Des coursiers trés spéciaux

J’avais parlé dans un article « Moi aussi j’ai une fée chez moi » du concept de coursier sanitaire et social que je trouve particulièrement brillant et passionnant.

Un journaliste a découvert ce concept en lisant mon blog et a décidé d’en faire un article qui est paru cette semaine dans le Quotidien du Médecin.

Je suis heureuse que ce concept innovant puisse être connu et je suis fière de pouvoir participer à cette promotion.

Je remercie le journaliste pour avoir parlé de ce sujet qui m’est cher.

( Et pour son humour qui m’a valu de me cacher de honte, heureusement que l’entretien était par téléphone )

PS: le jeune médecin de Seine-Saint-Denis, c’est moi :-)

Voilà l’article en question

Des coursiers très spéciaux

Une fée sociale au chevet patients… et des médecins

Inventé par des associations, le concept de « coursier sanitaire et social » permet aux médecins de déléguer à d’autres les souffrances de leurs patients qui ne relèvent pas du soin.

INSTALLÉ À MONTENOIS, dans la campagne franc-comtoise, le Dr Marc Giusti est parfois confronté à des situations difficiles, où se mêlent médecine et souffrance sociale. Il y a ce patient psychotique, sans emploi, qui vit chez sa mère invalide, dans une ambiance très conflictuelle ; cette petite dame isolée qui n’a plus le courage de se faire à manger ; cette femme atteinte d’un cancer, avec trois enfants en bas âge … Que font les médecins, dans ce genre de situation ? Comme ils peuvent, le plus souvent, passant des coups de fil entre deux patients, en quête d’une solution forcément limitée par leur manque de temps, de compétences et de connexions dans le domaine social.

Le Dr Giusti, lui, a une autre option : un numéro de portable, qu’il compose pour faire apparaître un coursier sanitaire et social. Une sorte d’ange gardien, ou de bonne fée, qui va très vite rencontrer le patient à son domicile, évaluer ses besoins, mobiliser les organismes et dispositifs adéquats, mettre en place les aides pour stabiliser la situation sociale et faciliter le traitement médical. « Le coursier n’intervient que sur la sollicitation du médecin et de son patient, avec un champ d’action très varié, du plus simple – rétablir quelqu’un dans ses droits sociaux – au plus complexe : surendettement, avis d’expulsion, enfants qui craquent et parents qui se déchirent … À chaque fois, en faisant le lien entre tous les professionnels concernés : aides-soignants, infirmières, assistantes sociales, Conseil général, MDPH, Sécu, employeur, bailleur, école … », résume Sarah Berjon, coordinatrice et coursier au Centre de ressources pour mini-réseaux de proximité, qui rayonne en Seine-Saint-Denis.

Plébiscite.

Cette association, financée à titre expérimental par l’agence régionale de santé (ARS), est d’ores et déjà intervenue auprès de 370 patients et de leurs médecins, bien au-delà de l’objectif de 200 dossiers initialement fixé, et ce malgré des moyens modestes (deux salariées et des stagiaires). Ailleurs en France, seuls les médecins de Franche-Comté peuvent, pour l’heure, s’en remettre à des coursiers sanitaires et sociaux. Grâce à une association, l’ARESPA, également financée par l’ARS, qui s’est déployée dans toute la région, où elle emploie aujourd’hui une dizaine de personnes. Ici encore, l’initiative est plébiscitée. « C’est d’abord un gain de temps énorme. Dans mon cas, deux à trois heures par semaine, en démarches et dossiers que je n’ai plus à faire moi-même », estime Marc Giusti. Les généralistes apprécient tout autant l’efficacité de l’aide apportée. « Pour moi, c’est du pain béni. J’avais la semaine dernière, dans mon cabinet, une vieille dame en pleurs, parce qu’elle ne se sentait plus capable de s’occuper de son mari malade à domicile, et que nous n’avions pas trouvé de place en EHPAD. On m’a parlé de l’ARESPA. En 48 heures, ils avaient obtenu une place en long séjour », rapporte le Dr Christophe Joly, médecin à Besançon. Soulagement est le mot qui revient le plus souvent. « Nous ne sommes plus seuls face à la détresse du patient. On peut se concentrer sur la partie médicale, sans craindre qu’elle soit rendue inopérante par les problèmes sociaux », souligne cette jeune médecin de Seine Saint-Denis, qui aborde le sujet dans son blog. « C’est vraiment le chaînon manquant. En France, on soigne bien dans un couloir, une filière. Il manque des portes entre les couloirs, et des gens pour les ouvrir », renchérit le Dr Jean-François Roch, à Besançon.

