Un peu de médecine pour une fois

Ceci est un article à visée purement informative, destiné particulièrement aux médecins généralistes, désolé les autres, juste pour faire partager une petite expérience (et pour rester terre à terre, pas d’émotion toussa, c’est plus facile)

J’apprécie tellement le partage d’information de mes confrères sur twitter ou sur leur blog (à noter en particulier le nouveau blog antisèche d’euphorite ) que je voulais juste raconter quelque chose qui a été une petite révolution pour moi et qui apportera peut-être quelque chose à quelqu’un ….

Je suis vraiment une militante de la médecine générale et sans aucunement décrier les pédiâtres que j’aime beaucoup, j’avais quand-même tendance à proclamer que pour le suivi d’un enfant qui n’a aucun problème de santé, un suivi par un généraliste était tout à fait honorable voire même équivalent (voir meilleur même au niveau en tout cas de la disponibilité et du coût). Il ne m’est même pas venu à l’idée de faire suivre ma fille autrement que chez mon médecin généraliste et j’avoue éprouver un certain agacement pour ceux qui vont systématiquement chez le pédiâtre (mais vont quand même chez le généraliste quand le pédiatre n’est pas disponible)

Et au delà de ça, étant donné la démographie médicale, la disparition des pédiatres et la saturation des PMI, le suivi par le médecin généraliste devient souvent inéluctable.

Seulement, malgré une bonne formation je pense en pédiatrie générale, je sentais bien qu’au niveau du suivi des enfants pas malades, j’avais quand-même quelques lacunes en particulier au niveau du dépistage sensoriels ou des troubles de l’apprentissage.

Et pour les examens systématiques par exemple du 9ème mois et du 24 ème mois, notamment quand j’étais remplaçante, je savais pas du tout quoi faire de particulier. Au début, j’étais bien embêtée quand les parents venaient juste pour ça, à part un examen clinique rapide et normal, le poids et la taille, je ne savais pas quoi faire d’autre pour justifier le fait qu’on les ait fait venir exprès. Avec le temps et l’expérience, j’ai appris à poser des questions sur le sommeil, l’alimentation, les troubles relationnels, éducatifs. Mais au niveau des cases dépistage auditif, oculaire, que remplir: « Oui, les tympans sont jolis et ses yeux sont bleus »

Quant aux examens des 3 ans , des 4 ans, des 6 ans …

Le suivi des enfants était essentiellement concentré sur les problèmes somatiques, les vaccins, les problèmes de base, en tout cas, ceux auxquels je savais répondre…mais en ce qui concerne le  dépistage ou la détection de choses dont je ne connaissais même pas l’existence…

Donc honnêtement, sur certains points, un suivi à la PMI ou chez certains pédiatres ( je dis certains parce que la plupart ne font pas différemment ,ni mieux ) était plus complet.

J’en avais conscience sans savoir vraiment comment y remédier.

Et j’ai fait des FMC (c’est top les FMC quand-même) et la lumière fut …

J’ai fait des FMC sur les troubles de l’apprentissage et du développement.( chez MA FORM pour ceux que ça intéresse). J’ai appris plein de mots, qui commençaient par « dys ». Au scrabble maintenant (si j’y jouais), je pourrais placer dyspraxie sur mot compte triple et même que je sais ce que ça veut dire (oui, j’ai un peu honte mais avant je savais pas vraiment ).

J’ai appris a faire des tests de lecture, de langage. Bon , en pratique, je ne les fais pas systématiquement mais ce sont des outils dont je dispose si besoin.

Surtout, j’ai appris comment dépister les troubles visuels et auditifs! Sans faire du grand dépistage bien sûr, mais au moins, maintenant je peux remplir les cases du carnet de santé. Je ne sais pas si ça marche mais au moins j’essaie. Cela m’aurait peut-être évité de passer à côté du diagnostic de surdité d’une petite fille de 2 ans quand j’étais remplaçante, et que je m’étais dit que puisqu’elle était suivie par un ORL, il avait forcément vérifier l’audition (et ben non!).

