The new cab’s to do list: prévenir les patients

Une étape compliquée …que j avais reportée au retour de vacances.

Retour de vacances un peu difficile (comme tous les retours de vacances forcément),j avais reporté beaucoup de choses au retour .

J ai surtout eu une poussée de « qu’est ce que j ai fait !? Pourquoi je reste pas dans mon cabinet que j aime et dans lequel je suis trop bien!! Est ce que je peux annuler? »

Mais trop tard,les dés sont jetés , plus le choix… Au bout de quelques jours,je me suis reconvaincue que c était la bonne décision et j’ai presque retrouvé de l’enthousiasme.

Donc est venue l’étape « Prévenir les patients »

J avais déjà commencé avant les vacances mais en trichant: en l’annonçant à des patients que je savais qu’ils me suivraient sans problème, soit parce que de toute façon ils viennent me voir de loin ou soit pour lesquels je savais qu’ils me suivraient n’importe où.

Depuis la semaine dernière, j’ai mis une affiche sur la porte et je le dis à beaucoup de monde. Je distribue des petits plans avec ma future adresse.

Bon, relativisons, je pars à 5 min en voiture, 15 min à pied de là où je suis. Je n’ose même pas imaginer à quel point cela doit être difficile de dire que l’on part …tout court. ( pensées pour une amie qui est en train de vivre ça) . J’en viens presque à comprendre (presque hein) les médecins qui partent sans prévenir personne.

Donc pour moi c’est assez facile. Je le fais en deux temps, j’assène un  « je change de cabinet », là je vois l’effroi et même plusieurs fois des larmes dans les yeux en face de moi , alors je lance un « mais je vais à cinq minutes d’ici « . Oui, bon c’est pas moi qui ai inventé la technique de la bonne et de la mauvaise nouvelle mais le soulagement leur fait oublier les inconvénients du type prendre le bus ou le fait qu’il n’y aura pas de place de parking .

Mais parfois j’ai le droit à des yeux noirs pendant toute la consultation. Parce que je ne suis pas la seule je crois à ne pas aimer le changement. Et faut avouer que pour les personnes qui habitent juste à côté, c’est bien embêtant. J’essaie de les faire relativiser en leur disant que j’aurai pu partir à Toulouse (oui j’aurai vraiment pu, la #TeamDuSudOuest est tellement accueillante ) mais bon.

Et puis il y a le côté narcissique , dans les deux sens : « donc oui je change de cabinet, vous pouvez me suivre là-bas ou rester ici » (pour les patients qui ont l’habitude de voir tous les médecins du cabinet ) et là les rares « ah ben je vais rester là, même si c’est une petite dame qui a du mal à marcher, ça fait un petit truc. Je dis les rares fois car  pour l’instant évidemment, je continue à l’annoncer plus ou moins inconsciemment de manière préférentielle aux patients que je sais qu’ils vont me suivre , à ceux qui ne voient que moi. Et là, ça fait du bien, ils ne se posent même pas la question, me disent qu’ils me suivraient n’importe où (même à Toulouse),

Et puis y a ceux à qui je ne le dis pas,parce que j’ose pas. Y’a Mr B. , un monsieur de 80 ans, dont le médecin est parti à la retraite il y a 2 ans. A chaque fois , oui à chaque fois qu’il vient, il me dit « jusqu’au bout docteur, vous êtes mon docteur, jusqu’au bout, j’habite juste en façe  » voilà…en plus il passe tout le temps au cabinet pour un oui ou pour un non , parce qu’il se sent seul et du coup il trouve des excuses (comme m’amener des fleurs) .

De plus en plus, il va falloir admettre qu’il y a beaucoup de gens que je ne verrai plus,les personnes un peu âgées qui ne pourront pas venir là bas,  les familles qui vivent juste à côté et qui viennent au cabinet voir le médecin qui est disponible, les migrants qui souvent viennent à la consultation sans RDV, les patients qui ne sont pas vraiment les miens mais que je suis de manière occasionnelle depuis près de 10 ans, les patients de mes collègues que j’aime bien, que je vois en leur absence …mais bon c’est la vie. Et puis aussi , il faut l’avouer y’en a certains qui ne me manqueront pas …ça me console.

En gros, l’idée, c’est qui m’aime me suive

mais j’espère que ceux que j’aime me suivront!

Et puis, maintenant que c’est dit: plus de retour en arrière possible…

The new cab’s to do list: le logiciel

Cela fait 10 ans que je travaille avec Hello doc , c’est le seul que je connais et je l’aime bien. Et surtout je suis réticente au changement. Je le connais par coeur, je suis habituée à son confort d’utilisation, par exemple faire les arrêts de travail en ligne directement dedans. En plus j’ai le secrétariat téléphonique qui va avec .

Mais je me suis résolue à en changer quand même (ça me fend le coeur).

Parce que j’ai réfléchis longuement à la question, j’ai lu plein de discussions sur twitter ou sur des forums, j’ai demandé autour de moi et j’ai réfléchis par rapport à mes besoins et j’ai conclu que j’allais prendre WEDA.

Parce que premièrement je pense qu’il me faut un logiciel en ligne. Déjà parce que c’est hyper pratique. Et ensuite parce que pour l’instant je suis toute seule et que par la suite d’autres vont arriver et je n’ai pas envie de me prendre la tête avec une installation en réseau et la maintenance qui va avec. Là, ceux qui voudront n’auront qu’à tout simplement se rajouter.

La sage femme déjà présente utilise WEDA

Ensuite,il y a 3 ou 4 logiciels en ligne et c’est celui qui a l’air d’être le plus apprécié. Il y a des interfaces pour les sages femmes, les paramédicaux. Cela laisse plein de possibilités dans une configuration qui est pour l’instant très incertaine dans mon cas.

Et puis il est interfacé avec doctolib, non pas que j’apprécie doctolib , mais l’échographiste qui est déjà là l’utilise et c’est avec ça que travaille actuellement la secrétaire, donc…

Le choix me parait donc évident. J’ai été voir grâce à une amie qui bosse avec, c’est pas hello doc et j’aime pas le changement mais faut quand même avouer que c’est top .