De leur côté, les ARS devraient prochainement mesurer l’impact de cette innovation sur le coût et la qualité des soins. « Nous avons fait, en interne, une étude auprès de 68 patients, suivis pendant 6 mois. Selon leurs médecins, les coursiers sanitaires et sociaux ont permis d’éviter 476 jours d’hospitalisation », indique Frédérique Le Marer, présidente de l’ARESPA. Il n’est donc pas exclu que les fées sociales essaiment. « Il y a aujourd’hui des projets à Paris, Bordeaux, Avignon et Lille », conclut Xavier Aknine, le président du Centre de ressources en Seine-Saint-Denis.

 

Ouverture sur le monde

Métro, boulot, dodo… Le quotidien, les journées qui passent les unes après les autres font en tout cas pour ma part, que j’oublie qu’il y a autre chose que ce qui fait ma vie chaque jour. J’ai tendance le nez dans le guidon à penser, inconsciemment,que le monde se réduit à mon petit univers, sans me poser de questions…

Parfois, quand j’ai la chance de voyager dans d’autres lieux, d’autres pays, le fait que le monde est immense, qu’il y a d’autres univers à découvrir, des quantités d’autres vies que la mienne, que mon petit univers est en fait bien insignifiant , se rappelle à moi…

Quand je voyage, j’aime découvrir les gens, le monde et je me dis qu’il n’y a que les routes qui sont belles, qu’il faudrait passer sa vie à voyager pour voir une infime partie de ce qu’il y a à voir…

Mais le voyage prend fin, et la vie reprend son cours… Métro, boulot, dodo …et on reprend sa vie, dans son petit univers…

Il ne tient qu’à nous de ne pas oublier qu’il y a d’autres choses à découvrir, par la lecture, les expositions … Mais honnêtement au quotidien ,on ne le fait pas forcément…

Les gens que l’on côtoie en règle générale nous ressemblent, ont des histoires similaires, des préoccupations similaires, font parti de notre petit univers…

Moi, ce qui me permet de m’ouvrir sur le monde, c’est mon travail: c’est la médecine générale, et c’est la Seine-Saint-Denis…

Parce que chaque jour, mes patients sont le témoignage qu’il y a tout un monde que je ne connais pas. Je vois tellement de personnes d’origine, de culture différentes. Ils ont des histoires passionnantes à raconter, pour peu qu’on les écoute.

Je le fais de plus en plus. Avec le temps qui passe, certains patients que je connais de mieux en mieux , je me rends compte de plus en plus de tout ce qu’ils ont à dire, et j’ose de plus en plus facilement posé des questions…

Avec le patient malien de 30 ans qui est constipé, je réussis plus facilement à engager la discussion et face à ce jeune homme du même âge que moi qui me raconte son périple du Mali à la France en passant par la Chine, je me dis que je suis bien peu de choses …

Plus tard, c’est un patient qui est un artiste connu et qui a participé à une émission de téléréalité dans un pays d’Europe de l’est qui me raconte des histoires cocasses…

Ensuite, c’est un vieux monsieur algérien dont je soigne la bronchite mais en regardant les rides de son visage, j’entrevois une vie d’histoire dont j’ignore tout mais que peut-être la prochaine fois il me dévoilera un peu …

J’ai une chance inouïe, je n’ai pas besoin de voyager à l’autre bout du monde, le monde est sous mes yeux tous les jours… C’est un cadeau.

Il ne tient qu’à moi de saisir cette chance, en ne voyant pas les patients que comme des personnes présentant telle ou telle symptôme ou pathologie, mais comme un tout, et pour les soigner correctement , il me faut connaître leur histoire, comprendre qui ils sont, et cela est très enrichissant pour moi…

Mon métier est passionnant car il permet de decouvrir des tas de choses, de faire des choses diverses.