J’ai acheté une ptite mallette avec des ptites lunettes,le test de lang , un ptit appareil qui s’appelle Sensory Baby Test, qui est validé qui émet des sons à 30 dB graves et aigus (c’est les deux petits trucs à quadrillage noir et blanc sur la photo), et puis des cubes, des petits objets etc…

et hop, quand y’a besoin je la dégaine…

Donc maintenant, quand il y a un examen systématique à faire

D’abord je ne me sens plus mal à l’aise de ne pas savoir vraiment quoi faire, de se sentir obligée de meubler la consultation.

Ensuite, quand je coche: »sait faire une tour de 4 cubes », ce n’est pas simplement parce que oui surement il a l’air dégourdi.Non seulement, je lui fais faire la tour avec les cubes, et en plus je sais pourquoi je le fais voire même ce que ça implique si il n’y arrive pas.

Je suis contente car c’est l’occasion de parler de plein de choses dont on n’a pas l’occasion. Je m’aide d’un questionnaire qu’il suffit de suivre et c’est super parce qu’on découvre des choses que l’on ne soupçonnait pas.

Il faut par contre une consultation dédiée: pas question de remplir à l’occasion d’une rhino ou autre consultation intercurrente. Il faut savoir dire: il va falloir prendre RDV pour la consultation des 9 mois, des 2 ans, des 3 ans, des 4 ans , de fin de GS , des 6 ans  (bon après en fait je sais pas, j’ai pas fait de formation). C’est vrai que cela prend un peu de temps,il faut garder 30 min: je dis: »prenez RDV pour 2 quand vous venez » mais c’est un temps important je pense. En tout cas, moi qui n’ait pas une forte activité, je peux me le permettre. Et puis, ce n’est pas tellement long que ça.

Pour ceux qui pensent que cela est coûteux. La mallette en question est un peu chère mais on peut se débrouiller sans.

Et puis, au niveau des cotations:

À compter du 07/07/2012, il est possible de cumuler MNO+FPE pour les consultations des 8è jour, 9è mois et 24è mois.C(s)+MNO+FPE=33€

on peut également côter:

-dépistage de la surdité avant 3 ans ( valable avec le sensory baby test ) :CDRP002   : 40.23 euros.

-dépistage de la vision binoculaire: (valable pour un  test de lang +examen facile) : BLQP010

donc si on fait les 2 en même temps: dépistage surdité + 1/2 vision (le 2è acte n’est côté qu’à moitié) =52.89 euros

enfin , c’est ce qu’on m’a dit, n’hésitez pas à vérifier, en fait je l’ai jamais côter encore .

Je ne fais aucune pub et je ne touche pas de commissions, mais si ça intéresse quelqu’un: on peut trouver la petite mallette ici.

Au niveau des documents intéressants que je ne peux que vous conseiller:

Guide méthodologique: protocoles d’examens systématique ( URML Bretagne)

Examen du 9 ème mois

Examen du 24 ème mois

Examen des 36 mois

dépistage des troubles de l’audition (santé.gouv)

dépistage des troubles visuels (santé.gouv)

fiche pratique: dépistage visuel en médecine générale

dépistage visuel de l’enfant: CADET

 

 

Mon externe

Quand j’étais petite, je voulais être institutrice et quand j’ai été moyenne, j’avais comme projet d’être prof de maths. Je jouais à la maitresse tout le temps et au lycée et à la fac je donnais des cours de soutien. Bref, jusqu’à ce que soudainement et mystérieusement, je décide de faire des études de médecine, j’ai toujours eu la vocation de l’enseignement.

Je me suis dit que peut-être, dans la médecine, je pourrais aussi faire de l’enseignement, cependant la voie de la médecine générale n’est pas la plus pratique pour ça, bien qu’il y ait des enseignants de médecine générale et même des professeurs et des chefs de cliniques désormais, la filière universitaire n’est pas encore très développée et il s’agit dans ce cas d’un plus grand engagement que juste faire quelques petits topos à l’hôpital .