Les gros inconvénients sont pour moi , le fait que l’on peut pas faire les arrêts en ligne dedans et qu’il faut aller sur espace pro , mais ils m’ont dit que cela allait venir dans les moins qui viennent (et oui moi je les crois , je suis naive) , le fait que cela fonctionne avec le vidal , et moi j’aime pas le vidal (j’utilise la BCB) et le prix. C’est 120 euros par mois ,et j’attend le devis mais j’ai lu sur le forum que le coût de départ était de l’ordre de 1200 euros.

Du coup je suis avide des avis sur WEDA.

Et quelqu’un a-t-il une expérience du secrétariat en ligne qui travaille avec WEDA?

Et je me demande aussi quel est le prix de départ des autres logiciels?

En ce qui concerne le matériel informatique. Je me suis posée la question d’un ordinateur portable pour prendre moins de place qu’une grosse unité centrale, et j’ai découvert qu’en 2017, il y avait des minuscules ordinateurs de quelques centimètres. Je pense donc que j’ vais prendre ça. Mon but étant de prendre le moins cher possible, si quelqu’un a des suggestions?  Il me faut une imprimante aussi . A tonner je pense. Pareil des suggestions? Faut que je me penche là dessus. Par contre j’ai déjà le scanner (scan scap). Et peut-être une web cam? j’ai vu qu on peut mettre directement des images dans WEDA à partir d’une web cam: y’en a qui font ça?

Voilà pour la partie informatique qui n’est pas du tout mon fort et que j’espère réduire au plus simple.

The new cab’s to do list: les aides à l’installation

Vénale comme je suis, la première chose que j’ai faite, c’est de rechercher les aides à l’installation évidemment.

Non en fait c’est pas vrai,j’ai essayé d’être vénale mais j’ai pas réussi.

Mon cabinet est situé à quelques mètres d’une Zone Franche Urbaine. (Les zones franches urbaines ce sont des zones qui n’ont rien à voir avec la démographie médicale. Ce sont des zones économiques qui confèrent de nombreux avantages notamment des exonérations d’impôts.) Cela fait 7 ans que je me dis tant pis, je suis bien où je suis et payer des impôts quand on gagne des sous, c’est bien . Mais bon,quand j’ai projeté de changer de cabinet, je me suis dit que tant qu’à faire, j’allais aller en zone franche. Et il se trouve que mon futur cabinet se trouve à quelques mètres de la zone franche …de l’autre côté.

Adieu veau, vache, cochon, couvée…

Je croise les doigts super fort pour que la nouvelle répartition des zones déficitaires médicales qui doit avoir lieu d’une minute à l’autre (était prévue pour juin…) fasse passer la ville de zone intermédiaire à zone déficitaire car ça, ça serait vraiment cool! Avec tous les départs à la retraite et l’état de la démographie médicale, je pense que y a peut-être moyen.

En tout cas pour l’instant aucune aide! en dehors des aides dans les cadres des MSP (NMR etc…). Soit on est en zone déficitaire et là c’est top, sinon à priori ,non. Je me plains pas, c’est juste un fait.

On peut retrouver toutes ses aides sur de nombreux sites, par exemple ici 

Pour les subventions dans le cadre d’une MSP, voici ce que j’ai compris (peut-être y’a -t-il des erreurs)

Pour faire une MSP, il faut au minimum 2 médecins et un paramédical
et plusieurs conditions:
>un aspect pluridisciplinaire et faire 6 réunions par an avec un compte rendu
->un logiciel commun mais pour les professionnels qui ne le souhaitent pas, il faut juste un accès minimum et chacun peut avoir son propre logiciel par ailleurs
->la continuité des soins: en fait ça s’est assoupli.
Pour les MG, pas d obligation de faire des gardes si il y a un système de garde sur le secteur
il faut en theorie un professionnel (ç peut être IDE ou autre ) minimum présent entre 8h et 20h mais en fait c’est pas obligé (sinon ça fait moins de points c’est tout)
-> faire une SISA
les financements sont de 2 types :
-financements à l’amorçage :pour des investissemrnts sur du mobilier commun:ex équipement informatique, ECG, appareil d’échographie mutualisé par plusieurs professionnels
-financements récurrents
Il y a plein de critères et chaque critère donne des points
1 point = 7 euros par an
pour ex:la continuité des soins =700 points
en moyenne cela peut faire une somme de 20 à 50 000 euros /an (?)
que l’on peut au choix utiliser pour les charges courantes (ex pour payer une secrétaire )
ou dans le cadre d’un projet commun , pour des actions non rémunérérées: ex :rémunérer les temps de staff, ou pour payer l’intervention d’une psychologue/diet/osteo pour certains patients

Voilà pour les histoires de sous.

En revanche, il faut saluer une aide humaine qui est mise à disposition: c’est le référent installation. J’ai vu ça sur le site « Portail d’aide aux professionnels de santé »

J’ai rempli un formulaire sur le site pour être contacté par mon « référent installation ». Je pensais me rendre à une permanence mais n’ayant pas pu m’y rendre, j’ai eu un entretien téléphonique avec lui d’environ une heure. Il a répondu à toutes les questions que je me posais (aides à l installation/statuts SCM-SISA/informations sur MSP-conditions et aides/contrats/loyers etc ) et cela a rendu les choses beaucoup plus claires dans ma tête. Je garde ses coordonnées. Pour le coup, je trouve ça vraiment chouette.

Dans les aides, il y a également de nombreux sites et documents (guides à l’installation) faits par diverses instances notamment les syndicats. La liste n’est pas exhaustive, je suis preneuse d’infos.

Guide de l’Installation – SNJMG

Guide de l’installation MG France

Guide de l’installation en libérale – ReAGJIR

Guide d’installation – Guide de l’installation libérale

Le processus d’installation en libéral | ameli.fr

Wind of change

Je suis réticente au changement. J’aime les choses comme elles sont, je n’aime pas les séparations, les étapes de la vie qui se terminent. Je peste devant une mise à jour d’un logiciel ou autre parce que j’aime pas quand ça change !!

J’admire les gens qui changent de vie, qui prennent des risques, des gens comme mon frère qui enfant changeait les meubles de sa chambre de place tout le temps pendant que moi je faisais la grasse mat et qui l’année dernière a tout plaqué pour faire le tour du monde en famille. Moi c’est tout le contraire, est ce parce que j’ai peur? parce que je n’ai même pas l’idée que les choses pourraient changer? ou est ce que c’est parce que je suis très bien comme je suis? Tout ça à la fois probablement.