Par exemple, en plus du cabinet à proprement parlé qui est déjà une source de rencontres variées, j’ai ce mois-ci assisté à des consultations au planning familial, ce qui est pour le médecin et la femme que je suis une opportunité incroyable de découvrir la vie des femmes en dehors de mon petit univers à moi.

J’ai également assisté à des consultations dans un foyer de l’aide sociale à l’enfance dont je suis officiellement le nouveau médecin en titre. Même si ce que j’y découvre est dur, c’est encore une expérience enrichissante.

Le mois dernier, j’ai passé une soirée au foyer de migrants qui se trouve pas trop loin du cabinet et dont nous soignons pas mal de patients, en majorité des maliens. Il y avait une soirée débat autour d’une projection sur un documentaire qui se nomme mémoire d’immigrés. Ce documentaire qui montre l’histoire de l’immigration et les conditions dans lesquelles on est allé recruter la main d’œuvre, nécessiterait à lui tout seul de longs commentaires et devrait soit dit en passant être diffusé dans les écoles. Ensuite, le débat tournait autour de l’histoire du foyer et des ses occupants. Peu à peu, les gens, certains mes patients, se sont mis à parler de leur vie, de leur histoire… J’ai découvert beaucoup de choses, sur ces patients que je côtoie, sur ces voisins que l’on ignore. Bien sûr, nous avons été très bien accueillis, je regrette juste que le buffet ait été offert par la mairie, j’aurai préféré partager leur maffé… mais j’aurai peut-être l’audace de me faire inviter une prochaine fois… En tout cas je sais que je serai accueillie les bras ouverts, aussi bien d’ailleurs si je voulais aller le manger au Mali même…

J’ai aimé cette soirée, j’aime le fait que mon travail me rappelle chaque jour que mon petit univers n’est pas le centre du monde, j’aime le fait qu’il me permette d’entrevoir au quotidien ce que je ne connais pas.

J’aime travailler en Seine-Saint-Denis.

Je pense que ce n’est pas propre à la Seine-Saint-Denis mais je pense que la spécificité de ce département fait que c’est quand même une mine d’or pour qui veut bien voir en chaque habitant de ce département une ouverture sur le monde ….

 

Moi aussi j’ai une fée chez moi ….

 Attention ! Après, ceci, tous les lecteurs médecins voudront venir s’installer en Seine-Saint-Denis, et même les malades voudront venir y vivre. Il va y avoir un exode vers la Seine-Saint-Denis.

Car, je l’ai déjà dit, la vie en Seine-Saint-Denis est parfois très agréable, il y a des atouts souvent méconnus à l’exercice dans ce département, j’y reviendrai, mais en Seine-Saint-Denis, nous avons quelque chose que personne n’a ailleurs : le centre de ressources pour mini-réseaux de proximité, et nous avons des magiciennes…

J’ai déjà dit qu’il y avait des personnes motivées en Seine-Saint-Denis, des associations et des initiatives admirables, du dynamisme. Moi, je connais une personne formidable, qui change ma vie et celle de mes patients.

Car le métier de généraliste est difficile. Il y a le côté médical qui est déjà un vrai défi en soi mais il y a tout ce qu’il y a autour, toute la prise en charge sociale. Il est vrai que cela dépend du type et du lieu d’exercice, mais à partir du moment où la maladie, le handicap, la dépendance apparaît dans la vie de quelqu’un, les problèmes sociaux ne tardent pas à suivre, et même les médecins généralistes ne travaillant pas dans des milieux défavorisés comme en Seine-Saint-Denis, ont je pense leur exercice médical souvent « parasité » par des problèmes non médicaux.

Le problème est surtout que lors de notre formation, nous avons été très peu formés pour gérer tous ces « soucis annexes » qui nous tombent dessus. L’autre problème est que la mauvaise organisation de notre société est telle que le médecin généraliste se retrouve seul pour gérer des choses qui ne sont pas de son ressort.

