique est normal. Des larmes silencieuses coulent le long de sa joue.

Consultations banales, des enfants mignons, des pathologies variées, des enfants parmi d’autres…

Mais ces enfants ont vécues des histoires dramatiques, ont vécu pour beaucoup leur courte de vie dans un climat de violence, le papa de l’un d’entre eux a tué sa maman, un autre a été placé par sa maman malade qui ne pouvait plus s’occuper de lui, pour beaucoup, ils sont placés à l’abri de leurs parents qui n’ont pas le droit de visite, chaque histoire est différente mais triste…

Ceux-là sont ceux que j’ai vu aujourd’hui lors de ma première vacation en tant que nouveau médecin d’un foyer de l’aide sociale à l’enfance.

Je vais en voir beaucoup d’autres, j’espère que je vais leur apporter autant que ce que moi je vais je suis sûre en retirer…

Les enfants et leurs sourires, leur résilience sont toujours pour nous une leçon de vie.

Je sais que cette nouvelle expérience va être très enrichissante…

L’origine de la chauderie hémicorporelle gauche

« Bonjour docteur, quand je suis venu il y a deux jours, j’ai oublié de vous parler de quelque chose. J’ai une douleur depuis longtemps

(ce qui est très vague dans l’échelle de la Mesure de Temps Aléatoire Populaire Commune Unifiée (1), mais qui d’après mon dossier informatique date d’au moins 6 ans, en tout cas depuis que le patient consulte dans le cabinet ),

au niveau du ventre à gauche, qui revient fort parfois et ça monte au coeur, à tout le côté gauche, j’ai la narine gauche bouchée, et je me gratte partout le côté gauche.

Ca vient du ventre, ça monte et c’est ça qui détraque tout le côté gauche!

(Oh! Mais ne serait-ce pas une authentique chauderie hémicorporelle gauche? Mince, mon externe était là ce matin, j’aurai aimé qu’il voit ça! La sémiologie est magnifique et la description n’est pas retranscrite ici à sa juste valeur de précision!)

Et je me gratte tout le côté gauche!

(Et alors là, c’est magnifique à regarder, chez ce patient qui a certes un prurit  c’est à dire qui se gratte tout le temps depuis des années, je ne sais pas pourquoi, l’examen est magnifique: des lésions de grattage sur tout le bras gauche et sur toute la moitié gauche du dos)

Mais je sais pourquoi docteur!!

(Ah bien ça tombe bien parce que pas moi!)

Moi, je comprends!!

(Alors,attention, en exclusivité nationale voire même mondiale: voici l’explication de la chauderie hémicorporelle gauche:)

Il y a longtemps,quand je travaillais, il y avait des produits toxiques, j’ai été intoxiqué par du ksjdkschlorekjk

( du quoi? )

 du mlkmlkchlorekjjk

( et mince voilà, j’ai rien compris au mot, on ne saura donc jamais l’origine de la chauderie hémicorporelle gauche…c’était un produit toxique à base de chlore donc).

et j’ai attrapé un parasite dans le ventre à gauche et c’est ça qui provoque tout ça! Parfois ça revient…

( euh et c’était quoi comme parasite? )

Je ne sais pas, j’ai été soigné à Bicêtre, ils m’avaient donné un traitement, cela m’a guéri pendant plus de 20 ans. Mais je ne sais pas ce que c’était. I

ll faut que vous me soigniez Docteur, et que vous me fassiez une radio, une échographie, que vous me donniez du clamoxyl parce que j’ai aussi la bronchite et le débridat ça marche pas et la boite bleue, ça ne m’empêche pas de me gratter, au contraire quand je l’arrête, je ne me gratte plus, et la dentiste ne veut pas me prendre à 100%, donc il me faut du clamoxyl pour les dents, et mon genou est toujours gonflé mais je ne vous en parle pas, je sais que vous ne pouvez rien faire.

( …. pfff….au total pas de clamoxyl et pas de miracle non plus: je suis totalement incompétente pour soigner la chauderie hémicorporelle gauche…

mais si vous voulez la clé du mystère, appelez Bicêtre et demandez comment ils ont soignés Mr B. en 1973!!)