Quoi qu’il en soit, je me pose et je ne bouge plus. Récemment pour la première fois, j’ai imaginé l’hypothèse de déménager en Province. C’est complètement fou. En tout cas, trop fou pour moi, j’ai refermé cette idée très vite.

Et pourtant, un grand changement m’attend (à mon niveau, tout changement est un grand changement): au niveau professionnel.

Je suis installée comme collaboratrice depuis 7ans maintenant, dans un cabinet où je travaille depuis presque 10 ans. J’en suis au stade où je vois des ados que j’ai vu à la maternelle. Et comme je l’écrivais ici : jusqu’ici tout allait bien !!

Cinq ans après avoir écrit cela, c’est toujours valable: j’adore toujours mon travail et mes conditions de travail. Encore plus même depuis que j’ai des internes: cela me plait tellement, les liens créés, la relation qui évolue, d’interne à remplaçante, à futur associée un jour qui sait? Bref je digresse sur comment je suis bien pour ne pas parler du fait que cela va changer probablement. Donc, en dépit du fait que j’étais parfaitement bien dans mon bureau à la déco petit prince, avec mes patients trop gentils et un confort extrême (j’occulte un peu les soucis existants et la patientèle qui déborde), j’ai pris la décision de changer de cabinet.

Pour plusieurs raisons, notamment le départ à la retraite proche de ma collègue et le fait qu’il faut un jour devenir un adulte. Je suis d’ailleurs fière de cette décision sage. Sitôt cette décision prise et annoncée, j’ai remis cette idée dans un coin de ma tête (coin appelé déni) et je me suis dit que j’étais large pour y penser. J’ai fait quelques projets vagues, où je m’imaginais accompagnée de mes anciennes internes/remplaçantes mais je me disais « mince y a pas d’adultes » avant de comprendre : en fait l’adulte c’est moi …

Et puis par hasard, j’ai rencontré une confrère spécialiste qui s’est installée dans un nouveau cabinet tout beau, tout neuf qu’elle rénove depuis un an. Un peu le truc improbable qui te tombe dessus, tout parfait « avec un frigo pour manger des glaces dans le jardin dans lequel on mettra des balançoires pour les enfants ». A 5 minutes en voiture de l’ancien cabinet hein, faudrait pas non plus être trop aventureuse (et surtout pas perdre mes patients-cela dit si j’en perd quelques uns en route …).

J’ai eu  comme un coup de foudre avec le coeur qui battait et tout et j’ai précipité mon départ. C’était trop beau pour être vrai. Et puis comme dans un coup de foudre, ensuite il y’a le moment où la réalité apparait telle qu’elle est, un peu moins idyllique. Par exemple, avoir des jolis bureaux c’est bien, mais avoir des médecins à mettre dedans ça serait bien aussi….

Quoi qu’il en soit, les dés sont jetés. Les patients commencent à se le dire entre eux: le 1er novembre,je change de cabinet…

Moi qui suis réticente au changement…

Et puis ça tombe bien, mon mari change de travail aussi , soyons fous.

Sans parler du changement d’internes.

Du coup, j’ai plein de choses à penser/prévoir . Etre un adulte c’est dur, dit Bénabar.

Et pour me sentir moins seule, je crois que ce blog va reprendre du service. Parce que j’ai plein de questions… Et je me suis aperçue qu’il n’y a pas tant de sources d’informations que ça .

Mais ce qui est chouette c’est que contre toute attente, l’enthousiasme est pour l’instant supérieur à l’angoisse !!

Donc TO BE CONTINUED

 

 

Le travail c’est la santé Le retour

Je vais faire comme si je n’avais pas remarqué que mon dernier article date d’il y a un an, que ce blog est moribond et n’a plus trop de raisons d’être,et je vais donc faire comme si de rien n’était (juste un petite pensée reconnaissante pour Jérôme,le seul à qui j’ai l’air de manquer )

Aujourd’hui, c’est à nouveau la fête des travailleurs.

Le travail notamment la santé au travail est toujours un sujet qui me tient beaucoup à coeur.

Il y a 3 ans j’écrivais  ça et ça (la paperasse pour les nuls).

Quand je regarde en arrière , il y a énormément de choses qui ont changées dans ma pratique. En revanche, sur ce sujet j’ai peu évolué, j’ai juste enrichi mon expérience.

J’ai toujours les mêmes constats:  Le travail est omniprésent dans nos consultations de médecine générale. C’est toujours un domaine pour lequel nous manquons de ressources (du fait du manque de formations d’une part, et du fait du manque de solutions magiques d’autres part).

Il y a 2 jours, à nouveau beaucoup de consultations liées au travail (en même temps, le dernier jour du mois, je vois tous les patients que j’ai tous – c’est un peu bête -arrêtés jusqu’à la fin du mois ….)

J’ai vu Mme D. qui est en burn-out. J’insiste sur le fait qu’il est trop tôt pour reprendre. La première fois que je l’ai vu et arrêté il y a plusieurs mois, je l’avais vu transformée en 15 jours. Elle était venu adressée par sa soeur car son médecin refusait de l’arrêter. Il lui avait fait un arrêt de 3 jours en lui disant d’un ton ferme « mais après il faudra reprendre » .Elle s’était reposée, avait réfléchi aux problématiques de son travail et constaté qu’il lui fallait faire des changements. Elle avait fait les démarches pour faire un bilan de compétence et entamer une procédure de VAE:valorisation des acquis de l’expérience. J’avais été très impressionnée de constater un tel bénéfice de l’arrêt de travail. Pour moi, l’arrêt est vraiment thérapeutique dans des situations de burn-out et pour les patients c’est une démarche tellement difficile qu’il faut je pense leur proposer sans réserve, voire insister. Puis Mme D. a repris son travail avec son rythme effréné et à nouveau s’est retrouvée épuisée. Mais cette fois ci je constate qu’après un mois d’arrêt,elle ne va guère mieux et je pense déceler un syndrôme dépressif sous jacent. Je reconduis l’arrêt, lui conseille de reprendre RDV avec le médecin du travail, lui propose de voir un psychologue et l’encourage à reprendre ses démarches en vue d’un changement de travail, et surtout de prendre du temps pour elle et de se détendre.