Quelques exemples :

-Mme B. 56 ans , très active, avec ses grands enfants à charge a depuis deux ans environ une maladie neurologique qui a tardé à être étiquetée qui s’avère être une sclérose combinée de la môelle et aussi une neurosarcoidose ( tant qu’à faire !). Elle a une perte d’autonomie progressive et ne pouvant plus se déplacer au cabinet de son médecin et  celui-ci ne faisant pas de visites à domicile, je deviens son nouveau médecin traitant. Rapidement ( aucun lien de cause à effet bien-sûr) les choses se dégradent, elle est hospitalisée, puis je suis appelée en catastrophe un vendredi alors qu’ils l’ont fait sortir sans penser qu’elle ne pouvait pas marcher ni faire ses sondages urinaires, sans savoir du tout ce qui se passait à domicile. Après un week-end catastrophique, lourd de conséquences psychologiques pour elle et ses enfants, je la refais hospitalisée ( son neurologue était dans ses petits souliers, il n’était même pas au courant de sa sortie ) et ensuite elle ira en maison de repos en attendant de mettre les aides à domicile au point. Les problèmes qui se posent devant une perte d’autonomie avant 60 ans sont nombreux. Pour que Mme B. puisse rentrer à domicile, il faut coordonner les aides à domiciles, soins  infirmiers , aides soignantes pour la toilette (mission quasi impossible). Mais il y a surtout un problème financier, prise en charge du maintien à domicile, son salaire qui n’est plus versé, loyer qui n’est plus payé, et moral : se retrouver dans une situation où l’on a plus l’énergie de gérer comme il faut tous les problèmes matériels, où tous ces problèmes financiers empêchent de se consacrer au plus important : se soigner. Il est difficile de se rendre compte tant que l’on ne l’a pas vécu de la détresse d’une telle situation. Et c’est le médecin généraliste qui se retrouve au milieu de tout ça, que faire ? Compte tenu de l’âge, on ne peut pas compter sur la mairie pour mettre en place l’APA (Aide personnalisée d’Autonomie) ce qui en général marche assez bien, il faut faire une demande de PCH ( Prestation Compensatrice du Handicap) à la MDPH ( ancienne COTOREP). Premier obstacle : il faut que le médecin généraliste connaisse (honnêtement je connais car j’y ai été confrontée dans ma vie personnelle), ce qui n’est pas gagné et surtout le délai est extrèmement long ( 6 mois minimum en Seine-Saint-Denis ) , et en attendant ? et pour tout le reste (loyer, employeur etc) ? Et bien, on est bien embêté ? On dit à la patiente, qui ne peut pas se déplacer ou à ses enfants de contacter l’assistante sociale du secteur (même s’ils trouvent l’énergie de le faire, ils auront par chez nous beaucoup de mal !) On compte sur l’hôpital ( ah ! ah ! ah ! ) …Bref, c’est une situation qui personnellement en plus du fait de prendre beaucoup de temps, dépasse mes compétences…et Mme B. est toute seule dans sa détresse.

-Mme D. 78 ans, vit avec sa fille handicapée sous curatelle, en dehors d’une dépression avec des crises hautes en couleurs régulières, médicalement je m’en sors. Mais souvent, elle me fait part de ses problèmes financiers, son téléphone est coupé, la curatelle ne lui donne pas l’argent de sa fille, il n’y a personne pour aller chercher les médicaments, elle ne peut plus acheter de quoi faire à manger, elle est  isolée.Elle demande à être mise sous curatelle : euh oui mais on fait comment ? ah oui faut que vous alliez au tribunal d’instance chercher un dossier : OK ?  Je renouvelle son ordonnance en majorant les anxiolytiques et je fais quoi ? Je lui dis d’appeler l’assistante sociale (qui ne répond jamais) elle va me répondre que son télephone est coupé…Bon ben salut, on se voit le mois prochain ….

-Mr D. pour ceux qui suivent (une matinée) qui n’a toujours pas d’aide médicale après 9 mois, il a bien déposé son dossier pourtant ! Il ne peut toujours pas se soigner et a des dettes pour ses consultations aux urgences.