L’hôpital aurait en effet pu être le lieu de mon épanouissement pédagogique si j’avais fait des stages en CHU. Quand j’étais externe et que comme tous les externes, j’ai subi les ordres parfois ingrats de certains internes, j’imaginais comme je serai la plus cool des internes, la façon dont j’organiserai les choses…Le seul problème, c’est que j’ai fait tous mes stages dans des hôpitaux de périphérie, non universitaires , donc sans externes..j’étais déçue mais pas au point de délaisser mon ptit hôpital  au profit du grand et diabolique CHU. Mon seul stage en CHU, ce fut aux urgences gynéco, très mauvais souvenir soit dit en passant, l’interne de médecine générale était vraiment pris pour le larbin, j’ai eu plusieurs externes, ils changeaient d’un jour à l’autre, rien de vraiment fixe mais déjà ça, ça m’a fait plaisir, j’ai pu ressentir un peu le plaisir d’apprendre quelque chose à quelqu’un mais surtout ils me tenaient compagnie dans ma solitaire épreuve. Mes externes ont participé entre autres avec moi à mes péripéties de début  de grossesse et gardaient la porte pendant que je me faisais mon échographie hebdomadaire…Bref, c’était bien d’avoir des externes…

J’aurais bien aimé le rôle de chef de clinique, avec des internes, des externes, des P2 même…

Mais, en fait, bonne nouvelle, un médecin généraliste peut avoir des externes, des internes, des SASPAS, des remplacants, des collaborateurs, ça ne s’arrête jamais…

Je vais donc pouvoir allier mon amour de la médecine générale, mon amour de la Seine-Saint-Denis et mon envie jamais assouvie d’être maîtresse d’école…

A partir de la semaine prochaine, je vais avoir un externe. J’ai choisi d’être maître de stage à ma fac parisienne plutôt qu’à Bobigny, dans le but de faire venir des petits parisiens dans mon 93…Enfin, pas que ça bien sûr, mais c’est un petit plus.

Le but est d’avoir de nouvelles perspectives, de faire des rencontres, de s’améliorer au contact de quelqu’un, de se remettre en question, de partager son métier, d’avoir le privilège et la lourde tâche de faire decouvrir la médecine générale. Bien sûr, la partie militante en moi, est contente d’avoir l’occasion de partager ce que j’aime, et peut-être de faire aimer la médecine générale, peut-être même la Seine-Saint-Denis.

Mais je serai tolérante, si mes externes veulent devenir chirurgiens, je les aimerai bien quand-même…

Je sais que cela ne va pas être facile, d’avoir quelqu’un qui m’observe, de sentir le regard et un peu le jugement quand-même de quelqu’un d’autre. Moi qui suis timide..si si .. ça va me faire bizarre et puis cela va être difficile de faire tous les trucs pas bien que je fais, que je sais que c’est pas bien mais que je fais quand-même: genre prescrire des médicaments qui servent à rien, des antibiotiques quand je sens bien au fond de moi qu’il faut pas en prescrire, ne pas faire de streptotest parce qu’il est tard, que y a du monde et que j’ai la flemme, ne pas bien voir les tympans ou  les trouver un peu rouges mais pas trop et décréter que c’est une otite parce que c’est plus simple et que toute façon y’a personne qui va regarder après et dire que c’est pas vrai …ah ben si…Donc, il va falloir que je sois plus rigoureuse…

Je sais aussi que je ne suis pas très « examen clinique »: je ne fais pas assez déshabiller les patients, je ne sais pas palper un foie et je ne me rappelle pas la dernière fois que j’ai pris les pouls d’un patient. Je sais que les externes sont habitués à faire des examens cliniques complets, cela va faire bizarre à mes patients de se faire taper les reflexes: mince, il faut que je retrouve mon marteau à réflexe: où je l’ai mis ?

J’ai conscience de mes lacunes (enfin peut-être qu’il y en a dont je n’ai pas conscience).Je sais aussi que c’est une bonne occasion pour les corriger un peu, d’être plus rigoureuse,de réapprendre des choses oubliées, d’apprendre des nouvelles choses… mais bon j’espère que je serai à la hauteur…

Parce qu’en plus ces saletés d’externes, ils notent les maitres de stage et que y’en a un qui a 5/20 parait-il…et mon médecin ce héros, il m’a dit qu’il avait la meilleure note de la fac, ce qui ne m’étonne pas! Donc, c’est un peu la pression, pas de la note, ça je m’en fiche (enfin, pas un 5/20 quand-même), mais parce que les externes, cela va être la première fois qu’ils mettent les pieds dans un cabinet de médecine générale et que cette première impression va conditionner leur choix par la suite.