Mme G. après un long arrêt suite à une fracture de hanche en courant après le bus n’est toujours pas apte à reprendre le travail. Cela dit cette patiente de 55 ans, qui aimait son travail de médiatrice dans une association et faisait énormément d’heures a dû mal à se projeter dans une reprise. La consultation tourne surtout autour de l’actualité, elle répond d’ailleurs « comme la conjoncture actuelle » quand je lui demande comment elle va. Je reconduis son arrêt d’un mois, comme beaucoup de patients…le 30 mai sera encore une journée bien chargée 🙂

Mr M. un jeune patient ne peut plus faire son travail de manutentionnaire suite à une rupture de ligament du poignet lors d’un accident de travail . Après des mois d’arrêt, les choses bougent un peu finalement. Après longue discussion, je l’ai adressé en visite de pré-reprise à son médecin du travail pour envisager un licenciement pour inaptitude. Ce n’est pas une décision prise à la légère par le médecin du travail et par le patient mais il est jeune et a d’autres projets professionnels, cela va lui permettre d’avancer.

Mme V. est fonctionnaire . A 45 ans elle m’a révélé l’année dernière des violences très graves dans sa jeunesse. Depuis elle se reconstruit en luttant de mille façon et est extrêmement courageuse. Des lombalgies et une anxiété réactionnelle ne lui permettent plus de faire son travail de cantinière pour le moment, toute son énergie je pense étant absorbée par sa reconstruction. Après un refus de congé longue maladie pour lombalgies, un congé longue maladie pour dépression vient d’être refusé. Je lui dis de ne pas prendre personnellement cette décision administrative. Mais c’est une difficulté en plus à affronter alors qu’un soutien de son travail l’aurait beaucoup aidé.

Arrêt pathologique pour une patiente en fin de grossesse qui a été jusqu’au bout mais commence à fatiguer. La grossesse n’est pas une maladie oui je sais . Tout va bien par ailleurs. Discussion joyeuse.

Discussion plus compliquée pour une patiente qui vient à la fin de son congé maternité pour son arrêt de « suites de couches pathologiques de 1 mois  » …Qui n’existe pas. Après m’être légèrement braquée devant cette patiente qui comptait sur cet arrêt et qui n’a pas de mode de garde, je me sens égoïstement soulagée de trouver en creusant un peu des vrais motifs d’arrêt de travail me permettant de faire un arrêt de travail justifé.

Mme M. est une patiente avec un fort caractère. Son côté joyeux et dynamique cache je pense toutes les souffrances que la vie lui a fait enduré. Aide soignante aux urgences, une énième agression a mis son épaule et son moral à l’épreuve. Le manque de soutien de sa hiérarchie et de ses collègues surtout l’ont mis KO. C’est souvent ça qui fait le plus de mal à ceux qui s’investissent à fond dans leur travail:le constat de l’absence de reconnaissance et de soutien des employeurs et des collègues dès que l’on est plus opérationnel.Le suivi psychologique lui a fait du bien mais dès que ça va mieux, elle reprend toutes ses habitudes, récupère ses mécanismes de défense et donc sa bonne humeur.

Mme K. a une arthrose très évoluée des genoux. Elle ne parvient plus à assurer son emploi de femme de ménage. Le médecin conseil de la sécu a jugé qu’elle pouvait reprendre le travail . Mme K. qui marche avec une canne pense que non. Moi je pense que si Mme K. qui a 50 ans, a élevé 8 enfants ,que je connais mal mais qui me semble être une femme courageuse, juge que en dépit de sa situation financière très précaire elle ne peut pas reprendre le travail,c’est qu’elle ne peut pas. Je fais donc une lettre au médecin du travail qui va la voir en visite de reprise en lui exposant la situation. Celui -ci juge Mme K. inapte à son poste et en l’absence de reclassement possible,Mme K va donc être licenciée pour inaptitude. Je suggère donc à Mme K. de demander à revoir le médecin conseil et fais une lettre à celui-ci pour demander d’envisager une mise en invalidité. Parallèlement, je demande à Mme K. d’aller chercher un dossier MDPH pour faire une demande de RQTH qui lui permettra peut-être d’accéder à des formations (il aurait fallu cependant remplir ce dossier il y a un an vu les délais de traitement).

Je vois Mr C. qui n’est pas mon patient mais qui avait vu mon interne pour un accident de travail avec rupture tendineuse de l’épaule et était en souffrance psychologique au travail. Il tenait à faire une déclaration de maladie professionnelle. Ses deux épaules sont abîmées. Je lui avais expliqué les avantages et inconvénients. Il me semblait que ce n’était pas bénéfique dans son cas. Je le revois pour reprise du travail. La déclaration de maladie professionnelle a été faite. Il en est content. La reconnaissance psychologique est très importante pour le patient. Et il faut en tenir compte.

Par rapport à mon billet d’il y a 3 ans, je constate que justement j’ai revu Mme P. qui était en grande souffrance au travail (dans une grande surface ).Une grossesse et un congé parental lui ont permis de réfléchir. Elle en train de faire grâce au FONGECIF une formation de secrétaire médicale et est ravie.

Et je me dis que tien,cela n’est pas bon signe, cela fait quelques semaines que je n’ai pas revu Mr B. qui reste toujours un patient qui m’est cher et qui a un problème d’addiction au travail. On essaie de travailler là dessus et sur plein d’autres choses mais le travail est long, et je ne pense pas que je sois capable de l’aider assez à moi toute seule, mais bon comme c’est moi qu’il vient voir…Une victoire, il n’a été travaillé qu’une seule journée lors du dernier arrêt de travail que je lui ai fait accepter .

Et Mr C. n’a toujours pas ses papiers et la vie est toujours aussi difficile pour lui.Il fait toujours des petits boulots au noir de temps en temps pour lesquels il est exploité.

Mme O. prend toujours le RER de 4h30 tous les matins …

Je constate donc que les problèmes sont toujours les mêmes et ne vont pas en s’arrangeant.

Ce que je constate, c’est qu’une prise en charge médicale adaptée, cela change tout pour les patients.

La première chose importante, c’est de consulter!!! Quand ça ne va pas et pourtant peu de patients y pensent.