 

 

(1) Mesure de Temps Aléatoire Populaire Commune Unifiée :

Ce matin < Hier < Quelques jours < pas longtemps < un petit moment < oh, un moment < un bon moment < longtemps < Ouhlalalala < très longtemps < depuis TOUJOURS !

(2) Pour ceux qui ne connaissaient pas cette entité, elle a été brillament décrite ici et j’en ai déjà parlé ici.

(3) N’oubliez pas de lire les commentaires, la plus grande boutonnologue du 93 et même de France nous donne la vraie explication! Et NB: notalgie est un vrai mot!

 

L’homme qui murmurait à l’oreille des enfants

J’ai déjà raconté ici comment mon médecin savait parler aux enfants.

Je l’avais remarqué en stage, et je l’ai vu parler à ma fille. Je suis venue en consultation deux fois ( j’aurai bien voulu venir une troisième fois mais il exagère, il n’a pas voulu me recevoir en urgence la veille de Noël ) parce qu’elle avait des problèmes de comportement. Il lui a parlé et elle est devenue sage, enfin un moment ….

Depuis que j’ai observé, ébahie, le spectacle quasi magique se déroulant devant moi, j’essaie de suivre cette voie…

J’ai essayé une première fois, puis une deuxième et une troisième et devant le peu de réception de la part des enfants en face de moi, je me suis dit que n’était pas chuchoteur qui veut…

Il y a d’abord eu la maman de M. 4 ans. Elle est venue me voir seule, épuisée, me racontant qu’il faisait des colères atroces, qu’il tapait, qu’il insultait etc… Ce discours à forcément entrainé une empathie en moi vu que j’ai la même à la maison des fois. La première difficulté était donc de ne pas ramener à ma situation personnelle, de ne pas dire justement « j’ai la même à la maison » et d’entamer une discussion de « copines ». Il est difficile parfois de garder sa place de médecin et je ne le fais pas toujours. Il est d’ailleurs possible que j’aie parlé de ma fille et peut-être même que ça a aidé, l’expérience personnelle et l’improvisation  est une grande source d’aide face aux lacunes de notre formation, il faut juste savoir l’utiliser avec mesure. En l’occurrence, cela m’a aidé à comprendre la situation, à savoir que ce n’est pas que la faute des parents (hein!), à avoir des idées sur ce que je pouvais répondre…

La maman a comme c’est souvent le cas, formuler sa demande de la sorte: « Je pense qu’il faut qu’on l’envoie voir un pédopsychiatre ».

Je lui ai proposé si elle le souhaitait de venir me voir lors d’une consultation dédiée, en prévenant M. de la raison de sa venue, sans bien entendu présenter cela comme une punition. Et j’ai parlé…il n’a pas voulu m’adresser la parole, il m’a tourné le dos avec un sourire moqueur mais j’ai parlé…toute seule, un bon moment…

Je lui ai parlé comme à un adulte en lui disant que je savais qu’il comprenait ce que je disais, je me suis mise à sa hauteur, je lui ai dit qu’il avait le droit de ne pas être content des fois mais qu’il y avait des choses qu’il n’avait pas le droit de faire , qu’il avait le droit de donner son avis mais que c’était papa et maman qui commandaient, plein de choses, pas de menaces ni de culpabilisation, juste de l’information …

Je me suis inspirée de la consultation de mon médecin avec ma fille, et je me suis dit que c’était pas gagné, mais que peut-être un jour j’y arriverai et que au moins il avait entendu…

Peu de temps après, la maman de M. 5 ans est venu me voir parce qu’il vomissait tous les matins…En creusant un peu, on est arrivé à la constatation que c’était seulement les jours d’école, que d’ailleurs depuis quelque temps il pleurait devant l’école pour ne pas y aller et que la maîtresse avait noté qu’il y avait un souci avec un camarade je crois…Ok! Bon le diagnostic est fait, ce n’est pas le lait, il va bien, ce sera 26 euros et voyez avec l’école ou un  pédopsy ou votre belle mère ou votre coiffeuse, ce que vous voulez….Parce que moi c’est pas ma compétence…bon d’accord, je vais essayer: parlons un peu tous les deux…non je parle toute seule alors, j’ai l’habitude… Je sais plus trop ce que j’ai dit, du genre: »tu sais,des fois, il y a des choses qui ne se passent pas comme on veut, ça peut même donner mal au ventre, mais tu peux en parler à ton papa et ta maman ou à moi ( la bonne blague), tu seras écouté et aidé etc… »