Je ne veux pas absolument que tout le monde aime et choisisse la médecien générale ( quoi que ..), mais je voudrais leur donner une première vision aussi enthousiasmante que le fut la mienne quand j’ai découvert la médecine de ville. Je sais que c’était quelque chose qui me plaisait mais avec le condtionnement que l’on a pendant nos études, et mon gôut pour d’autres spécialités et en particulier la gynéco, si je n’avais pas inventé mon stage d’externe en D2 en allant dans le cabinet de mon médecin ce héros, est-ce que le moment venu, j’aurai fait ce choix ..

Donc le stage d’externe en médecine générale est une chose très importante, un vrai progrès (vous pouvez lire un peu l’historique des stages en médecine générale dans cet article), et donc je trouve que ce n’est pas une mince responsabilité que d’avoir un externe.

Je sais aussi d’après mes copines qui ont des externes que ce n’est pas une partie de plaisir,qu’ils sont parfois peu motivés, mous, qu’ils connaissent rien, y’en a même des psychotiques, et que ce n’est pas toujours une partie de plaisir…je m’en fiche, pour l’instant, comme à mon habitude de bisounours, je suis contente…

Et en plus, mon futur externe, je le sais motivé (même si il ose prendre des vacances pendant son stage 😉 )pas contre l’idée de faire de la médecine générale, et maintenant qu’il a fait connaissance avec mon humour à la con, je sais qu’on va bien travailler et s’amuser…

Parce que j’écris ça avant que le stage ne commence et qu’on ne s’est pas encore rencontré, mais c’est un peu particulier parce qu’on se connait déjà virtuellement, qu’on se cotoie sur twitter, qu’il lit mon blog et que après je ne pourrai plus dire des choses sur lui.

Oui, c’est un peu particulier, et cette notion de twitter doit être un peu hermétique pour beaucoup de monde (et j’en profite pour digresser et dire que après quelques mois d’expérience,je trouve vraiment que twitter est une source pour moi d’enrichissement  professionnel et personnel et qu’il y a toujours quelqu’un sincèrement à l’écoute et que en période de fêtes,c’est encore plus appréciable, merci twitter ) et c’est une peu embêtant, on ne pourra pas (trop) twitter l’un sur l’autre, mais on est en 2012 bientôt, il faut vivre avec son temps..

Et ça fait plaisir à mon côté narcissique qu’ un étudiant parisien ait choisi de venir faire son stage en Seine-Saint-Denis chez moi,en sachant qui j’étais et après avoir lu mon blog. Bon, je suis réaliste, je sais qu’il n’avait peut-être pas beaucoup d’autres choix (il ne choisissait pas en dernier cela dit) mais j’aime à penser, que peut-être (peut-être hein), ce que j’écris a un petit impact sur la vision de mon métier et de mon département et que mon message est un peu entendu…C’est un début mais une petite victoire pour moi.

Et sur la vision de mon département, il y a du boulot: (désolé J. ( je peux t’appeler J.?) je vais encore me moquer, je m’en excuse), mais il semblerait que des interrogations et quelques craintes subsistent, merci « aux potes qui racontent des horreurs », et devant témoin je me porte garante une nouvelle fois de votre sécurité à toi et à ton Iphone…vous pouvez venir tranquille dans ma banlieue. Et en cas de dommage (sur toi et on Iphone, je prendrai tout à ma charge…)

Et, pour te prouver ce que je dis: je remets la photo de moi et mon (feu) Iphone (dont l’état n’a rien à voir avec la Seine-Saint-Denis) dans le RER B sains et saufs!

 

Enfin, fais quand-même une synchronisation…on sait jamais …

On m’aurait menti

Tous les jours en médecine, des certitudes peuvent voler en éclat!

Des choses que l’on pensait connaitre sans même remettre en question, genre prescription systématique de zymaduo à tous les nourrissons alors que le fluor est inutile, des domaines que l’on pensait maitriser. Quand on connait mal un sujet, on apprend des choses continuellement et on en est satisfait ,mais quand c’est un sujet qu’on croit bien connaitre et qu’on apprend quelque chose, on est surpris!