Pour une rhino, ça oui ils y pensent. Et du coup il leur semble légitime de demander un arrêt de travail puisqu’ils ont un problème médical. Et que ça tombe bien puisque par ailleurs,ils n’en peuvent plus. Mais du coup ça donne des médecins (eux mêmes souvent épuisés voire burn-outés) qui ne comprennent pas cette demande. Le risque étant pour le médecin d’augmenter son risque de burn-out et pour le patient de se dire que la prochaine fois, même pour une rhino il ne consultera pas (chouette) mais du coup encore moins pour une souffrance au travail qu’il a lui même parfois du mal à identifier .

Du coup, il faudrait un slogan du style « les antibiotiques c’est pas automatique, mais si vous êtes au fond du trou, votre médecin généraliste est là pour vous » (bon OK jsuis nulle en slogan)

Ensuite, il faut l’avouer, il faut que la consultation soit bénéfique , avec un médecin bienveillant et compétent. Et la compétence il faut avouer que l’on ne nous l’apprend pas trop.

Je voulais donc vous faire partager (c’était le but initial de ce billet mais je me suis laissée emporter à bavarder)

-ce blog en BD et sa série « Le lundi c’est ravioli » sur ce sujet des consultations liées au travail en MG .

-Et également ce site fantastique et très riche en infos à l’intention des médecins généralistes fait par une interne en médecine du travail Patient travailleur.

De nombreuses informations pratiques, des algorithmes décisionnels etc

Avec une rubrique sur une question qu on se pose souvent :Faut-il déclarer une Maladie Professionnelle?

Voilà, à une semaine des élections, alors qu’on parle si peu d’eux finalement, j’avais envie de penser un peu aux travailleurs…

Et bien sûr, je sais qu’aujourd’hui c’est une journée qui va bien au delà que la fête du travail.

Je n’ai pas précisé que Mme D. est originaire d’Haiti, Mme M. de la Guadeloupe, Mme O. des Commores, Mr M. D’Algérie , Mme V du Maroc, Mme K. du Cameroun, Mr B. de Tunisie etc parce que pour moi, ce sont seulement Mme M. ou Mr B. ,ce sont mes patients, des travailleurs. Certains sont français, d’autres non, cela n’a aucune importance en ce qui me concerne.

Leur diversité m’enrichit, m’apporte énormément, elle rend mon travail plus beau, et elle fait de moi, je pense, une plus belle personne.

 

 

Burn out: moi jamais

Je me considère comme la championne de l’anti burn out.

Je donne des leçons (oui j’aime bien donner des leçons) aux autres sur comme lutter contre le burn out, à mes proches, mes patients, mes collègues, mes internes.Je leur conseille du repos et du plaisir. Je repère d’ailleurs bien ceux qui vont droit dans le mur et en général l’avenir me donne raison.

J’ai fait tous les bons choix , et j’ai aménagé ma vie professionnelle et personnelle de façon à ce que la médecine reste un plaisir et jusqu’ici tout allait bien. Je m’épanouis vraiment dans mon métier, d’autant plus depuis que je suis maitre de stage et que je donne des cours à la fac et dans les autres activités que je fais en parallèle et je m’auto-félicite de comment je suis contente de moi.

Et du coup,ça m’a pris par surprise quand mon mini burn out est venu. Je dis mini parce que c’est pas un vrai, et que c’était très circonstanciel, mais pleurer dans la voiture tous les soirs en rentrant, compter les jours, compter les patients qu’il reste à voir…

C’est à cause de mes patients, ils ont eu des maladies, salauds de malades…

Jusqu’à maintenant, j’avais été préservée, ils étaient sympa mes patients, très peu malades finalement et surtout ils avaient la décence de pas mourir. En cinq ans d’installation,pas un seul décès. Et là, en peu de temps, pas mal de maladies graves, et dans la même semaine, plusieurs choses compliquées à gérér, deux fin de vies dont une patiente du même âge que moi, une patiente que j’aime beaucoup qui fait une bouffée délirante aiguë, une petite de 3ans qui a une grave maladie, gérer un patient qui est un proche . Et l’absence de mon interne qui vit des moments très difficiles.

Heureusement, les vacances sont arrivées, bien à propos, dur de lâcher le cabinet (c’est propre au burn out, de se sentir indispensable) mais cela m’a fait du bien. J’ai retrouvé mon frère et sa famille, mes neveux et mes nièces, partis faire le tour du monde, j’ai visité les temples d’Angkor, j’ai nagé au milieu du plancton phosphorescent. Le Cambodge est un pays dont on ne revient pas indemne.

Et demain, il faut reprendre et pour la première fois, je ne reprends pas le travail avec plaisir mais avec appréhension. Je n’ai pas spécialement envie d’y retourner mais surtout j’ai peur, peur de ne pas retrouver le plaisir de mon métier que j’adore, peur de compter les jours avant le week end (où je suis de garde d’ailleurs ce qui me désespère à l’avance), peur de compter les patients avant la fin de la journée, peur de ne plus aimer les gens .

Parce que vraiment, c’est pas dieu possible que moi je fasse un burn out. Bon si ça va pas demain, on dira que c’est le jet lag et après demain tout ira bien !!

Parce que jusqu’ici tout allait bien alors pourvu que ça dure …

 

Le disque rayé

Ce mois ci le Mededfr a invité à bloguer sur le sujet « Savoir dire non »

Je pourrais écrire sur tout le chemin parcouru pour apprendre à dire non, ce que j’arrive à peu près aujourd’hui mais encore faut-il savoir comment le faire!

Ce que je voulais juste faire c’est partager ce que j’ai découvert et qui m’a beaucoup aidé: la technique du disque rayé progressif expliquée ici par Dominique Dupagne.

Il s’agit de répéter à plusieurs reprises une phrase constituée de deux parties

-Une première partie empatique « Je comprends bien ce que vous me dites »

MAIS

-Une deuxième partie qui indique le refus « je ne peux pas »

et ça monte crescendo

C’est juste brillant!

A lire absolument!

Cela a changé ma vie, en tant que médecin généraliste mais dans tous les domaines.

L’autre chose qui a changé ma vie,c’est de comprendre que dès fois au lieu de dire non, il suffit parfois simplement de comprendre ce qu’il y a derrière la demande et de recentrer le problème mais bon,c’est une autre histoire.