Il y a aussi E. 4 ans ( oui, ils ont toujours 4-5 ans ces petits là) qui souvent se comporte mal pendant la consultation, même si ce n’est pas pour lui…Je lui fait à chaque fois mon petit numéro …

Mais je me disais vraiment que ça ne marchait pas avec moi,que je ne serai jamais le grand P. Docteur …

Quelques semaines plus tard: M. 4 ans, le premier, celui dont la famille était épuisée par des colères quotidiennes, est venu pour une virose…Je demande innocemment…

« Et comment ça va M. à la maison? »

« Ah docteur! Depuis la consultation de la dernière fois, il a totalement arreté ses crises et tout va très bien… »

…..

Elle dit ça pour me faire plaisir, hein, ou pour que j’arrête de lui prendre la tête  avec ça et que je me contente de faire mon travail et de soigner sa rhino…

Je l’ai revu plusieurs fois M. et il va bien, et surtout je ne manque pas de le féliciter….

Quand j’ai revu M. 5 ans et que j’ai pris des nouvelles de ses vomissements, la maman m’a répondu :

« Depuis le jour où on est venu, il n’y a plus eu de souci »

C’est la caméra cachée?

Bon, ça marche pas à tous les coups, E. tape toujours ses parents devant moi en consult mais ils ne sont pas encore venu pour une consultation dédiée et il paraît que la dernière fois, il a répété à sa grande sœur tout ce que je lui avais dit, et qu’il etait interdit de taper, et juste après il l’a tapée….

Donc, les enfants ne me parlent pas, mais ils m’entendent….

J’ai essayé avec un ado aussi, j’ai pas de retour pour l’instant…

Forte de ce succès miraculeux, hier je me suis fixée une nouvelle mission, je ne sais pas ce qui m’a pris d’ailleurs…

K. 2 ans est venu pour toux. Ce sont des patients de ma collègue mais je l’ai vu plusieurs fois. Dès qu’il me voit il pleure…Je regarde le dossier, la dernière fois, j’ai noté: Hurle!!!! Oui, je m’en souviens maintenant…Je demande, il hurle aussi avec ma collègue, ça va alors…

Et là, je ne sais pas pourquoi, j’ai décidé qu’il ne pleurerait pas aujourd’hui, j’en ferai une affaire personnelle, c’est l’avant dernier patient, je prendrai le temps qu’il faudra mais il ne pleurera pas…

Je l’ai laissé près de sa maman et des jouets, on a parlé, je l’ai fait rire, j’ai écouté le cœur du mouton, de la vache, de la poule, du cheval, du chien, de maman et de K? Non bon alors du mouton, de la vache et de K? Oui! Auscultation avec le tee shirt pour aujourd’hui mais c’est pas grave, on entend quand même…Avec le renfort des petits jouets de médecins en bois,K. m’a aidé à soigner les animaux et puis ensuite, j’ai regardé les oreilles de la poule, du mouton, de la vache, et elle fait comment la vache,de maman, de K. non toujours pas…. Les oreilles du mouton sont bleues et celles de K. sont quelle couleur? Bon, ça a pris du temps, on a pesé les animaux, un par un, j’avoue il a ouvert la bouche tellement peu de temps qu’en fait j’ai rien vu (mais il l’a ouverte!), il a voulu emmener ses copains les animaux en partant mais il a fini par les rendre….Sans pleurer!!

Ça a pris du temps et de l’énergie, je ne ferai pas ça tous les jours (enfin je le fais mais pas à ce point), ça avait peut-être pas tant d’importance que ça au fond mais moi j’étais fière de moi…

Bref, j’apprendrai peut-être avec le temps à murmurer de mieux en mieux à l’oreille des enfants…

Merci à celui qui m’a montré la voie.