S’il y a un sujet que je pensais bien maitriser, c’est celui de la contraception. J’ai toujours aimé la gynéco. J’ai eu, je le pensais en tout cas, une bonne formation à la fac, j’ai fait un DU (diplôme universitaire:une petite formation en plus) de gynéco, j’ai fait un stage d’interne aux urgences gynéco, bref, c’est quand-même un domaine que je connais mieux que beaucoup d’autres.

Par contre, je n’ai pas fait de stage au planning familial et récemment j’ai rencontré à la thèse sur l’excision à laquelle j’ai assisté,Dr P. un médecin qui travaille au planning dans le 93, qui connait bien ce sujet et qui est assez exceptionnelle avec un caractère bien trempé et je me suis dit, ma collègue ayant fait une partie de son SASPAS chez elle me l’ayant conseillé, que j’allais assisté à quelques consultations… Grand bien m’en a pris, car déjà en une après-midi, j’ai appris plein de choses, surtout au niveau de la relation avec les femmes car ce médecin a vraiment une grande expérience et une approche sans tabous.

Au niveau médical, je connaissais heureusement pas mal de choses mais tout d’un coup, une patiente d’une vingtaine d’années arrive et dit: « je viens pour la piqûre  »

Alors moi dans ma tête, là je cherche bêtement: Rophylac ? un vaccin ? mais de quoi  elle parle ?

Dr P. a l ‘air de trouver ça évident, se lève et prépare l’injection…et cette scène se reproduisant trois ou quatre fois dans l’après midi m’a beaucoup intrigué et plongé dans de grandes réflexions…

Il s’agit en fait d’une injection de Dépo-provera 150, acétate de médroxyprogestérone de son petit nom, injection intramusculaire  de progestérone, contraceptif très efficace, qui nécessite une injection tous les 3 mois …

Je sors de la fac, j’ai fait un DU de gynéco, je prétends maitriser le sujet de la contraception, je savais vaguement que ça existait mais je ne savais pas même pas comment ça s’appelait…je suis partie avec une boite vide pour m’en souvenir ….

Je croyais que c’était réservé à des cas exceptionnels, des femmes « handicapées mentales » comme on dit …

Or,il s’avère que ce n’est pas le cas… Au planning où j’étais, et dans beaucoup d’autres endroits, c’est une méthode contraceptive au même titre que les autres….avec ses avantages et ses inconvénients …

Toute l’après-midi et encore maintenant, j’étais sous le choc, je répétais : Pourquoi ?

Pourquoi je ne suis pas au courant? Pourquoi on n’en parle pas dans les cours à la fac, dans la formation médicale? Pourquoi? Quel est le piège? C’est peut-être Dr P. qui fait des trucs bizarres? Pourquoi, pourquoi?

Du coup, je me suis renseignée, Dr P. m’a éclairée de manière objective, m’a envoyé des documents, j’ai fait une petite recherche biblio, petite car je suis pas douée pour ça, j’ai séché les cours à la fac sur le sujet, et petite parce qu’il n’y a pas beaucoup de documents sur le sujet, j’ai même été sur les forums de patientes. Je mettrai à la fin pour ceux que ça intéresse deux liens dont une thèse sur le sujet .

En gros, sans prétendre donner une information exacte, voici ce que moi j’ai compris :

Il s’agit d’une contraception progestative de même nature que l’implant contraceptif avec à peu-près les même avantages et inconvénients.

Principaux avantages:

– pas de contre-indication en dehors d’une insuffisance hépatique sévère: donc on peut en donner à tout le monde.

-discrétion: idéal pour toutes les jeunes filles qui ne veulent pas dire qu’elles prennent la pilule, qui ont peur que leurs parents fouillent dans leurs affaires,qui ne veulent pas que leurs parents tombent sur les rélevés de sécu, et en plus, même si c’est en ville et qu’elles doivent l’acheter (au planning c’est gratuit ) …

– …le coût!!!! c’est 2 euros et quelques l’injection , une fois tous les 3 mois ! Ceci explique peut-être cela, pas de marketing sur ce produit très ancien et qui ne vaut rien!