Vous pouvez lire les récits de médecins et de patients qui ont blogués sur ce sujet

Armance Ni oui ni non bien au contraire

Bruits des sabots Dire non

Patiente impatiente Dire non. Etre entendu. Ou pas 

Ninoche Say What

Je suis aidant Le pouvoir de dire NON. Que la force soit avec nous

Les chroniques d’Hortensie Le jour où j’ai dit non

Hermine  Mon mot à dire

Lama Rtine Pouvoir dire non

Shayalone Dire non-Aux nombrils des mondes 

 

Une main gauche et demi

Je viens de relire quand je racontais mes deux mains gauches il y a plus de 4ans.

J’écrivais « La morale de l’histoire c’est que quand on a deux mains gauches, on assume. Plus jamais ( ne jamais dire jamais mais quand-même ) je ne touche à un implant »

Ne jamais dire jamais évidemment c’est une doctrine très sage. La vie qui m’apporte beaucoup de surprise me l’a appris.

Si on m’avait demandé les choses que j’étais sûre de ne jamais faire, j’aurai cité entre autres « ne pas écrire un article le 17″, »courir plus de 5 minutes » et « retirer un implant contraceptif »

Hier, je n’ai pas écrit d’article,j’ai couru une heure et aujourd’hui, j’ai enlevé un implant.

Autant vous dire que je ne sais plus qui je suis…

J’avais pris ma mésaventure de ce scalpel dans le doigt comme bonne excuse de ne plus rien faire, de laisser les gestes en particulier au niveau gynécologique à d’autres ou à mes collègues et je me laissais engluer dans mon petit confort.

Et puis comme je le racontais ici, l’émulation de twitter, des blogs et puis le fait de recevoir des internes m’ont donné envie de sortir de mon confort et de m’améliorer.

Je ne tremble plus de peur quand je pose des stérilets.

Bon,c’est pas encore ça! Le plus dur pour moi reste de couper les fils. La semaine dernière, mes ciseaux de coupaient pas, j’ai laissé la patiente en position, j’ai chargé un patient de garder la porte contre toute tentative de pénétration et j’ai couru l’étage au dessus chercher des ciseaux, après le stérilet est ressorti, pendant ce temps mon interne voulait rentrer passer une carte vitale, je lui criais « nan rentre pas », et je raconte pas la suite tellement c’est n’importe quoi!

Mais je n’abandonne pas!

Et quand j’en ai eu assez que les patients attendent mes vacances et la présence d’Elliot Reid ou d’adresser à mes collègues, je me suis lancée à la pose d’implant. Avec le nouveau système, faut dire que c’est pas très dur! Ca ne m’a pas empêché la première fois de pousser sur la languette et de mettre l’implant par terre …

Et puis quand la première patiente à qui j’ai posé un implant a voulu le retirer, ben je me suis dit que c’était cohérent de lui enlever….et je me suis entendue dire « lundi? »

Et puis lundi, aujourd’hui, ben je lui ai enlevé! et je me suis même pas mis le scalpel dans le doigt!!!!

Faut dire que depuis j’ai découvert, grâce à vous une fois de plus, la technique de l’aiguille/de la tente/du pie vert et il faut avouer que ça change tout.

Et j’ai bien fait attention à ne pas me piquer avec l’aiguille non plus!

J’ai même hâte de recommencer!!!

Voilà ma petite histoire du jour. J’ai l’impression que je suis un peu moins affreusement malhabile!

En ce moment, je me dis que je suis arrivée au bout de ce que la vie peut m’apporter. Je suis comblée mais personnellement et professionnellement je n’ai que peu de perspectives de changements, de surprises, d’adrénaline.

Et puis dès fois, comme aujourd’hui, des choses improbables me tombent dessus, des fois, j’y suis aussi un peu pour quelque chose c’est sûr, mais symboliquement, arracher ce bout d’implant du bras de la dame, c’est la preuve que la vie peut me surprendre et que je ne suis pas au bout des perspectives!

Oui je sais c’est accorder beaucoup d’importance à ce petit bout en plastique, mais on fait avec ce qu’on a 🙂

(Bon cet article est complètement autocentré et j’ai vraiment du mal avec le fait de rebloguer et de raconter ma vie, je ne sais pas si c’est plus narcissique qu’avant ou si je m’en rend plus compte mais bon, ça me questionne

je publie quand même 🙂

4 janvier

Dure dure la reprise, après 4 jours d’absence à faire la grasse matinée et à rester à la maison en famille. Ce matin, c’est dur pour tout le monde!

En discutant hier avec un ami qui me disait qu’il était impatient de retourner au travail, car il avait hâte de faire plein de choses qui l’attendaient, je me suis dit mince, j’aime pourtant vraiment mon travail, mais j’ai vraiment pas hâte d’y retourner.

Insomnie dûe au décalage des grasses mat, 4h de sommeil, ce matin c’est évidemment affreux, comme tous les matins d’ailleurs.

Matin très dur pour les filles aussi, « Vivre ou survivre » qui passe à la radio dans la voiture, je suis dans le thème.

9h04, j’arrive au cabinet, salle d’attente pleine mais on a vu pire.

Je me suis dit que pour me motiver,ce matin, j’allais noter dans ma tête et ici toutes les choses qui font que j’aime être là et qui me motiveront à venir demain matin remplacer le remplaçant alors que c’est ma matinée de congé.

Alors que je reprends un semblant de motivation pour me lever et attaquer, je lis les mémos et voit une demande de visite pour à midi, coup au moral!

Allez 9h17, il faut vraiment que je bouge mes fesses.

1er truc sympa:

Mme B, 80 ans qui ne parle pas français, accompagnée par sa fille , qui se lève m’embrasser la main quand je lui dis que ses résultats sont bien

(ce qui est sympa aussi, c’est qu’elle vient juste pour ça:c’est facile)

2ème patiente: elle vient d’emmenager, j’ai déjà vu ses enfants,je la vois pour la première fois pour un début de grossesse, et même si c’est une consultation très sympa, je ne suis pas contente de moi parce que je ne pose pas la question des violences alors que c’est une première consultation,qu’elle est enceinte et que je n’ai aucune raison de ne pas lui demander…

A 10h16: j’ai fait une mini holà de joie en voyant seulement 4 personnes dans la salle d’attente.

Ensuite, évidemment j’ai perdu le fil.

Parce que jusque là,j’essayais de noter à fur et à mesure ..