Rien de magique en fait…

Il faut parler aux enfants (et aux parents bien entendu)

Les enfants ont juste besoin qu’on murmure à leur oreille…

 

 

 

 

 

 

Bon ben bonne année…

Non, ce serait trop facile d’écrire un billet juste pour souhaiter bonne année à tout le monde et éviter ainsi d’avoir à le souhaiter personnellement à chaque personne… Et tant pis pour ceux qui ne lisent pas mon blog (et il y en a !),ils ne méritent pas de passer une bonne année de toute façon… Et puis, en vrai, ça veut  pas dire grand chose cette histoire de bonne année, comme si souhaiter une bonne année ou quoi que soit d’autre à quelqu’un pouvait avoir une quelconque influence…à la limite il fallait le demander au Père Noèl la semaine dernière .

Bref, je n’aurais pas osé utiliser ce blog censé être un blog sérieux et professionnel pour faire mes sales petites affaires de souhaitage de bonne année. Mais ce soir, j’avais décidé:pas d’internet, pas de twitter, pas de téléphone (sauf urgences et bien sûr urgences il y a eu), j’ai conscience de mon addiction, et je voulais me recentrer sur ce qui est important et j ‘ai passé un excellent réveillon avec ma fille et mon mari, juste the    three of us et à une ou deux choses prêt, c’était parfait! Moi qui d’habitude ai le téléphone collé sur l’oreille à minuit et pendant des heures (jusqu’au 31 décembre suivant même,) j’attend demain pour souhaiter cette fameuse bonne année et répondre aux messages que j’ai reçu ( parce que j’ai regardé quand-même et Ils m’ont fait plaisir, faudrait même pour ceux qui ne l’ont pas encore fait me la souhaiter cette bonne année parce qu’on ne sait jamais sur un malentendu ça peut marcher …) .

Tout ça pour dire, que sevrage de communication toute la soirée, ça plus le fait que ma psy est en vacances et que en période de fêtes, on peut pas trop appeler toutes les cinq minutes les meilleures amies à qui on peut parler de ses petits soucis pendant des heures parce que y a rien à faire on a beau se soigner, on reste toujours aussi logorrhéique sur certains sujets, bref, il est deux heures du mat, et j’ai envie d’écrire:la preuve que en 2012 ma maladie n’est pas guérie, j’ai toujours ce besoin impérieux d’écrire parfois. En 2011, j’ai fait une belle poussée, j’ai écrit beaucoup … des mails, et puis il a fallu que j’arrête, on peut décemment pas inonder éternellement les pauvres gens de mails, je n’ai pas essayé comme on me l’a conseillé des lettres accrochées à des ballons remplis d’hélium mais c’est une très bonne idée  » comme un fou va jeter à la mer, des bouteilles vides et puis espère qu’on pourra lire à travers… », devant cette  écrivite aiguë, une amie m’a créé une boite mail que je ne pourrais ouvrir que dans 10 ans, alors j’envoie à la quadragénaire que je serai et qui rira bien de la naïve jeunesse des mails avec mes états d’âme …Et puis, il y a eu ce blog, où j’ai pu mettre une partie de ce que j’avais déjà écrit et qui m’a permis de transformer en quelque chose de positif,enfin me semble-t-il, cette impériosité d’écrire que j’ai toujours eu et qui arrive par crises…

Mais je sais bien que ce n’est pas le lieu pour déverser mes états d’âme à des pauvres innocents qui n’ont rien demandé, et qu’il ne faut pas tout mélanger, déjà que je m’offre ce petit plaisir une fois par mois…mais bon quand on est atteinte d’écrivite aiguë et d’une autre pathologie dont je ne connais pas le nom mais qui est qu’en plus parfois écrire ne suffit pas, on a en plus envie d’être lu, et qu’on a un blog…la tentation est grande…

Mais comme mes articles doivent avoir une thématique médicale, c’est quand-même le but, je vais utiliser ce qu’on appelle la mauvaise foi (je ne la pratique habituellement pas donc je risque d’avoir l’air peu convaincante) et justifier de deux manière ce billet :