Je pense que je ne suis pas la seule à être désarmée devant ce genre de situation et je pense que ce sont les patients qui en pâtissent le plus et qui restent dans des situations inextricables …

Enfin désarmée, moi je ne le suis pas ! Face à une telle situation, je prends mon télephone, le numéro que j’ai mis dans mes favoris, je laisse un message et c’est bon je peux aller jouer au golf (oui genre !) le problème est réglé ! C’est aussi simple que ça. Il y a une petite fée qui va venir s’occuper de tout …

Non, vous ne me croyez pas ! Et bien si !

-Pour Mme B., malheureusement son état médical ne s’améliore pas et elle est toujours en maison de repos mais entre temps, mais la fée est venue la voir à domicile plusieurs fois ou à la maison de repos. Elle a appelé la MDPH des dizaines de fois, la PCH a été accordée et quand un retour à domicile sera possible, elle organisera et coordonnera les divers intervenants, elle a contacté l’employeur et a fait toutes les démarches pour que soit obtenu le maintien de salaire en longue maladie ( et quand cela implique des détails comme aller chercher un papier, me le faire remplir, le renvoyer tamponné etc , et bien, elle le fait, elle se déplace), elle s’est arrangé avec le bailleur pour le loyer. Elle m’appelle pour me donner des nouvelles ou m’en demander, est à la disposition de Mme B. ou de ses enfants en cas de besoin. Je ne sais pas si on peut se rendre compte de l’impact de cette démarche, pour le médecin mais surtout pour Mme B. et ses enfants.Ca a changé sa vie, elle doit déjà gérer la difficulté de sa maladie mais maintenant c’est dans les meilleurs conditions possibles. L’aide matérielle certes mais avant tout morale est inestimable !

-Pour Mme D., elle s’est rendue à son domicile plusieurs fois, a harcelé le service social de la ville pour qu’ils prennent Mme D. en charge, a contacté la curatelle de sa fille et même si je ne dis pas de bêtises avec la permission de Mme D. a parlé à sa banquière. Elle va s’occuper de ses factures du mieux qu’elle peut et pour la demande de mise sous curatelle, m’a dit « je m’en occupe » , ah bon d’accord alors !!

-Elle s’est rendue au domicile de Mr D., a contacté ( le mot est doux pour le mal que ce fut ) la sécu pour comprendre pourquoi le dossier n’était toujours pas à jour (ne soyons pas mauvaise langue, mais il semblerait que ce ne soit pas inhabituel que les dossiers d’ AME trainent en longueur), s’est mise en relation avec l’assistante sociale de l’hôpital pour les factures des urgences, reste en contact avec eux etc…

Je ne sais pas si je vous fais sentir l’importance cruciale de son travail, mais personnellement si je trouve que j’ai pu apporter quelque chose à ces patients, c’est de les avoir mis en contact avec elle …

Cette fée s’appelle Ozgur et je n’ai pas encore le plaisir de connaitre son amie fée Sarah , j’écris ceci avec leur autorisation. Elle font parti d’une association qui se nomme : centre de ressources pour mini-réseaux de proximité en Seine-Saint-Denis. C’est une initiative originale et à mon sens brillante développée par quelques personnes dynamiques dont le principe est d’expérimenter une pratique de coordination des trajectoires de soins des patients en situation de crises et suivis par leur médecin traitant, expérimenter un nouveau métier : le coursier sanitaire et social avec une méthode d’intervention individualisée, déboucher sur la mise en place d’un service de santé polyvalent qui permette de réduire les inégalités pour l’accès au soin des patients en situation de crise.

voici une petite présentation de leur association qu’elles m’ont permi de publier ici :

Il faut comprendre à quel point cette association à la fois extraordinaire et en même temps semble tout à fait logique… Cela est tellement positif pour tout le monde que je ne comprends pas qu’elle doivent lutter énormément pour se développer et surtout pour obtenir des financements. Les financements m’ont-elles avouée risquent de ne pas être renouvelés … mais elles continueront à s’occuper des gens quand même …même sans financement … Je trouve qu’une telle initiative devrait être aidée, soutenue, facilitée et développée partout .En attendant , et pour combien de temps je ne sais pas , mais on ne trouve ces fées que chez moi …En Seine-Saint-Denis …Et je profite de cette occasion pour remercier Ozgur de toute l’aide qu’elle m’a apporté jusqu’à maintenant et surtout au nom de  Mme B. Mme D. et Mr D..et lui exprimer toute mon admiration …

Centre de ressources pour mini-réseaux de proximité en Seine Saint Denis

Bref historique :

Ce projet est à l’issue de plusieurs années d’expérimentations menées par Mme Sibel BILAL, avec une partie des médecins généralistes membres de l’ANGREHC (Association Nationale pour la Recherche et l’Etude sur les Hépatopathies Chroniques) mais aussi membres fondateurs des réseaux Ville Hôpital. Les résultats des actions réalisées ont aboutit aux modalités du système actuel.