Cela m’a motivé pour commencer la journée…et puis j’étais lancée

La journée est passée…

10h non stop…

A peine le temps de manger ou de faire pipi…

Mais pas le temps de penser que ça me manquait

Il est 21H30, je viens juste de me poser, après être rentrée tard, m’être occupée et avoir couché mes filles…

Je ne voudrais absolument pas faire ça tous les jours…

Ca ne serait pas une vie…

Je n’ai vraiment pas envie de me lever demain matin..

Mais je n’ai jamais envie de me lever le matin, cela dit.

Mais ce que je sais, c’est que j’aime mon travail et que j’ai aimé cette journée malgré tout.

A cause de tout ce que je n’ai pas eu le temps de raconter et qui en fait toute la valeur, la saveur.

Evidemment du coup, comme je n’ai pas eu le temps de le raconter, cela rend très peu intéressant ce billet mais bon, je pourrais presque dire que j’ai hâte d’aller travailler demain.

Parce qu’aujourd’hui, ce fut un vrai plaisir de voir l’adorable Imany, que je suis depuis sa naissance, pour son vaccin des 16 mois, et de voir Joseph, 3ans, trop craquant, pour la première fois. La maman de Joseph, j’en avais déjà parlé, fait partie des patientes au parcours trop difficile, dont être le médecin traitant m’enrichi.

Il y a Mr B. octogénaire qui a doublé tout le monde pour m’offrir des gâteaux espagnols et me souhaiter la bonne année…

Oui la bonne année… encore et encore.. et la santé surtout…

C’est un peu répétitif mais certains patients sont vraiment gentils avec ça..

Moi même, j’ai probablement dit « et bonne santé » en éclatant de rire à des patients bien malades en leur disant aurevoir …

Je sais même avoir dit un « y’a plus de saisons » aujourd’hui..

Et un « putain de bonne année » à une vieille dame (c’est que disait sa télé au moment où je suis arrivée chez elle)

Aujourd’hui,j’ai eu une tirade de remerciements touchants d’une patiente.

On m’a adressé une nouvelle patiente, très jeune et très très malade, qui se sentait complètement abandonnée dans sa prise en charge pour plein de raisons. La tristesse de sa situation est un peu atténuée par le sentiment de pouvoir vraiment l’aider…notamment en appelant les fameux merveilleux coursiers sanitaires et sociaux dont je parle tout le temps. A chaque fois que je fais appel à eux, et c’est très souvent en ce moment, je me sens vraiment utile…

Et puis j’ai pris un patient avec une angine en plus!!  Rien que ça, ça valait la peine que je me lève!

Et j’ai commandé un tabouret confortable et une machine à café pour mon interne!

Qui vient demain, et ça aussi c’est un vrai plaisir et une vraie motivation pour demain…

Et au moins, ce soir, je ne pense pas que je fasse une insomnie…

Bref, le 4 janvier, ça c’est fait!

 

 

To refuse or not to refuse

« Ca dure depuis la semaine dernière, mais je n’ai pas réussi à avoir un RDV avec vous avant… »

« C’est mission impossible pour avoir un RDV avec vous »

Madame et Monsieur D. sont un couple d’octogénaires très attachants. Leur médecin vient de partir à la retraite et ils viennent avec leur dossier tout bien préparé. Je reprend leurs antécédents, la base, mais j’ai toute leur vie à découvrir, cela va se faire au fur et à mesure. Je me rend compte que j’ai très peu de patients âgés (je ne pense pas avoir plus de 10 patients de plus de 75 ans dans ma patientèle). Je me sens très incompétente du coup en gériatrie et je ne sais pas si c’est une bonne chose pour eux mais moi je pense que c’est enrichissant pour moi. En tout cas, je sais qu’ils sont soulagés d’avoir trouvé un nouveau médecin traitant,dans le contexte démographique actuel »

Madame R. a 33 ans, je la vois pour la première fois, je note « prise de contact » comme motif de consultations et je reprends les antécédents. Je sens dès que je la vois une force de caractère d’une personne qui a vécu des choses difficiles, ce sont des choses que j’ai appris à sentir d’instinct. Du coup encore plus que d’habitude, je m’efforce de poser la question des violences. J’ai beaucoup de patients migrants avec des parcours extrêmement difficiles. Et quand on le demande naturellement, ce n’est pas intrusif et en général lors d’une première consultation, je retrace naturellement une partie du parcours des patients. Madame R. venait pour des lombalgies. Elle me raconte son accident de voiture en Afrique avec fracture de la jambe allitée plus d’un an, le décès de son frère et de son père l’année suivante,son départ en Grèce, sa vie plusieurs années à travailler dans un hôtel, puis comment elle est arrivée seule à Paris, enceinte de 7 mois suite à un viol, pour recevoir des soins d’une grossesse très compliquée, puis sa vie depuis. Cette histoire comme tant d’autres font parties de mon quotidien. J’aime recevoir des nouveaux patients, des nouvelles patientes. Etre le nouveau médecin de cette patiente est ce que j’aime dans mon travail, parce que je me sens toute petite, que cela relativise mes propres problèmes et que cette patiente m’apportera beaucoup. Parce que j’aime les gens et découvrir leurs histoires. Et parce que je pense que je peux l’aider, que pour le coup, (ce qui n’est pas forcément le cas des précédents patients âgés avec des problèmes cardiovasculaires!!) je pense que je peux lui apporter des choses, parce que j’ai une sensibilité à m’intéresser à ce qu’elle a vécu, que je sais l’écouter et l’adresser aux bonnes personnes, parce que j’ai les coursiers sanitaires et sociaux à mettre sur le coup aussi si besoin.

J’ai passé 45 minutes avec elle, j’aurai pu recevoir des patients en plus que j’ai refusé.

L. est ado de 15 ans qui vient pour la première fois accompagnée de son père. Je laisse mon interne gérer la consultation pour vomissements. Je ne dis presque rien pendant la consultation. C’est vraiment très dur pour moi. Après plus d’un mois de stage, on en est à la mise en autonomie. Elle a vu sa première patiente toute seule et son enthousiasme fait plaisir. En consultation à deux, on parle toutes les deux mais je me force à faire quelques consultations sans intervenir. Cette consultation est pédagogiquement très riche ,par exemple,je la félicite d’avoir fait sortir le père pour l’examen mais la reprend sur la façon de le faire (ne pas demander « tu veux que ton père sorte »). Sans que ce ne soit nullement au détriment des patients, les nouveaux patients sont vraiment très intéressants en tant que maitre de stage pour laisser aux internes la main, et l’occasion de créer une relation avec les patients, ce qui est souvent plus difficile avec les patients que l’on connait bien.