– parler de cette maladie pas si peu répandue que ça, surtout dans le milieu de blogueurs qu’est l’écrivite aiguë et qui peut parfois avec de fâcheuses conséquences, par exemple : les crises étant souvent nocturnes:le manque de sommeil, moins de temps pour regarder des séries télé, l’ennui pour les lecteurs suite à des discours qui n’en finissent pas ,des digressions dans les digressions, les grandes difficultés de synthétiser, le harcèlement, la perte de dignité quand dans une relation amoureuse, on ne peut pas s’empêcher d’écrire, beaucoup et tout le temps ses moindres pensées, j’ai par exemple passer ma deuxième année de médecine à écrire des lettres, des tonnes de lettres avec des tonnes de pages, bref un vrai drame cette maladie…

– Autre expérience médicale qu’il serait égoïste de ne pas partager: ce soir j’ai presque mourru! Oui rien que çà ! En dehors de l’accouchement mais y’a un truc mystérieux qui fait que l’on oublie la douleur, je crois que je n’ai jamais eu une aussi forte douleur de toute ma vie… donc voilà tout ça n’était que l’introduction à ce passionnant sujet: à quoi j’ai pensé pendant la demi-heure où j’étais allongée par terre à hurler de douleur: ah non je veux dire à souffrir en silence: je suis une femme !

En gros, ça faisait deux jours que j’avais rien mangé, que j’ expérimentais les premières brûlures d’estomac de ma vie et là, j’ai mangé beaucoup d’un coup et très épicé…A la fin du repas, mon mari et moi on a dit en cœur « Je vais mourir  » Cinq minutes après je me roulais par terre en me disant: « Merde, je meurs vraiment? »

Avec du recul, c’était plutôt intéressant comme expérience. Je n’ai toujours pas envie de dormir et j’ai toujours des brûlures d’estomac alors je vais vous faire partager mes pensées de ces instants, je suis sûre que demain matin, quand vous lirez ça avec la gueule de bois, vous trouverez cet article passionnant et pas long du tout.

– Les cinq premières minutes, je n’ai rien pensé du tout à part je vais mourir, tellement j’ai eu mal, non mais à 9,5/10 je vous jure! Ensuite quand j’ai recommencé à penser

-Merde  jsuis en train de foutre en l’air le réveillon

-Gentil mari: apporte moi tel et tel médicament!

-Oui,c’est pathétique de se jeter comme ça sur les médoc

-Faut que je twitte que je suis en train de mourir

-Bon alors, c’est ça un ulcère…enfin là , il doit être au moins perforé…à moins que ce soit juste une gastrite ou même pas , c juste le repas et moi qui suis hyper douillette, non c pas possible là c’est au moins un ulcère, peut être même deux ou trois, oui je sais ça n’existe pas mais quand-même!

-Essayons toutes les positions: en boule sur le canapé, accroupie les fesses en l’air, sur le dos, AH non pas sur le dos, en chien de fusil par terre sur le tapis… En chien de fusil??? Merde, j’ai ptet une pancréatite?? Ou un cancer du pancréas? Ça expliquerait ces 20 kg que j’ai perdus.. Bon en même temps, ma lipase était normale la semaine dernière ( et oui j’ai fait une lipase: bilan d’hypochondrie, hi hi hi)

– J’ai bien fait, une fois n’est pas coutume , de passer l’aspirateur sur le tapis, vu le temps que je passe la tête dessus…

– Faut que je twitte que j’ai bien fait de passer l’aspirateur

-Bon tout le monde a disparu, j’entends ma fille jouer tranquillement dans la salle de jeux, mon mari est à l’étage sur l’ordi, c’est bon au moins j’emmerde personne…J’espère qu’ils vont pas me marcher dessus en passant …

– Bon, ben là, ça passe pas, va falloir que j’aille aux urgences, c’est un constat affligeant mais à falloir que j’aille aux urgences un soir de réveillon! En même temps, qu’est ce q’ils peuvent faire à part une perf d’IPP, que j’ai déjà pris… oui mais jpeux pas rester comme ça !