Il part du constat principal qu’une grande partie de la population en situation de rupture sociale est du au fait d’accident de vie ou de maladie, et que ces situations créent aussi des conséquences sociales. Ces personnes en situation d’extrême fragilité sont emmenées à de multiples facettes de l’exclusion. Leur point commun est qu’ils sont quasiment tous en contact avec un médecin généraliste, un pharmacien et/ou un hôpital. La prévention sociale et sanitaire est donc importante.

1) Moyens et Objectifs

Le Centre de Ressources est une structure polyvalente de santé, mobilisée sur appel des médecins traitants, qui propose l’intervention d’une « équipe sociale mobile » constituée de « Coursiers sanitaire et social ». L’action a été financée dans un premier temps par l’URCAM puis par l’ARS dans le cadre du Fonds d’intervention pour la qualité et la coordination des soins (FIQCS).

Elle vise à :

– coordonner les trajectoires de soins des patients en situation de crise et suivis par leur médecin traitant,

– mutualiser et coordonner les moyens humains,

Les coursiers agissent comme interface avec le système socio-sanitaire du patient, de son entourage et des professionnels de la santé. Ils vont à la rencontre des institutions et des différents dispositifs médico-social.

2) A qui s’adresse-t-il ?

– Aux patients de la Seine-Saint-Denis en situation de crise du fait de leurs facteurs de vulnérabilité socio-sanitaire ou d’un accident de vie (deuil, licenciement, séparation…) suivis par leur médecin traitant.

L’existence des différents services de proximité ne sont pas forcement connus ou parfois difficiles d’accès pour les personnes en situation de crise sanitaire et sociale. Immobilisée par la maladie, fatiguée ou dépassée, elles n’ont parfois pas la force d’effectuer les démarches nécessaires pour l’accès ou le maintien de leurs droits.

– Au médecin traitant, qui grâce à l’intervention des Coursiers Sanitaire et Social, permet de se libérer de la gestion des problématiques sociales, afin de se centrer sur la santé de son patient.

3) Prestations et services

– Bilan socio-sanitaire individuel

– Cartographie des réseaux du patient

– Lien avec les dispositifs médico-social

– Réunions de Concertation Pluridisciplinaire de Proximité

– Plan d’action individualisée avec le médecin traitant

– Dérogations tarifaires : Indemnisations des RCP et RCP 2

Définition de la Réunion de Concertation Pluridisciplinaire (RCP) : C’est une réunion de concertation entre les différents intervenants autours du patient nommés par le patient pour la résolution de sa situation. Elle se tourne plutôt vers les professionnels de soins de ville mais, il est évident que les spécialistes sont invités si nécessaire.

Définition de la Réunion de Concertation Pluridisciplinaire de Proximité (RCP²) :L’ensemble des intervenants des RCP se réunit avec le patient avec pour objectif à la fois une alliance thérapeutique, et un effort d’harmonisation des décisions en s’appuyant sur le contexte environnemental (social, économique, psychologique, relationnel) des personnes malades et sur des référentiels de pratiques issue des conférences de consensus, recommandation de la HAS, du guide des alertes socio-sanitaires et du guide social des médecins.

Prise en charge de séance de psychothérapie (4 maximum)

4) En pratique: comment procéder ?

Le médecin généraliste :

repère une « situation de crise » et contacte le centre en temps réel, un Coursier Sanitaire et Social (CSS) se déplace immédiatement et/ou en différé sur RDV au domicile du patient ou au cabinet du MG ou un lieu au choix du patient (café…)

 

Rôle du CSS :

Effectuer un diagnostic socio-sanitaire ;

dresser une fiche d’intervention individuelle/patient

établir un plan d’action,

faire des démarches avec et/ou pour le patient

exemple: préparation de l’entrée des patients à l’hôpital et organisation de leur sortie ; mobilisation des services sociaux adéquats ; mise à disposition des MG des référentiels de l’HAS.