– observance: quand on pense à tous les oublis de pilule, à toutes les grossesses non désirées , à toutes nos patientes qui oublient la pilule, ne veulent pas de stérilet ou d’implants, quand je pense à tous les bébés microval en post-partum ( j’en ai un que j’adore et qui est trop beau mais quand-même) je me dis à nouveau : Pourquoi?

A cause des inconvénients?

Ils sont les mêmes que ceux de l’implant ou des micro-progestatifs ( microval et cérazette):

– des troubles du cycle: soit on n’a pas de règles, ce qui est en général le cas après plusieurs injection, soit on a des cycles à peu-près normaux , soit dans 1/3 des cas environ des saignements intempestifs appelés spotting. Ce qui est bien embêtant certes mais qui n’empêche pas que des milliers d’implants soient posés chaque année.

-il semblerait qu’il y puisse y avoir une prise de poids, un syndrôme dépressif

-contrairement à l’implant, spécifiquement pour la dépo-provera (dépo pour les intimes),une diminution de la densité minérale osseuse a été observée pour un usage supérieur à un an, dans une étude sans augmenter le risque d’ostéoporose  et de façon réversible.

– quand on arrête, l’effet est un peu prolongé et il peut y avoir un retour à la fécondité retardé, de quelques semaines à quelques mois.

– Et c’est une piqûre dans le cul tous les 3 mois !

voilà, voilà, et bien moi ça ne répond pas à ma question !!

Parce que si il y a des effets secondaires, ils ne semblent pas plus graves que pour les autres méthodes contraceptives voire moindres et ils ne semblent pas justifier qu’on élimine totalement ce moyen contraceptif des livres de médecine et des possibilités offertes aux femmes…

Alors pourquoi?

Je vais citer une thèse qui est en ligne. Je ne sais pas si cela se fait sans en demander l’autorisation à son auteure,si ce n’est pas le cas, je m’en excuse, mais comme je pense que le propos va dans son sens, elle ne pourrait pas en être contrariée (moi je donne autorisation à tout le monde de citer ma thèse!) . vous y retrouverez toutes les informations médicales détaillées .

http://www.bichat-larib.com/publications.documents/3431_100415-THESE-ANDLAUER.pdf

« C’est  l’image d’un contraceptif de masse, d’une méthode « coercitive », qui a été véhiculée en Europe dans les années 1990, du fait de son utilisation à grande échelle dans les pays en voie de développement, et certains praticiens y voient encore « un instrument idéal de contraception imposée. »

« Son utilisation en France est restée extrêmement péjorative, réservée pour beaucoup de praticiens à des patientes ayant des déficiences intellectuelles ou souffrant de pathologies psychiatriques, ou encore à une catégorie sociale et ethnique de femmes pour laquelle les médecins considèrent que la contraception relève de l’urgence. »

« En effet, lors de nos études médicales, les progestatifs injectables sont souvent oubliés de nos polycopiés, ou au mieux simplement cités sans détails. Il semble ainsi qu’une majorité demédecins généralistes ne connaisse pas le Depo-provera°, et qu’une petite minorité se sente assez à l’aise avec pour proposer sa prescription. »

« Pourtant aux Etats-Unis, suite à une grande campagne de lutte contre les grossesses non désirées chez les adolescentes, l’utilisation du Depo-provera° a été associée à un déclin significatif du nombre de ces grossesses. »

Alors pourquoi l’HAS dans les reco HAS de 47 pages sur la contraception, sur la dépo-provera: ne dit que ça:

« Pareillement la contraception progestative injectable n’est à considérer qu’en cas de difficultés d’observance ou dans des contextes socioculturels particuliers. La recherche d’une contraception progestative de longue durée d’action fera plutôt envisager l’utilisation d’un implant sous-cutané ou d’un dipositif intra-utérin (DIU) au lévonorgestrel (LNG). »

http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/recommandations_contraception_vvd-2006.pdf

Pourquoi la dépo-provera ne pourrait-elle pas faire partie au même titre que les autres méthodes contraceptives des méthodes à envisager? Pourquoi ne pas le proposer de manière éclairée? Pourquoi ne la proposer que dans certains contextes sociaux particuliers?

Combien de femmes seraient-elles ravies d’avoir une piqûre tous les 3 mois et d’être tranquille le reste du temps ?