-Faut que je twitte que je vais aux urgences un 31 décembre….ptet que jtomberai sur Dr Foulard, il est de garde je crois, ça serait bien, on le prend parfois pour le brancardier mais moi je crois qu’il a toutes les qualités pour être un excellent médecin, et en plus on m’a dit qu’il était beau …

– Une pensée pour toutes les douleurs épigastriques pour lesquelles je n’ai peut-être pas assez compaties…j’avais jamais eu de douleurs d’estomac avant mais ça fait mal P…..Et mon pauvre mari avec sa gastrite chronique, je suis vraiment pas assez compatissante..Et puis sans lui,j ‘aurai pas les médocs…À sa prochaine crise, je serai plus compatissante….

-En même temps, il est chiant lui quand il a mal, c’est un mec, moi jsuis allongée en plein milieu du salon, j’ai un peu chaud d’ailleurs car il y a le feu qui crépite dans la cheminée à 50 cm de moi, c’est romantique un feu, et je dis rien, pas un mot , juste quelques dignes larmes coulent sur ma joue…

-Ils vont me trouver belle dans ma petite robe noire avec mes 20 kg en mois aux urgences…je me demande qui est le chef de garde!

– Par contre , avoir mis des collants rose fuchsia pour être assortie à ma fille du coup c’était moyennement une bonne idée!

-Bon, là ça passe pas, jsais pas quoi faire: bon ben faute de mieux je vais pleurer!

– Mon mari me dit que lui, cela n’a jamais duré aussi longtemps car il vomit et après ça va mieux,mais moi qui ait des nausées chroniques quotidiennes permanentes ( j’ai inventé ce terme car c’est quelque chose qui n’a pas l’air d’exister en médecine, si ça inspire qq…) je ne vomi jamais, c’est le drame de ma vie! Quand j’étais enceinte, j’avais des nausees matinales intenses qui duraient 24h, et lui, d’un coup il me disait « j’ai envie de vomir »,il vomissait et il me disait ça va mieux…je l’aurais tué!

-ah ben merde je vomis, mais du coup je sais pas faire, je vomis sur place, je fais quand même l’effort de viser le saladier qu’on m’a glissé en vitesse…

– ah tiens pas de sang, je pensais bien avoir un ulcère hémorragique …

-Redonne moi un médoc, je sais que faut pas, jsuis médecin, ce que tu me dis, c’est moi qui te l’ai dit: jm’en fous, redonne en moi un! Et puis ça strouve j l’ai vomi… ( encore de la mauvaise fois…)

– bon,ça va un peu mieux, je vais pas avoir besoin d’aller aux urgences, la soirée va ptet pas être foutue, je vais peut-être étre la pour la fin du monde, et si je tends le bras fort fort genre gogo gadget au bras, je pourrais attraper mon téléphone et aller sur twitter.

– bon,la c’est sûre, je suis complètement addict, faut que j’aille en rehab, penser à twitter dans un moment pareil!! Non mais faut se faire soigner… Oui mais d’une addiction à une autre, celle là est la moindre et à plein d’avantages et puis twitter est le symptôme, pas le problème, et c’est aussi parfois le remède, bref, j suis folle mais ce n’est pas la faute de twitter…

– NOËL NOËL: pourquoi y a ça qui cogne dans ma tête…Ah oui,j’ai voulu mettre des chants de Noël… Mais j’l’aime bien Josh Groban mais là: Ta gueueueule!!!

– je remplace par d’autre chansons dans la tête: « i am torn , lying naked on the floor » « M’étendre sur l’asphalte et me laisser mourir »

-Mais non je ne meurs pas…Ça commence à aller mieux…

-Merde le dessert avait l’air trop bon..

– Quelle symbolique quand-même, finir cette année plaquée au sol…. Sacrée 2011, je ne t’oublierai jamais …

Bon, je vais conclure ce billet fatiguant en vous épargnant mon bilan de 2011 et mes perspectives enthousiasmantes  ou effrayantes pour 2012, j ‘ai toujours mal à l’estomac mais mes yeux se ferment ( ouf général je sens !)

Et même si ça n’en à pas l’air, c sincère

A vous tous,

Et parce que sur un malentendu ça peut marcher:

Bon ben Bonne Année!!!