5) Partenaires Principaux adhérents du Centre de Ressources

– Réseau DIANEFRA 93 (prise en charge des patients diabétiques)

– Réseau Oncologie93

– Réseau Aulnay93 (VIH/SIDA – addictions-hépatite C)

– Hôpital R. Ballanger à Aulnay-sous-Bois

– Maison Médicale de Garde à Aulnay-sous-Bois

– ANGREHC (Appui technique/Hépatites B et C et Hépatopathies chroniques)

– Centres de santé et services sociaux

Le siège de l’association se trouve au 3, Place Tavarnelle 93220 Gagny. Présidé par le Dr X.AKNINE et le secrétaire/trésorier Dr P.GRUMBERG.

Vous pouvez nous contacter par mail : centrederessources-mrp93@orange.fr

ou par téléphone au 06 49 02 39 88 / 06 98 19 39 88

 

Les yeux tristes de C.

Elle a 13 ans, elle est d’origine algérienne, elle est mignonne comme tout , je suis toute sa famille depuis leur emménagement il y a 6 mois dans le quartier. Ils viennent de l’autre bout du département, sont un peu perdus depuis qu’ils sont ici.

Je l’ai vu avant les vacances en avril , j’ai mis ses vaccins à jour, et je la revois aujourd’hui pour un certificat de sport. Elle a l’air fatigué et triste. C’est le collège me dit-elle d’un air lasse. Alors que le quartier où ils habitent et où je travaille est tout a fait correct,son collège de secteur est en effet au milieu du quartier le plus difficile, celui qui fait la une des journaux de temps en temps …

Elle est en quatrième, elle est sérieuse et bonne élève, son ancien collège était correct semble-t-il. Elle me dit d’un air vraiment désemparé « Il faut déjà vingt minutes pour qu’ils s’assoient, ensuite vingt minutes pour qu’ils se taisent , il reste dix minutes pour travailler … » Il y a déjà eu une bagarre entre deux élèves de sa classe dès la première semaine,les élèves se bousculent un peu entre eux, cependant il n’y a pas de climat de peur ou de violence, elle voudrait juste pouvoir écouter et apprendre en paix. Envie légitime …et mature . En plus, elle est nouvelle, tout le monde se connait, c’est déjà une difficulté en soi, elle a quand-même réussi à se faire une copine mais son air triste me touche .

En cinq mois, elle a pris neuf kilos, c’était l’été, elle a fait le ramadan, elle grignote beaucoup, et ce n’est pas la seule dans sa famille. Elle est en surpoids important. C’est peut-être le fait d’un mal-être mais c’est plus que ça, toute la journée, j’ai vu des enfants en surpoids. Milieux défavorisés, sédentarité, identité culturelle, c’est un vaste sujet, mais en ce moment avec les certificats pas forcément si à la cons que ça , je suis submergée par les enfants en surpoids et mon incompétence à faire façe au problème. J’essaye vraiment, mais je suis découragée devant l’ampleur de la tâche…

On discute un peu. Que lui dire ? En tant que médecin, je me dois d’être vigilante, j’ai repéré qu’elle n’était pas bien et je la suivrai de près.

Mais en tant que citoyen, en tant que maman, que lui dire ? Je ne sais pas trop quoi en penser. Je sais que je vis dans un monde de bisounours, mais j’aime mon département , je le défends même, je viens d’acheter une maison dans cette ville que beaucoup fuient, j’ai inscris ma fille à l’école publique qui bien que taguée et manquant cruellement de moyen est je trouve de grande qualité. J’ai en grande partie emmenagé dans ce quartier pour me rapprocher de la nourrice de ma fille. Elle et sa famille sont devenus pour nous une seconde famille. Elle est marocaine, j’ai découvert une culture et des gens formidables. C’est pour nous et pour ma fille une grande chance de les avoir dans notre vie et de manière plus générale la mixité culturelle est je pense un grand enrichissement. Je pense que c’est bien pour nous.