« Si l’on considère en dehors de tout préjugé médical, que la meilleure contraception est celle que la femme choisit, il paraît intéressant de proposer systématiquement cette méthode,au même titre que les autres, à toute femme consultant pour une contraception. »

Voici également un document canadien:

http://www.acsa-caah.ca/Portals/0/Member/PDF/fr/documents/depoprovera.pdf

Maintenant, s’il vous plait, ne me laissez pas seule avec mes pourquoi, donnez moi votre avis, vos remarques…

Et si personne ne me dit pourquoi ne pas prescrire de la dépo-provéra, en mon âme et conscience, je le proposerai à mes patientes: je commencerai avec Mme D. et ses multiples IVG, ses oublis de pilule et son refus du stérilet , et puis je le proposerai si besoin au même titre que les autres méthodes …

 

Un sujet méconnu à connaitre

Lorsque je me penche sur un sujet que je ne maitrise pas, lorsque je fais une formation sur un sujet que je ne connais que très mal, je me sens découragée devant l’ampleur de ce que j’ignore.

A chaque formation, je me sens honteuse de ma pratique actuelle.Dans le quotidien, on a l’impression de bien faire, mais en fait on passe à côté de pleins de choses sans s’en rendre compte. Certes, on ne peut pas maitriser chaque sujet, chaque domaine de la médecine, il y a des médecins qui vont être plus compétents sur une pathologie, et du coup soulever le sujet plus régulièrement, on ne trouve que ce que l’on cherche.

J’ai fait par exemple, il y a peu de temps une formation passionnante que je recommande à tous de MA FORM sur les troubles de l’apprentissage et les troubles neurosensoriels. Certes je suis jeune et je ne peux pas tout connaitre, en même temps c’est vraiment la honte de ne pas savoir ce que c’est une dyspraxie …En tout cas , je suis ressortie hypermotivée, j’ai acheté la petite mallette avec tout ce qu’il faut pour les enfants et maintenant je leur mets des petites lunettes sur le nez, je dépiste l’audition etc et je pense à la petite fille sourde que personne y compris moi n’a dépisté et je me demande à côté de combien d’amblyopie je suis passée et ça me fait peur!

Bref, c’est un exemple de tout ce que l’on ignore que l’on ignore. Je pense que je ne suis pas la seule dans ce cas même si je pense que l’on apprend avec le temps et l’expérience et que l’on ne peut pas tout connaitre surtout compte tenu de la mauvaise qualité de notre formation initiale. Il ne tient qu’à nous ensuite de combler ces lacunes avec des FMC de qualité, encore faut-il avoir conscience de ses lacunes.

C’est juste dommage pour les patients pour lesquels on a loupé quelque chose.

Je me suis cette semaine rendu compte encore une fois d’être passé à côté de quelque chose . J’ai eu la chance d’assister à une thèse brillante sur les mutilations sexuelles féminines, en particulier l’excision. Cette thèse intitulée « Les internes de médecine générale façe aux mutilations sexuelles féminines: Connaissances, attitudes, enseignement » , m’a vraiment, ainsi qu’à tous ceux qui y ont assisté, apporté beaucoup. Elle a été soutenue avec efficacité et passion et a rempli son but qui était à la fois d’informer et de faire prendre concience de l’absence quasi totale de formation et d’information lors des études de médecine générale.

J’ai réalisé que je ne connaissais absolument rien à propos des mutilations sexuelles féminines, que ce soit les différents types, la prévalence très importante , les possibilités de prise en charge en particulier les détails sur la chirurgie réparatrice, les obligations de signalement. C’est d’autant plus grave, que je travaille en Seine-Saint-Denis, parmi une population particulièrement touchée, il y a beaucoup de Maliens et en l’occurence de Maliennes parmi mes patientes, or plus de 90% des femmes sont excisées au Mali, mais je n’ai pas une seule fois abordé le sujet. J’ai déjà vu des femmes excisées et je n’ai rien dit. Récemment, en demandant les antécédents d’une nouvelle patiente, jeune, elle me dit qu’elle a eu une chirurgie réparatrice d’excision, je n’ai rien dit, j’ai pousuivi: » OK … et des allergies? » Et bien sûr, je n’ai jamais abordé le sujet à propos des fillettes, jamais rappelé l’interdiction par la loi.