« Vous avez attendu 2h30 pour votre renouvellement d’ordonnance… » « Ben oui, mais y’avait pas de RDV avant la semaine prochaine, alors jsuis venue à la consultation sans RDV »

« C’est ma voisine qui m’a conseillé de venir vous voir »

« C’est Mme …. qui m’a dit du bien de vous »

« Vous suivez déjà ma soeur, ma femme ,mes enfants et et ma belle mère.. »

Le bouche à oreille fait effet et c’est vrai que ça fait plaisir.

« Je ne suis jamais venu mais j’ai une angine »-> Sauver des vies de patients inconnus!!

Voilà donc l’ambivalence dans laquelle je me trouve.

Je ne suis pas assez disponible pour mes patients.

Je ne peux pas me résoudre à ne plus prendre de nouveaux patients.

Après cinq ans d’installation, j’arrive à un stade où ma patientèle déborde mes disponibilités.

Pourtant ma patientèle médecin traitant est faible, je n’en ai aucune idée en fait, il faudrait que je regarde mais au hasard je dirais 300 ce qui bien en dessous la majorité des médecins… sachant que cela ne prend pas en compte les moins de 16ans qui sont 35% de ma patientèle mais bon.

Mais je n’ai pas envie de refuser de nouveaux patients, je n’arrive pas à passer le cap.

Pour moi, parce que comme le montrent les exemples cités, les nouveaux patients m’apportent beaucoup. Ils m’apportent de la variété, du renouveau et des nouvelles rencontres. J’aime les nouvelles rencontres, je ne pourrais pas m’en passer. Cela voudrait dire. Voilà c’est fini, il n’y aura plus personne d’autre…pire qu’un mariage…

Et puis les patients qui me font confiance et m’adressent leurs voisins/familles/amis..

Chaque jour, j’ai en moyenne 2 nouveaux patients, je n’ai pas envie d’y renoncer.

Ensuite pour les patients…et pour le principe.. Si moi, jeune médecin, je ne prends pas de nouveaux patients, dans le contexte actuel de pénurie de médecins, avec tous les départs en retraite, qui va le faire …

Alors comment faire?

Travailler plus?

Non.

Ca, je suis sûre de moi.

Parce que déjà, je n’ai pas envie. En pratique, je travaille plus, j’allonge légèrement mes demis-journées mais je garde mes 2 matinées off et mon jeudi off. Mon bien-être en dépend.Je vois en moyenne entre 25 et 30 patients par jour. Je fais à peine 35heures par semaine (sans compter les gardes, la fac et les formations continues auxquelles je participe ou que j’anime). Je ne veux pas faire plus.

Et je pense que c’est mieux aussi pour les patients car les moments où je suis présente, je suis heureuse de l’être.

Et puis je suis convaincue que cela ne changerait rien,si je travaillais plus, ça ne serait toujours pas assez, et que l’on pourrait travailler jusqu’à minuit tous les soirs, il faudrait quand-même refuser des patients.

S’organiser différemment?

J’ai réfléchi et je réfléchis toujours à la façon d’optimiser l’organisation.

Je pense avoir la solution optimale même si cela ne l’est pas vraiment.

Le matin, c’est sans RDV. Beaucoup trouvent ça affreux mais moi je trouve ça bien. Surtout, cela me décharge d’une pression extrême de prendre les patients en urgence ou d’avoir à entendre des « il me faut absolument un RDV aujourd’hui  « je n’ai pas été travaillé hier mais je n’ai pas pu avoir de RDV, il faut dater mon arrêt d’hier »,il suffit de dire aux patients « il y a la consultation sans RDV »

Alors oui,c’est long et même moi ça me fait mal de les voir attendre deux heures mais c’est possible.

Et puis malgré tout,il n’y a pas la pression de l’heure comme sur RDV, ce ne sont pas les mêmes consultations et cela permet l’accès à des patients pour qui c’est difficile de prendre un RDV.

Et jusqu’à maintenant, cela se régulait pas mal, il faut venir avant 11h, et en j’ai très exceptionnellement fini après 13H30.Et je ne travaille que deux matinées par semaine, j’ai une remplaçante les autres jours. Mais il est loin le temps où à 11heures, c’était vide ou les patients voulaient tous voir ma collègue, maintenant les gens arrivent de plus en plus tôt et ces derniers temps, il y a eu des matinées apocalyptiques où je me suis demandée si j’allais pas mettre des tickets comme à la sécu. Et les gens viennent vraiment pour moi!

L’après midi, j’ai des RDV toutes les 20 minutes (malgré ça je suis tout le temps en retard, mais j’ai du mal à laisser des trous) et il y a genre 12 créneaux (j’en rajoute tjs un peu,avant et après mais bon) dont la moitié sont à donner le jour-même. Du coup ça fait peu de créneaux et les RDV sont pleins plus d’une semaine à l’avance et on dit aux gens de rappeler le matin même mais comme y a que 6 places, ils rappellent et c’est déjà plein, il sont vénère et bref c’est nul. Je ne trouve pas mieux cependant.

Et puis on travaille en groupe, il y’a toujours au moins un médecin le matin sans RDV, il y a des remplaçants et il y a les internes (mon niveau 1 et la SASPAS de ma collègue)

Donc les patients peuvent toujours voir un médecin le jour même, même si ce n’est pas moi,il faut qu’ils comprennent que c’est une chance, et moi ça me fait beaucoup déculpabiliser. Je n’ai pas la pression absolue.

Donc en conclusion, quoi faire de plus?

Des idées?

Pour l’instant, ma seule idée est de continuer comme ça. J’ai failli passer le cap le mois dernier et puis là,ça va un peu mieux, alors, non je ne refuserai pas de nouveaux patients pour l’instant mais je pense mettre une affiche sur ma porte pour expliquer à mes patients ce choix, m’excuser de la difficulté à obtenir des RDV, leur rappeler le travail en groupe. En fait,c’est leur avis, leur vécu à eux qui me manque et me stresse. Je devrais peut être faire un questionnaire pour explorer ça. Tiens je vais faire ça oui. Ou trouver un thésard 🙂