Mais également, je me demande : si tous ceux qui le peuvent fuient la Seine-Saint-Denis, et les endroits difficiles en général, s’il n’y a plus de mixité sociale mais seulement des ghettos pour les plus défavorisés, si tout le monde met ses enfants dans le privé, quel est l’avenir ? Si moi, médecin je ne mets pas ma fille dans le public et si je ne m’investis pas dans la vie de son école, qui va le faire? Quel est l’avenir de l’école publique ? Si moi, je ne m’installe pas en tant que médecin en Seine-Saint-Denis, qui va le faire ? C’est vrai qu’il y a une partie de moi qui ressent un certain devoir envers mon département.

Face à tout ce qu’on entend aux informations, face à tous les faits divers, face aux préjugés, face aux véritables difficultés ;parce que tout ça est vrai, je ne le nie pas , je ne pousserai pas la mauvaise foi jusqu’à dire que la vie y est douce et que ce qu’on entend est faux; je voudrais apporter le témoignage de tout ce qui est beau, que la majorité des gens sont adorables et d’une extrême générosité, souvent plus qu’ailleurs, que la diversité socio-culturelle c’est parfois magnifique, que cela offre une ouverture sur le monde et sur les choses. Je voudrais parler de tous ceux qui se donnent à fond pour que ça marche, des éducateurs, des instituteurs, des associations, du dynamisme de certaines municipalités, des programmes culturels, de certains médecins ou infirmières et autres travailleurs sociaux qui y croient encore. En tant que médecin, j’y reviendrai plus longuement mais je voudrais dire à quel point j’aime travailler ici …

Contrairement aux apparences, je ne suis pas complètement naive.

Tout d’abord, je dois bien reconnaitre que je n’ai jamais habité dans une cité, j’ai eu une jeunesse relativement préservée, j’ai eu la chance de faire des études et je fais maintenant partie d’une catégorie dite aisée. Je n’ai pas eu à faire façe à des problèmes qui ne sont pas propres à la Seine-Saint-Denis mais aux quartiers défavorisés quelque soit le département et je n’ai peut-être pas la légitimité d’un tel discours. Mais c’est justement ça que je veux dire, la Seine-Saint-Denis n’est pas homogène.

Je garde malgré tout mon esprit critique. J’ ai été victime de vols plusieurs fois, encore très récemment je me suis fait voler mon ordinateur portable mais cela aurait pu arriver partout, par un mauvais concours de cironstances, il était resté sur la plage arrière de ma voiture toute la journée sur un parking mal famé, faut pas chercher non plus. J’ ai eu il y a quelques années un mini stress post traumatique après une mini agression. Ca m’embête bien quand-même que les jeux derrière chez moi aient été brûlés pour la troisième fois, que l’école de ma fille soit taguée. Je ne suis pas rassurée quand je rentre tard le soir dans le parking sombre de la gare ou quand je vais en visite dans certaines cités bien que récemment les dealers qui fouillent à l’entrée ont été remplacé par les policiers.

Surtout, je ne suis pas naive sur le fait que mon discours finira probablement par changer. Quel sera mon discours si je me fais cambrioler, agressée, insultée plusieurs fois , si je suis fatiguée de voir la misère autour de moi, si je suis fatiguée des incivilités, de la peur ? Surtout quel sera mon discours quand mes enfants seront grands et souffriront de ça.

Comment est-ce que je réagirai quand je reconnaitrai dans les yeux de ma fille la tristesse que j’ai vu dans ceux de C.?

Je n’ai pas la prétention de dire que je ne ferai pas comme les autres et que je ne mettrai pas mes enfants dans le privé, que je ne dévisserai pas ma plaque , que je n’irai pas vivre où la vie est plus facile …

Je peux juste espérer que cela n’arrivera pas ..

Pour C. , je ne sais pas quoi dire…elle est le reflet des problèmes qui existent, que je ne nie pas, face auxquels je suis désarmée…Je voudrais juste dire qu’ils ne définissent pas à eux seuls la Seine-Saint-Denis, que C. vous le verriez si vous la connaissiez est également le reflet de tout ce que ce département a de beau …