Pourtant, il ne s’agit pas d’une intrusion, il ne s’agit pas du domaine privé, ni de la liberté de religion, il s’agit de mutilations, de maltraitance. C’est pleinement le rôle du médecin, en particulier du médecin généraliste d’en parler, d’informer, de proposer une prise en charge, psychologique, chirurgicale aux patientes. L’expérience montre que celles-ci même si parfois c’est difficile ont besoin que le médecin généraliste remplisse ce rôle .

Si je ne l’ai jamais fait jusqu’à maintenant, c’est parce que je n’y ai jamais pensé, et surtout parce que je n’aurai pas su quoi dire, je ne maitrisais absolument pas le sujet. Grâce à la thèse de Anne, je n’ai plus cette excuse. Surtout, savoir qu’il y a quelque chose à leur proposer, une prise en charge ,est primordial.

Il me reste donc à m’informer.Je pense que pour cela la thèse de Anne est à la fois concise et complète , en peu de temps, on peut déjà apprendre l’essentiel. Ensuite, je vais avoir la chance d’assister à quelques vacations au planning familial avec sa directrice de thèse qui est spécialiste dans le sujet et à l’air d’être super!

Après, il faudra que j’essaie de mettre ces informations en pratique, d’en parler avec mes patientes, je sais que ce ne sera pas facile mais au moins je sais maintenant que j’ai un rôle a joué , même si je ne le rempli pas comme il faudrait, au moins maintenant j’en aurai conscience .

Je vous conseille vivement de jeter un oeil sur cette thèse, qui rappelle brièvement les principales choses à savoir. On trouve en outre à la fin les coordonnées des associations de référence, la plaquette informative que l’on peut se fournir, la liste des centres pratiquant la réparation vulvaire ainsi qu’une proposition de schéma d’aide à la consultation.

Et Anne, si tu lis cela, je te dis bravo, mes félicitations ne font que s’ajouter à celles de tous les autres, de ton jury et de tout le monde, mais elles sont sincères.

THESE sur les mutilations sexuelles féminines  par Anne Doucouré

RESUME DE LA THESE EN QUESTION:

Entre 42000 et 61000 femmes en France sont concernées par les Mutilations Sexuelles Féminines (MSF), avec des conséquences médicales, sexuelles et psychologiques importantes. Face à ces mutilations, les médecins généralistes jouent un rôle essentiel de dépistage, de prise en charge et de prévention. Afin de concrétiser ce rôle, la circulaire interministérielle DGS/SD 2 C n° 2007-98 du 8 mars 2007 demande l’introduction de l’enseignement des MSF dans le cursus médical.

Cette étude se penche sur l’état des connaissances des Internes en Médecine Générale (IMG) sur les MSF, l’enseignement reçu, et celui qu’ils aimeraient recevoir.

Il s’agit d’une étude descriptive qui repose sur l’analyse de 400 questionnaires remplis par les IMG d’Ile de France, récoltés lors des choix hospitaliers en avril 2010.

Il en ressort que les IMG veulent jouer un rôle face aux MSF. Leurs connaissances médicales sont insuffisantes et ils doivent intensifier leur vigilance en matière de dépistage. Ils connaissent les dispositions législatives mais ont des réticences à les appliquer. Leurs connaissances sont essentiellement issues de la vie privée, même si le sujet a parfois été abordé en stage ou à la faculté. Très peu d’internes ont reçu de cours sur les MSF, mais on note une progression du nombre de ces cours depuis deux ans pendant le deuxième cycle des études médicales. Les IMG jugent l’enseignement reçu insuffisant et iraient en cours si on leur en proposait un sur les MSF. Ils ont peu de préférence sur la forme que devrait prendre ce cours, mais aimeraient qu’il soit centré sur la prévention et la prise en charge médicale et psychologique.

L’enseignement des MSF aux étudiants en médecine et en particulier aux IMG doit être généralisé pour une meilleure prise en charge des patientes. Un schéma de consultation, proposé au décours de cette étude, doit aider à aborder le sujet en consultation de médecine générale.